dimanche 9 juin 2013

Un parking en plein cœur d'un jardin d'Achrafieh : le dernier délire (bis) de la municipalité de Beyrouth (Art.152)


Wlak ya khayé chou 3emletelkoun el Achrafié ta neikinn 3ard sama rabba heik? Je ne comprends pas. Par la grâce de quel dieu vous frappez d'anathème cette ville, ses habitants, ses animaux, ses pierres et même ses arbres ? Allah yer7am trabak ya Alphonse Allais. Combien de fois dois-je invoquer sa formule sarcastique pour que cela cesse? Longtemps, sans doute, au moins dans ce pays nase que devient le nôtre. « Quand on dépasse les bornes, il n'y a plus de limites. » Aujourd'hui, c'est encore les bornes de la connerie dont il s'agit. Voici donc le énième délire de la municipalité de Beyrouth: installer un parking dans le jardin des Jésuites à Geitawi.

Tout a commencé il y a bien longtemps de cela, toute l’équipe municipale n’était même pas encore née ! Peu de gens savent que jnaïnite el yésou3iyé que nous connaissons actuellement, une ridicule parcelle de verdure, est le vestige d’un plus grand parc à la française qui faisait à l’époque du mandat de la France sur le Liban, près de dix fois la taille de celui d’aujourd’hui. Par son aménagement, il n’avait rien à envier aux œuvres d’André Le Nôtre, de Versailles comme des Tuileries ! Si, si ! On blaguait autrefois, en disant que Dieu a créé le Liban comme le plus beau pays du monde et devant les vives protestations des autres nations, il a décidé de créer les Libanais afin de rétablir l’équilibre. Comme vous le verrez, nous avons dépassé toutes les espérances ! 

Ce lopin de verdure de Geitawi, ce qui restait du grand domaine, fut donné par les Jésuites à la municipalité de Beyrouth et aménagé en jardin public à la fin des années 60. Négligé par la suite, il a tout de même traversé la guerre, tant bien que mal, jusqu’au vendredi 7 juin 2013. Ce jour-là, des rumeurs ont circulé sur les réseaux sociaux parlant de l'arrivée de bulldozers pour déraciner les arbres et démarrer le chantier. Faux, rétorqua Hagop Terzian, membre du conseil municipal de Beyrouth, qui s’est déplacé pour la peine. « Il ne s’agissait nullement, ce matin, de bulldozers qui voulaient arracher des arbres, nous prélevons des échantillons en vue d’une étude qui, elle, déterminera si le projet est faisable. » Foutaises, mon cher Hagop ! L’étude géologique est une étape essentielle avant toute construction. Elle détermine le dimensionnement d’ouvrages (fondations, protections, etc.) qui garantit la stabilité de la structure à long terme. Parole d'ingénieur !

Le projet de Geitawi est annoncé à la presse depuis plus d’un an. Si les bulldozers n’étaient pas dans le jardin ce matin-là, ils étaient au coin de la rue. Des habitants du quartier ont manifesté devant l’équipe technique qui s’est présentée, leur opposition à ce projet même s'ils étaient censés être les principaux bénéficiaires. « Nous sommes là pour protéger l’intérêt des habitants, pas pour leur imposer quoi que ce soit. S’ils ne veulent pas de ce projet, il sera abandonné, voilà tout. Mais le problème de parkings restera irrésolu ce qui poussera les habitants de ces charmants vieux immeubles à l’exode un jour ou l’autre, et ces bâtiments seront remplacés par des tours avec parkings souterrains. » (L'Orient-Le Jour 8/6/2013) Wallah, et pour éviter l'exode des Achrafiotes de ces charmants vieux immeubles, vous leur faites passer une autoroute entre leur salon et leur chambre à coucher ? Schizophrénie, mon amour ! En tout cas, c'était donc ce qu'a prétendu Hagop Terzian, cet industriel de l’habillement pour homme, membre éminent du Conseil municipal de Beyrouth, mais aussi membre du conseil d’administration de l’Arab International Development and Investment, qui affiche avec fierté sur sa page facebook sous la rubrique « Member of Beirut City Council 2010 - 2016 », en pleine biographie, « Clothing Manufacturing and Trading & Real Estate ! ». Dans le genre, ça fait un sacré mélange ! Bassita, encore un membre du conseil municipal qui ne dort pas la nuit, soucieux des problèmes de ses administrés.  

Ce projet qui n'est donc pas entré dans sa phase d’exécution -une bonne nouvelle tout de même, d'où l'importance de diffuser l'info au plus grand nombre de Libanais pour maintenir la pression sur le Conseil municipal de Beyrouth- pose pratiquement les mêmes problèmes que j'ai soulevés il y a à peine un mois -wlé min chaher bass, khafo rabkoun ya jamé3a!- dans mon article « Une autoroute en plein coeur d'Achrafieh : le dernier délire de la municipalité de Beyrouth ». Il constitue une atteinte au patrimoine, à l’identité et à l’âme de Beyrouth. Il s’agit également d’une atteinte au cadre de vie des Achrafiotes. A cela, il convient d'ajouter trois éléments qui sont spécifiques à ce projet.

1. D'abord, il y a une atteinte au patrimoine archéologique et culturel. On retrouve dans la partie sud-ouest du jardin de Geitawi des ruines d’une ancienne église Byzantine et une mosaïque qui provient d’un site de Zahrani. De ce fait, le jardin de Geitawi constitue donc un héritage précieux pour tous les Libanais. Il faut savoir aussi que ce jardin a permis à plusieurs générations, de se retrouver au calme, loin du vacarme de la ville, pour jouer, bavarder, se reposer, se rafraichir, flâner, j’en passe et des meilleures. De ce fait, le jardin de Geitawi constitue donc un lieu de mémoire pour tous les résidents du quartier et un rare havre de paix précieux, dans cette infernale ville de Beyrouth. On nous dit que cette partie du jardin ne sera pas détruite mais au contraire mise en valeur. D’autres nous assurent qu’elle sera reconstituée après l'édification du parking et mieux exposée au public. C’est c’la oui, avec un parking de plusieurs milliers de mètres carrés pour le décore ! C’est vraiment se foutre de la gueule des gens.

2. Ensuite, il y a l'atteinte au patrimoine écologique. Alors que les Berlinois disposent de 64 millions m² d'espaces verts, les Parisiens en ont 24 millions m², la municipalité de Beyrouth n'a pas trouvé mieux que de s'attaquer aux clopinettes de verdure, les 0,1 million m², qui sont effectivement à la disposition des Beyrouthins. Je rappelle que le Bois des Pins avec ces 0,3 million m² est toujours fermé au public par décision municipale alors qu'il aurait dû ouvrir en 2002 selon les termes du contrat qui lie la municipalité de Beyrouth à la région Ile-de-France. On nous dit là aussi, avec un air révolté, haro sur la désinformation, le jardin sera réaménagé en surface. « Nous n’avons jamais voulu supprimer ce jardin, il sera reconstruit en plus beau encore », parole de conseiller municipal, l'insomniaque plus haut. Lol, haro sur la niaiserie, oui ! 

Bon, Monsieur Hagop doit savoir que s'il veut permettre aux voitures de se garer sans souci, la taille standard d'une place de parking devrait être de 2,5 m x 5 m. Il doit donc prévoir 12,5 m² de parking par voiture, et tenir compte de la surface du plancher qui ne sera pas disponible au stationnement (les voies de circulation interne). Comme le projet de la municipalité vise à créer 700 places de stationnement -enfin, c'est le chiffre théorique avancé par le conseiller municipal; à l'arrivée on pourrait avoir bien davantage; et avant que je n'oublie, la municipalité prévoit 4 ans de travaux, sans les retards prévisibles et les imprévus !- les Achrafiotes doivent ainsi s'attendre à voir germer dans le sous-sol de cet espace vert de Geitawi, au moins 11 000 m² de parking (8 750 m² de places de stationnement et 2 250 m² de voies de circulation), dans un jardin qui ne fait pourtant que 4 400 m², kello 3ala ba3do! Si l'équipe de Bilal Hamad, n'envisage que deux étages de parking, tout le sous-sol du jardin sera bétonné. Si elle envisage quatre étages, ce qui sera probablement le cas, deux tiers du sous-sol du jardin sera bétonné. Et même à six étages souterrains, ce qui est énorme, 42 % du sous-sol sera bétonné. Alors, il faudrait peut-être que la municipalité de Beyrouth arrête de croire que ses administrés sont si naïfs au point de prendre des vessies pour des lanternes! 

Parlons peu, parlons bien. Tout le monde sait, qu’au-dessus d’une dalle en béton armé on ne pourra installer que de minables plantes. Tout le monde sait aussi qu’au-dessus d’une dalle en béton armé de petits arbustes remplaceront ces grands arbres, qui pour la plupart étaient bien là avant la naissance d’Hagop Terzian et de Bilal Hamad themselves, et qui pourront devenir encore plus grands si la municipalité de Beyrouth daigne mettre un terme à cette fâcheuse manie qui consiste à les tailler pour en faire des arbres snobinards d’ornement.

Ainsi, tout le monde comprendra, que par son grotesque projet de parking, la municipalité de Beyrouth transformera ce magnifique jardin de cyprès, de sapins et de ficus en une ridicule jardinière géante où quatre primevères, trois géraniums et deux pensées se battront en duel ! Dans une ville où il fait 30° et plus, six mois l’année, avouez que les membres du Conseil municipal n'ont vraiment pas peur du ridicule ! De ce fait, le jardin de Geitawi avec ses grands arbres aujourd’hui est indispensable pour le bien-être des Achrafiotes.

Et ce n’est pas tout. La municipalité de Beyrouth creuse davantage son ridicule, en négligeant la répercussion de la mutilation du jardin de Geitawi -par le remplacement des grands arbres avec de minables plantes- sur la santé des Beyrouthins. Comment des responsables publics, qui prennent une décision aussi grave, peuvent-ils ignorer que Beyrouth fut déclarée la 176e ville la plus polluée au monde selon une étude de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), menée en 2011 et portant sur 1082 villes ? La2, ma3jou2inn el chabeb, ils veulent plus d’autoroutes et de parkings ! Rappelons que la pollution atmosphérique ignore les frontières administratives et communautaires. Elle est à l’origine ou aggrave les cardiopathies, les cancers du poumon, les infections des voies respiratoires et l’asthme. De ce fait, le jardin de Geitawi avec ses grands arbres est un espace vert précieux, non seulement pour les Achrafiotes mais aussi pour tous les « Beyrouthins », résidents ou de passage.

3. Enfin, il y a l'atteinte à la logique et au bon sens. C'est sans doute le point le plus grave. Le projet de parking dans le jardin de Geitawi fut dévoilé au grand jour au cour du printemps 2012. A l’époque, la municipalité de Beyrouth a prétendu qu’elle « modernisait » le jardin, afin de booster le quartier pour lui permettre de « jouer un meilleur rôle que celui qu’il avait actuellement ». Certes, c’est très louable de sa part, mais ce n’est absolument pas comme ça que cela se passe dans les « pays développés ». La modernité qui doit s’accompagner de la destruction d’un jardin public dans une ville de parpaings et de béton comme Beyrouth, est un concept typique de pays sous-développés... pardon, d'esprits sous-développés !

J'ai du mal à imaginer qu'aucun membre du Conseil municipal de Beyrouth n'ait jamais mis les pieds à l'étranger. Avouez que vu comment les affaires dans notre pays sont conduites, on en a un sacré doute quand même. Soyons magnanimes en ce jour du Seigneur, disons qu'ils ont déjà voyagé mais ayant l'esprit écolo et étant férus de transport en commun et d'odeur de métro, ils n'ont jamais utilisé de voiture à l'étranger, encore moins de parkings abrités. Ces messieurs doivent savoir que nulle part dans le monde occidental, ne viendra à l'esprit d'un membre d'une municipalité d'une grande ville occidentale, n'en parlons pas d'une capitale occidentale, l'idée de foutre un parking dans un jardin public occidental ! Pas à ma connaissance.

Monsieur Terzian a le culot de prétendre, « Si nous avions une autre solution, croyez-vous qu’on aurait opté pour celle-ci ? » Foutaises ! Evidemment que d'autres solutions existent. Ce que la municipalité omet de préciser à ses administrés c’est qu’elle possède plusieurs parcelles dans la ville de Beyrouth, des expropriations datant d’avant la guerre civile, dont une particulièrement intéressante pour les habitants de Rmeil dont le problème de stationnement empêche le président du Conseil municipal, Bilal Hamad, de dormir la nuit: elle se situe non loin du jardin de Geitawi, près de l’église arménienne-orthodoxe Mar Yaa2oub ! Alors, BB himself se pose trois questions :

- Pourquoi diable, aller défigurer un jardin public et arracher des grands arbres, alors qu’on peut construire un bâtiment avec cinq sous-sols et dix étages, entièrement consacré au stationnement des voitures comme le montre cette photographie, sur une des parcelles appartenant à la municipalité de Beyrouth ?

- P
ourquoi la municipalité de Beyrouth ne signe pas de partenariats avec les promoteurs de la ville, prenant à sa charge, moyennant une indemnité pour les propriétaires, la construction de parkings souterrains sur des parcelles privées qui sont déjà dédiées à la construction, et qui seront mis en vente et en location, aux non-résidents des futurs immeubles ?

- Pourquoi ne pas utiliser l'ensemble de la voirie, qui est dans le domaine public, pour construire des parkings souterrains ? Mais enfin, c'est quand même hallucinant de ne pas y avoir pensé !

Et encore une fois, tant qu’on ne s’attaque pas à la source du problème, il y aura toujours des embouteillages dans Beyrouth et il manquera toujours des places de stationnement dans cette ville ! Nous avons trop de voitures, peu de transport en commun, une centralisation des activités dans la capitale et des voies de communication inextensibles.

Ce qui est sûr et certain, c'est que la lubie de transformer les espaces verts de la capitale en parkings n'est absolument pas nouvelle. J’ai évoqué le sujet dans mon article, « Des arbres dans toutes les rues de Beyrouth. Yes we can ! ». Les rapaces des parkings ont déjà tourné autour du jardin de Sioufi et surtout du jardin de Sanayé3, qui sont les plus grands espaces verts urbains disponibles pour les Libanais. La nouvelle municipalité de Beyrouth sous la présidence de Bilal Hamad, ne souhaite surtout pas que les Beyrouthins sachent que la vive protestation de la population, a obligé l’ancienne équipe municipale à abandonner le projet de transformer le jardin de Sanayé3 en parking ! Il faut dire qu’en 2009, Saad Hariri était Premier ministre et il a apporté son soutien aux contestataires. Nous devons donc s’inspirer de cette action pour s'opposer au scandale du parking du jardin de Geitawi. Il ne faut pas se leurrer le secret du succès de notre protestation résidera dans la mobilisation générale et l’information des citoyens. Il faut donc harceler les responsables politiques, du Président de la République au Premier ministre, des ministres aux députés, des conseillers municipaux aux candidats potentiels aux élections législatives et municipales, tout le monde doit se prononcer franchement sur ce projet absurde. Il faut obliger le Conseil municipal, une fois pour toutes, à abandonner définitivement l’idée farfelue de mutiler le peu d’espaces verts que nous avons pour en faire de hideux parkings.
Mise à jour 11 juin 2013

Monsieur Hagop Terzian a publié le 11 juin sur la page facebook de Save Beirut Heritage le texte ci-dessous. Comme je l’ai cité à plusieurs reprises dans mon dernier article, par honnêteté intellectuelle et dans un esprit démocratique, je tiens à le faire partager sur facebook et sur mon blog, comme un « droit de réponse » légitime. Il sera suivi par la réponse que je lui ai adressée.

Hagop Terzian
 

« Dear All,
I would like to share with you this article posted of a concerned Blogger of our City Beirut on the web, very impressive knowledge of the issue of the "Jnainite el Yessou3iye" the way it is mentioned on his page meaning the
Jesuit Garden Getawi Rmeil.
The reason I posted this page is to let you know better the history of the garden and the technical opinion of the writer which I do respect, this is why we have the Lebanese Constitution that protects the right of expresion and opinion this is Democracy that me and you believe in.
What I did not understand is the personal issue concerning my Civil Status posted on my facebook which truly I was amazed.
I would like first of all to thank the blogger for mentioning my name couple of times, mentioning my business and me being a member of the Municipal Council of Beirut from 2010 to 2016.
Yes I am a manufacturer of clothing I have no shame about that issue, yes our industry in clothing started since 1921 and my family name comes from the practice called Terzi in Turkish words meaning Tailor yes I am so proud that this family business survived and still surviving all the critical time that our country went through and going through, yes this is a family business because all the employees that we have are dear to us we have no shame and no regret and we will struggle all the consequences together to improve the economical situation that we are going through.
Also as a member of the AIDI board of directors also I have nothing but pride to invest in my country this small pearl of the middle east.

Now as a member of the Municipal Council I will let you be the judge of my conduct since this is the only way to be appreciated or not to be condemned or not, finally the voters has the say and not me but what he mentioned that I was present at sight is another honor given to me by the blogger which I should thank again since I was present like always to hear what Citizens of that area had to say isn't it why we were elected? shouldn't I have to move to hear what was the concerns that the inhabitants were protesting for! should I had to stay in my office! I promise you all I will never change or regret the day being so close to you all it is an honor to serve the Citizens of Beirut nothing will stop me or deter me from doing so.
Now that I grabbed the attention of the blogger, I hope he will go through my page and not only my profile, so that all his concerns that he mentioned in his blog, which I learnt a lot from his technical point of view, will truly understand my point of view on the issues concerning Beirut hopping to be positively criticized finally our main concern is a mutual concern having Beirut a better place to live. Reminding all the Hand in Hand we will succeed at the end. »


Bakhos Baalbaki
Cher Monsieur Hagop Terzian,
Je vous remercie d’avoir pris la peine de lire mon article. Je dois tout d’abord saluer l’esprit démocratique dont vous faites preuve. Votre réponse constitue par ailleurs une incarnation vivante de la vitalité de l’esprit citoyen dans notre pays malgré les difficultés qu’il traverse. Vous-trouverez ci-dessous quelques précisions concernant les points que vous avez soulevés dans votre réponse.
- Cela va sans dire, je n’ai rien de personnel contre vous, bien entendu. Si j’ai décidé de vous citer à plusieurs reprises dans mon dernier article, c’est tout simplement parce que vous êtes un membre actif du Conseil municipal de Beyrouth, prenant part à la décision de créer un parking souterrain dans ce jardin, vous vous êtes rendu sur place le vendredi 7 juin, ce qui est tout à fait à votre honneur, et vous vous êtes exprimé devant la presse sur ce sujet, pas les autres membres du Conseil municipal (en tout cas, pas récemment) !
- Les infos dont vous parlez, ne font pas partie de votre état civil mais de vos « activités professionnelles commerciales », respectables (je n’ai jamais dit le contraire), que vous exercez en parallèle avec vos « activités publiques municipales ». Elles figurent noir sur blanc sur votre page facebook. Elles sont donc publiques, par votre volonté ! Ce n’est ni à moi, ni à vous non plus, de juger si elles sont pertinentes ou pas dans un article consacré au jardin de Geitawi, mais aux (é)lecteurs, uniquement les (é)lecteurs, comme vous le dites très justement : « finally the voters has the say ».
- Afin de vous prouver ma bonne foi, si vous jugez que ces infos vous portent préjudices, je m’engage à les retirer sur le champ, car elles ne sont pas essentielles et ne constituent in fine que quelques dizaines de mots d’un article qui en compte 2500 ! Dans tous les cas, sauf avis contraire de votre part, je prends l’initiative d’insérer votre réponse ci-dessus dans mon article sur mon blog et sur ma page facebook, comme un droit de réponse tout à fait légitime.
- Comme je viens de le dire dans un échange sur FB, je ne suis pas contre le Conseil municipal, comme certains (hélas, tout est politisé dans ce pays !), je suis contre certains projets du Conseil municipal. Nuance, et de taille ! Nous avons chacun une certain idée du Liban, et nous militons pour la voir se concrétiser. La mienne est influencée par une longue culture occidentale, d’où mon démarrage au quart de tour quand il s’agit de problèmes écologiques. Nous nous retrouvons sur certains projets, nous nous opposons sur d’autres. Telle est la vie, dans un pays démocratique. Nous sommes tous les deux d’accord, qu'avec des critiques constructives et de la bonne volonté, on arrivera à trouver une solution à ce problème, le parking du jardin de Geitawi, mais aussi aux autres (l'autoroute Fouad Boutros, la taille des ficus des trottoirs, le reboisement des rues de Beyrouth... des thèmes que j'ai abordés dans mes articles précédents). Hormis certaines envolées lyriques, plutôt sarcastiques, pour mettre du piquant et qu’il faut évidemment zapper, je vous assure que tous mes articles consacrés aux problèmes écologiques à Beyrouth, sont constructifs. Dans tous les cas, pas de doute, que des affaires à suivre, sur mon blog et sur votre page facebook !

lundi 27 mai 2013

Un conseil de ma concierge au directeur du Palais des festivals de Cannes ! (Art.148)


Ra7it el sakra wou éjit el fekra. Avant que je n’oublie quand même ! Je n’ai jamais compris cet engouement pour suivre cette agitation nombriliste de stars à Cannes au mois de mai, chaher el Aadra, dakhil esma. Jamais au grand jamais ! 130 000 touristes, composés de badaudes et de badauds, sans compter les canidés qui les accompagnent ; 4 000 journalistes, couvrant l’actualité artistique plutôt que balistique ; 4 000 agents de sécurité, les célèbres gorilles ; 500 policiers, qui font bronzette sur la Croisette ; 26 millions $ de budget, la moitié provenant de fonds publics svp ; 260 millions $ de retombées économiques, et BB trouve encore à redire ; 155 000 $ la journée avec un Yacht de 80 m, soit près de 1,8 $ la seconde de téfchikh ; 49 000 $ la suite royale au Majestic, pour deux personnes et pour une semaine, ce qui fait que même avec un sommeil de koala de 22h/j, pour profiter au maximum du séjour de prestige dans l’hôtel, l’heure dans les bras de Morphée reviendra à 319 $ ; 8 000 $ la journée en Limousine, sans avoir la possibilité de frimer en ouvrant la fenêtre, sinon Zéphyr vous fera passer pour un con ; 6 500 $ pour qu’un quidam puisse monter les 24 marches, soit 271 $ pour grimper de 17 cm au-dessus du niveau de la Méditerranée, une option parfaitement à la portée de minn 3a2lo zghir ; 1 700 $ la nuit au Carlton, où 15 kg de l’infecte caviar vous attendent ; et tout ça pour apercevoir furtivement un défilé de stars en tenues bizarres, plus ridicules les unes que les autres, alors qu’elles sont pour la plupart sublimes dans la vie de tous les jours. Une situation qui n’est pas sans me rappeler les mariages libanais ! Lah ya 3ammé ma téfta7lé halla2 bwéb msakra, on en parlera une autre fois. Donc, toute cette agitation nombriliste relève d’un grand mystère pour moi. Eh oui, il n’y a pas que les voies du Seigneur qui sont impénétrables. La connerie l’est tout autant. J’ai beau me répéter tous les ans, qu’il faut de tout pour faire un monde, eh bien, ça ne passe pas. Khalas, msakkar rassé 3al festival de Cannes kello sawa.

Toujours est-il, si j’ai décidé de vous en parler aujourd’hui c’est parce que figurez-vous mes cher(e)s ami(e)s que pour le bien-être, que dis-je pour le bien-paraître de ces nombrilistes en herbe, les organisateurs de ce festival n’ont pas trouvé de plus niais que... Avertissement : je vous prie de poser votre fessier carrément sur le sol car c’est si choquant que vous pourriez faire un malaise vagal ! Tenez, prenez même  un sucre d’orge à titre préventif. ...Donc ces organisateurs n’ont pas trouvé de plus niais que de changer le tapis, oui, oui, c’est ce que vous voyez à la télé d’habitude, accrochez-vous, donc je répète, ces organisateurs n’ont pas trouvé de plus niais que de changer le tapis rouge TROIS fois par jour ! Wlé maa2oul ! Satlané bala 7oudoud, conneries sans frontières ! Difficile de faire plus con, même avec un don inné. Tlét marrat bel yom ! Three times a day ! Tre volte al giorno ! Tatu kwa siku ! La dernière est en swahili. Mais putain, je rêve.

Christophe Arnould, le directeur des opérations du Palais des festivals de Cannes, justifie cette pratique stupide par « la nécessité d'offrir un tapis neuf pour chaque équipe de film qui monte les marches » ! Ya ho, ya 3alam, ya bachar, que quelqu’un dise à ce Monsieur que déjà son festival en lui-même... Ok, je radote. Zappons alors.

Wlak darouré yé7otto mokette aslann ! 250 000 m² de « moquette rouge » partent à la poubelle, auxquels il faut rajouter les 10 000 m² de « tapis écarlate » pour que ces êtres de paillettes s’exposent aux yeux médusés du public ! Najina ya Rab, Allah wou akbar ! Il faudrait quand même que quelqu’un explique à ce directeur que « dérouler le tapis rouge » est une expression française et qu’il ne faut pas la prendre à lettre. En tout cas, plus de nos jours. Aujourd’hui, elle est caduque. Ce bling-bling est grotesque et insupportable. Rien ne peut justifier de se débarrasser de kilomètres de tapis et de moquettes, qui finissaient il n'y a pas si longtemps que ça à la décharge de la Glacière à Villeneuve-Loubet, près de Cannes, comme on peut le voir dans cet extrait de « Super Trash » de Martin Esposito, qui sortira sur les écrans le 9 octobre 2013, un documentaire sur une enquête de deux ans dans une décharge à ciel ouvert au sud de la France (aujourd'hui fermée). Et même si la direction du Festival a fini par envoyer son tapis et sa moquette usés chez le fabricant italien pour assurer son recyclage et faire bonne figure, il faut qu’elle sache que la meilleure attitude écologique ce n’est pas de recycler ce que l’on a consommé mais de consommer moins, de consommer juste, de consommer intelligemment !

3a kel 7al, au Festival de Cannes baddoun mokette, falyakoun ! Mais bordel, ils ne sont pas obligés de changer le tapis trois fois par jour ! Une fois par jour est largement suffisante, comme le réclame l'association Greenpride. Et puis, que quelqu’un dise à M. Arnould quand même que l’Homo sapiens a eu bien le temps de réfléchir sur la question au cours de ces milliers d'années. Il a déjà inventé le balai à tapis en 1860 ! Et ce n'est pas tout. Des systèmes de soufflet qui aspirent la poussière via un tuyau flexible et amovible auquel plusieurs embouts peuvent être attachés, ce qu'on appelle communément "aspirateurs", existent depuis 1905 ! Wlak, aujourd’hui on trouve même des shampouineuses pour nettoyer les saloperies de tapis et de moquettes. Et s’il ne veut pas investir son argent dans de tels achats, par souci de gaspillage car cette agitation nombriliste ne dure qu’une dizaine de jours par an, il peut les louer ! Wallah el3azim, il peut les louer chez Kiloutou !

Ba3dén, je viens d’en parler avec ma concierge, elle est outrée par ce qui se passe à Cannes. Elle n’en revient pas. Elle m’a dit, « wlak ya BB, s’il veut absolument garder son tapis propre, il y a plus simple, plus économique et plus écologique. » Interloqué, je lui demande, « mais comment ? ». « Mais bon Dieu, il n’a qu’à installer un tapis-brosse avant les premières marches et les stars s'essuieront les pieds avant de monter comme tout le monde ! Tu penses bien, même si je t'aime beaucoup, je ne vais pas changer le tapis d'escalier tous les jours après ton passage ! » Voilà donc la sagesse de ma concierge, wou 2émit kholsit ! Et si tu es superstitieux mon cher Christophe et tu tiens à ton chiffre « trois », un tapis-brosse coute TROIS fois rien. Elle me l’a confirmé, c’est maxi 15 $, séda, et 30 $, chi mfazlak, ou personnalisé avec des clins d’œil du genre « Welcome à Cannes », « Tout sauf Lars Von Trier, Gus Van Sant et Jean-Luc Godard » ou « Le Festival de Cannes ne casse pas trois pattes à un canard ».

Wa ya7okkou lel kateb ma la ya7okkou lighaïrihi.
Wa ektada el tawdi7.
Wa assalamou 3alaykoum wa ra7matou Allah wou barakatouh !


Nota Bene
Cannes: pas de gâchis pour un tapis! #Cannes2013 #TapisRouge
Pétition mise en ligne par Greenpride pour demander aux responsables du Palais des Festivals de Cannes de réduire leur consommation de "tapis rouge" : un seul tapis par jour pendant tout le festival. Ce n'est pas la mer à boire quand même et aucune star ne se sentira offusquée, a priori !

dimanche 12 mai 2013

Affaire Anthony Touma : la violation de la souveraineté libanaise par Jenifer (Art.142)


On dit qu’il a une voix exceptionnelle. C’est de l’avis même de Pascal Nègre, le manitou d’Universal. Désolé, je n’ai pas encore eu l’occasion de l’écouter. Pas par manque de temps ou d'intérêt, mais parce que 3éndé khaslé, kasra, ta3jé, cha7ta, sammouwa métél ma badkoun, je regarde souvent la télé en mode « mute »! Ce n'est pas gentil, hein? C'est mon côté « sadique » diront les psychanalystes. Lol, du bout des lèvres. Bass bi ma énno min mbéri7 2éiymé el dényé wou 2é3dé 3al facebook, et étant donné que même le Président de la République libanaise, commandant en chef des forces armées, s’en est mêlé, et que The Voice devient une affaire d’Etat, alors je me joins 3al 3emyéné aux protestataires-contestataires-conquistadors. 3aléhom, à l'attaque !

Il avait pourtant choisi de rejoindre son équipe. Elle l’a repêché une fois -mais ça, les Libanais l'avaient oublié lors d'un tri amnésique très intéressé- avant de le sacrifier hier, sur l’autel d’Olympe, un autre candidat qui, dit-on, n'est pas moins talentueux que lui. Wallah el Azim, Jenifer est une A7bé, classe triple A ! Chlekké à ses heures perdues et même charmouta sur les bords. Mni7 heik, ça va comme ça ? Elle n’est qu’une médiocre poule d’élevage de la Star Academy n°1, la toute première de la série qui a commencé en 2002, une idée affligeante des maisons de disque, pour faire du fric à la vitesse du son, adoptée par celui qui voulait « rendre le cerveau des téléspectateurs disponible pour Coca-Cola », et faire du fric à la vitesse du con. Wallah, la vérité si je mens, vrai de vrai, texto. Wlak, Patrick Lelay, magheiro, l’ex-PDG de TF1. Hélas, c’est une autre histoire, je vous la raconterai un jour. Tawloulé bélkoun.

Oui, c’est une pétasse de traitre,  wou7dé khéiné, yé3né youdass bé7ad zéto, l'incarnation de Judas l'Iscariote himself. Mni7 heik, ça va toujours comme vous voulez ? Wlak, même sa statue en cire au musée Grévin l’a renié après le coup bas qu’elle aurait porté à notre Anthony Touma national. Au passage, on raconte ce matin dans les rues et sur les terrasses de Paris, que la direction du musée parisien regrette d’avoir intégré Jenifer dans ses collections, depuis que les visiteurs demandent le remboursement de leurs billets car la statue de la chanteuse n’a plus rien à voir avec le modèle original ! Dame Jenifer en chair et en os, se travaille aussi bien que la cire, un bistouri suffit. Elle préparerait actuellement un lifting de sa moelle, sa thyroïde et de ses deux ovaires, tout le reste étant déjà fait. Chou, kello 3a zawé2koun, Mesdames, Messieurs, tout va bien ? Je n'y vais pas de main morte, quand même ! Comment vous sentez-vous maintenant ? Mieux, n'est-ce pas ? Badkoun toussa ba3ed chouwayé ? Alors, j’en remets encore une couche ?

Tayeb,
si tout cela ne suffit pas à vous consoler, à adoucir votre douleur et votre rage, je m’engage à créer une poupée vaudou à l’effigie de Jenifer, et à la distribuer gratuitement à tous les foyers libanais, toutes communautés réunies et toutes tendances politiques confondues, aux 128 députés de la nation même, et ceci dès mercredi à l’occasion du possible vote d’une nouvelle loi électorale, pour que chaque Libanais et son représentant où qu'ils soient, puissent se venger quand ils veulent et autant qu’ils le souhaitent sur celle qui symbolise aujourd’hui la source même de tous nos maux. Ouf, maintenant que l’honneur est sauf et que la souveraineté nationale est de nouveau entre les mains du peuple libanais, au fait, bel nésbé la boukra chou, qu’est-ce qu’on fait demain ?

Nota Bene : On peut être déçu par l'élimination d'un compatriote talentueux, mais de là, à en faire une affaire d'Etat, il y a tout de même de la marge! Et encore, je peux comprendre la déception sincère d'un grand nombre de Libanais. Par contre, je ne comprends pas ceux qui crient à l'injustice et s’engouffrent dans les méandres de la haine et de la médisance. Désolé, la marge précédente devient dans ce cas, un abîme. "Elle l'aurait fait parce qu'elle était juive, parce qu'il n'a pas cédé à ses avances ou parce que c'était une salope", sont des propos qui ne sont pas sains. J'espère que personne, Jenifer en tête, les déçus sincères et les conquistadors, ne prendront tout cela bien au sérieux. Ce n'est qu'un essai satirique d'un écrivain sarcastique, sans arrière-pensée et sans lendemain, pour dénoncer la dérive des réactions de quelques uns à une affaire banale de choix personnel. Cela ne m'a pas empêché d'égratigner au passage ceux qui recourent à outrance à la chirurgie esthétique et la politique apothico-culturelle des maisons de disque et des chaines de télévision.

samedi 11 mai 2013

Une autoroute en plein coeur d’Achrafieh : le dernier délire de la municipalité de Beyrouth (Art.141)


Alors qu’elle n’est même pas fichue d’ouvrir le plus grand espace vert de Beyrouth, le Bois des Pins, aux résidents libanais -une ouverture qui était censée avoir lieu il y a plus de 11 ans  selon le contrat qui la lie à la région Ile-de-France!- voilà le dernier délire de l’équipe municipale de Bilal Hamad. Un projet d’autoroute de 1,3 km sorti des cartons poussiéreux des archives des années 50 en plein cœur d’Achrafieh ! Il devrait relier l’avenue Charles Helou (zone du port) à l’autoroute de Hazmieh (route de Damas) à hauteur de Mar Mitr. Le projet de l’autoroute Fouad Boutros pose plusieurs problèmes majeurs que tout Libanais devrait connaître car il illustre merveilleusement bien le tiers-mondisme de certains esprits de nos chers administrateurs.  

1. Ce projet d’autoroute est une atteinte au patrimoine, à l’identité et à l’âme de Beyrouth. Rachid Achkar, le chargé du Comité de transport au Conseil municipal de Beyrouth, plein d’enthousiasme précise à propos de ce projet : « Nous avons une vision à long terme de la ville. Ce projet appartient à une vision globale des infrastructures routières, ça serait dommage de la désavouer.»  Et pourtant, il devrait savoir que passer une voie rapide entre des bâtiments datant de l’époque ottomane, c’est tuer l’âme de Beyrouth. En effet, le tracé actuel détruira une partie d’Achrafieh, en mutilant gravement des quartiers situés dans la zone La Sagesse-Mar Makhail-Gemmayzé. Il menacera selon l’association Save Beirut Heritage, une soixantaine de constructions anciennes dont la moitié d’habitations traditionnelles, incluant les fameuses demeures aux trois arcs qui font tout le charme de notre capitale. M. Achkar reconnait pourtant que le projet municipal est une atteinte au patrimoine : « Le pont sur la rue d’Arménie est l’élément qui me chagrine le plus, notamment parce que nous devrons détruire de très belles demeures. » Mais, cela ne l’empêche pas de dormir ! Décidément, ils n’ont rien compris. C’est à se demander si le Conseil municipal de notre capitale se donne la peine ne serait-ce que de lire les signalisations installées à Gemmayzé par exemple : « 7aïy zou tabé3 tourassé », quartier à caractère traditionnel ! Et quand on coince Rachid Achkar, il avoue sans gêne : « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Le projet créera un nouveau flux et pénalisera certes l’entrée d’Achrafieh. » Wlak tfeh, comme diraient traditionnellement les Libanais écœurés par tant d’absurdités.

2. Il s’agit d’une atteinte au cadre de vie des Achrafiotes. La municipalité de Beyrouth prétend qu’une grande partie de l’autoroute sera enterrée. Faux, rétorquent les activistes. D’après les plans seulement 300 m le seront ! Passer des voitures qui roulent à 70 km/h à 10 m du sol et à quelques mètres des appartements des riverains, c’est condamner tous les immeubles qui bordent cette voie rapide, même ceux situés dans la 2e, 3e ou 4e rangée ! Franchement, c’est à se demander sérieusement si ce n’est pas aussi un des buts cachés du projet, expulser la classe libanaise moyenne en dehors de Beyrouth intramuros afin de préparer le terrain pour racheter les immeubles anciens, les démolir, et construire à leur place des tours laides destinées aux richards et aux snobinards Arabes et Libanais ! Et quoi espérer de plus de « Monsieur circulation » de la municipalité qui constate avec fatalisme : « Il n’y a pas de mystère. Il y a des voitures et il faut qu’elles circulent. » La municipalité de Beyrouth comprend tout de travers. Elle est sans doute l’une des rares municipalités au monde qui encore en 2013 détruit des habitations traditionnelles, des îlots de verdure, pour faire de la voiture, sa petite reine et garde le plus grand espace vert de la capitale fermé au public ! Je vous ai prévenu, le tiers-mondisme des esprits, c’est une école de pensée dans nos contrées.

3. Il s’agit d’un gaspillage flagrant de l’argent public. L’autoroute Fouad Boutros à Achrafieh est financée par la municipalité de Beyrouth. On parle quand même d'au moins 60 millions de dollars ! Smala fi ba7bou7a hal iyém grâce aux honnêtes citoyens de la ville, qui payent gentiment leurs taxes municipales depuis des années, sans trop râler et sans trop exiger en retour. Il sera exécuté par le Conseil du Développement et de la Reconstruction. De l’avis de tous, il existe des alternatives moins couteuses et plus respectueuses de l’environnement, de l’homme et de la nature, que le projet actuel. C’est un gaspillage flagrant de l’argent public, puisque les nouveaux locataires de la municipalité de Beyrouth font en sorte comme si de 1959 à 2013 -je vous rappelle que le projet date des années 50 !- aucune infrastructure n’a été réalisé dans Beyrouth, l’avenue Emile Lahoud qui relie le littoral à Hazmieh n’étant qu’un exemple parmi d’autres! Aucune étude préalable n’a été menée récemment par la municipalité de Beyrouth pour évaluer sérieusement l’utilité de l’autoroute en 2013 quant à son influence sur le trafic et les embouteillages dans Achrafieh, sur le cadre de vie des habitants des quartiers concernés et sur l’environnement. Ne me demandez pas pourquoi mais le brassage de l’argent public me rappelle étrangement le brassage de la bière, il y a toujours une partie du liquide qui s’évapore ! Mais voyons, ce n'est pas par hasard qu’on parle d’argent liquide.

4. Il ne résout pas le cauchemar des embouteillages des Libanais. Et ceci pour la simple raison, qu'il ne s’attaque pas aux sources  du problème des embouteillages au Liban : trop de voitures, peu de transport en commun, centralisation des activités dans la capitale et des voies de communication inextensibles ! On a une, deux, quatre ou cinq voitures par foyer. Les transports en commun au Liban sont une mascarade. Tout passe par Beyrouth. Les rues de la capitale sont exiguës et les voies qui y mènent sont inextensibles. Ce projet ne s’attaque à aucun de ces quatre paramètres. La nouvelle autoroute ne fera qu’accentuer les embouteillages sur les autres axes d’Achrafieh, notamment du côté de Saydé et du côté d’Alfred Naccache. Yé3né bel mchabra7, avant, on avait des difficultés pour circuler et du bruit, avec le projet municipal les Achrafiotes auront plus d’embouteillages et beaucoup de nuisance. Génial. Merci la municipalité de Beyrouth.

Désespérant ce pays ! Quand vont-ils comprendre dans cette ville que ce dont les Libanais ont le plus besoin actuellement ce ne sont pas plus de voitures, plus d'autoroutes, plus d'immeubles modernes laids, plus d’activités abrutissantes en tous genres, et plus de projets montés en dépit du bon sens, mais moins de voitures, moins de klaxons, moins d’interminables chantiers, moins de poussière, moins de moteurs, wlak moins de nuisance et de pollution qu’elles soient olfactive, auditive ou visuelle !

Que les députés de Beyrouth et les membres du Conseil municipal de la capitale sachent que certains résidents de la ville s’en foutent royalement de ce projet. Avant de balancer  60 millions de dollars par les fenêtres, sur un projet qui ne va pas résoudre le problème de fond du trafic autoroutier à Beyrouth:

1. Nous demandons d’abandonner l’idée de faire passer l’autoroute Fouad Boutros à Achrafieh dans les chambres à coucher des riverains, un projet couteux, inefficace et nuisible pour les Achrafiotes. Il est encore temps, même si les travaux sont prévus à la fin de l’année 2013, sur près de 3 ans.

2. Nous réclamons de stopper immédiatement la destruction des immeubles de taille humaine de Beyrouth, 2 à 6 étages, pour les remplacer par des tours inhumaines de 10, 20 ou 50 étages, qui ramènent dans la ville, encore plus de trafic, alors que les rues de la capitale ne sont pas extensibles, et qui jettent en dehors de Beyrouth la classe libanaise moyenne ! Tenez, au passage, j’aimerai savoir qui sont ces imbéciles qui ont autorisé à construire une laideur de 50 étages comme Sama Beirut, binéyé mad7ouché, c’est vraiment le cas de le dire, entre l’avenue de l’Indépendance et la rue Abed el-Wahab el-Inghlizé, dont l’entrée et la sortie, tenez-vous bien, se font par une route à deux voies, une pour l'aller, une pour le retour ! Allah yér7am trabak ya Alphonse Allais, qui disait « quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limites », surtout les bornes de la connerie. Chers administrateurs, sachez que nous aimerions voir dans notre ville plus d’habitations traditionnelles aux trois arcs plutôt que de hautes tours modernes, plus de persiennes en bois bleues plutôt que de fenêtres en aluminium marron et plus de beauté que de laideur. Un peu de bons sens tout de même ! Il faut renvoyer les promoteurs de tours, à Dbaiyé par exemple, sur La Marina, une zone qui se situe déjà sur un axe autoroutier, au lieu de les ramener dans les ruelles et les impasses de la capitale.

3. Nous souhaitons plus de transports en commun, autres que ces bus de misère à « 500 LL » où aucune fille ou femme normalement constituée n’ose s’aventurer si elle n’est pas contrainte, forcée et accompagnée.

4. Nous voulons plus de taxis dignes de ce nom ! Il faudrait quand même envisager un jour, avant l’an de grâce 2345, de réglementer et d'homogénéiser les taxis de Beyrouth et surtout de fixer un certain « standard », esthétique et mécanique, qu’on retrouve dans la plupart des capitales de ce monde. Imposer une couleur, jaune, orange, rouge, bleu, qu’importe mais une couleur unique obligatoire et reconnaissable à distance, ça éviterait les désagréables et incessants coups de klaxon. Rendre le compteur obligatoire aussi. Et puisqu’on y est, mettre des bus de qualité entre l’aéroport de Beyrouth et le centre-ville, wlak au moins pour ne pas apparaitre ridicules devant les Istanbuliotes !

5. Nous espérons voir construire plus de parkings abordables en périphérie de Beyrouth, où les gens pourraient laisser leurs voitures pour la journée pour une modique somme, afin de se rendre à leurs destinations intramuros en bus ou en taxi.

6. Nous exigeons l’ouverture immédiate du Bois des Pins aux résidents libanais, avec 11 ans de retard, mais son ouverture quand même !

7. Nous rêvons de plus d’arbres dans les jardins existants et sur les trottoirs. Etant donné le prix du mètre carré, nous n’espérons plus, ni de nouveau parcs, ni de nouveaux jardins, ni même de nouveaux squares, mais le reboisement massif des jardins et des squares existants et surtout de toutes les rues de Beyrouth. « Des arbres dans toutes les rue de Beyrouth : Yes we can ! » est un projet peu couteux et réalisable qui bouleversera la vie des Beyrouthins.

8. Enfin, et c’est sans doute le point qui me tient le plus à cœur, nous demandons fermement à la municipalité de Beyrouth d’arrêter la transformation des magnifiques ficus de Beyrouth en de snobinards et de ridicules arbres d’ornement, taillés en boule ou en cube, dans une ville poussiéreuse et polluée, où il ne pleut pas une goutte d’eau la moitié de l’année, où il fait plus de 30° six mois durant et où les Beyrouthins ne disposent que de 0,1 million m² de verdure, alors que les Parisiens en ont 24 millions m² et les Berlinois 64 millions m² !

Voilà une partie de nos aspirations. Sachez, chers administrateurs de Beyrouth, que nous les considérons comme des thèmes électoraux. Nous vous jugerons aux prochaines élections, législatives de 2013 et municipales de 2016, sur ces points précisément. Vous en faites ce que vous voulez. A bon entendeur, salut !


Références


Un parking en plein cœur d'un jardin d'Achrafieh : le dernier délire (bis) de la municipalité de Beyrouth (Art.152) par Bakhos Baalbaki

Fête de la musique au jardin de Geitawi le vendredi 21 juin, et pourquoi pas ? (Art.153) par Bakhos Baalbaki

Deux tiers du sous-sol du jardin de Geitawi sera bétonné (Art.155) par Bakhos Baalbaki


Pétition en ligne contre le projet de l'autoroute d'Achrafieh


Mise à jour (1er mars 2014)

On s'active du côté de la municipalité de Beyrouth pour l'autoroute Fouad Boutros à Achrafieh ! BB's BLOGs