mardi 16 janvier 2018

Est-ce que le Liban doit interdire le film « The Post / Pentagon Papers » de Steven Spielberg dans le cadre du boycott d'Israël ? (Art.504)


On y est presque et il est regrettable d'en arriver là: interdire la sortie d'un film! Et même deux d'affilée. Nous ne pourrons peut être pas voir ni « The Post / Pentagon Papers », le dernier film réalisé par Steven Spielberg (avec Tom Hanks et Meryl Streep), ni « Jungle » le film de Greg McLean. Pas dans les salles de cinéma. En DVD, à 1$ pièce, plus vite que vous ne le pensez, au Souk du Dimanche et dans tous les magasins de copies illégales aux quatre coins du pays, et même gratuitement en streaming sur Internet. Vive l'efficacité de la censure en 2018! Nooooon! Si. Tfehhh! Peut être bien. Mais, avant de cracher en abondance, économisons notre salive et allons pour une fois au-delà de l'évidence, la dénonciation de la censure.

Et si nous commencions par voir pourquoi ces films sont censurés au Liban ! A vrai dire, on ne sait pas trop pourquoi. Enfin, c'est la confusion, la transparence n'a jamais été la devise des Libanais, peuple, politiciens et administrations. On dit c'est parce qu'il contiendrait des images d'un des grands films de Spielberg, La liste de Schindler, lui même interdit au Liban. On dit aussi c'est parce que le réalisateur est de confession juive. Ce n'est ni l'une ni l'autre, a priori. The Post serait censuré au Liban parce que le réalisateur américain a fait un don d'un million de dollars à Israël au cours de la guerre de Juillet 2006. L'accusation est grave. Alors, qu'est-ce qu'il faut en penser? Je vois deux angles de vue.

1. Nous devons séparer l'art de la politique. Personne ne va voir un film motivé par les opinions politiques de son réalisateur ou de ses acteurs-trices, ou leurs engagements politiques, mais pour la qualité de l'oeuvre cinématographique elle-même. Elémentaire mon cher. D'autant plus, que Pentagon Papers (The Post) raconte l'histoire de la révélation par le Washington Post en 1971, de documents secrets émanant du Pentagone, sur les mensonges des Etats-Unis au cours de la guerre du Vietnam. Histoire passionnante pour les uns et une nouvelle occasion pour casser du sucre sur le dos des Américains pour les autres ! En plus, le don de Spielberg n'était pas destiné à l'effort de guerre de Tsahal. De cet angle de vue, la censure de The Post n'est donc absolument pas justifiée.

2. On ne peut pas séparer l'art de la politique. En donnant un million de dollars à Israël, alors que le Moyen-Orient était à feu et à sang, Spielberg avait choisi un camp. Comme son pays d'ailleurs. Qu'importe que cette guerre ait été déclenchée par la milice chiite du Hezbollah et que l'argent du réalisateur américaine soit allé pour venir en aide aux civils israéliens, rien ne prouve, l'Etat hébreux était pleinement responsable du déchainement militaire de son armée sur notre pays, pendant 33 jours, une hystérie responsable de plus de mille morts, des milliers de blessés, des centaines de milliers de déplacés et une bonne dizaine de milliards de dollars de dégâts et de pertes économiques. Spielberg ne pouvait pas ignorer que la réaction militaire israélienne sur le Liban, sa population et ses infrastructures, était disproportionnée et dévastatrice. Il aurait dû le dénoncer. Ce don pose donc problème. Peut-on aller voir le film de quelqu'un qui a contribué indirectement à soutenir ceux qui détruisaient massivement notre pays? De cet angle de vue, la réponse est non. Le bannissement de Pentagon Papers peut donc être justifié.

L'autre film banni au Liban, après une sortie en salles qui n'a duré que quelques jours, est Jungle du réalisateur australien Greg McLean. Il a été censuré parce que le film raconte l'histoire vraie de Yossi Ghinsberg! Et alors, WTF? Oui mais Yossi Ghinsberg est un aventurier israélien qui s'est perdu dans une zone inexplorée de la forêt amazonienne pendant trois semaines en 1981, à l'âge de 21 ans. Ayant frôlé la mort, il s'est engagé par la suite dans des actions sociales et humanitaires aux quatre coins du monde. Depuis, il fait beaucoup de conférences dans les deux hémisphères. Il est entrepreneur polyvalent. Il s'est basé un moment en Australie où il a créé une fondation qui vient en aide aux toxicomanes. En pleine Intifada en 2001, il a organisé un festival de musique en Israël, dans le but de favoriser la réconciliation israélo-palestinienne. Une de ses boites de design et de fabrication de meubles à partir de matériaux recyclés est basée à Ramallah. Mais alors bordel, pourquoi avoir retiré Jungle du circuit cinématographique libanais ? Une des productrices est israélienne. Peut-être aussi parce qu'il donne une bonne image de l'Etat d'Israël, allez savoir!

Interdire un film n'est pas vraiment le problème. Tous les pays du monde, y compris la France et les Etats-Unis, l'ont fait, le font et le feront, sous une forme ou une autre. Le Liban ne fait donc pas exception sur ce point, n'en déplaise à la propagande israélienne. « Des antisémites du Liban interdisent le film de Spielberg », c'est le titre d'un article paru sur Israël Valley, le site officiel de la « Chambre de commerce France-Israël ». Foutaises! D'une part, parce que les Libanais sont eux-mêmes des sémites, coucou ! Le terme et ses dérivés continuent à être abusivement attribués aux seuls personnes de confession juive. D'autre part, les auteurs confondent antisémitisme, antisionisme et anti-politique israélienne! Pas la peine de rentrer dans les détails de l'article, le texte est tiré du quotidien libanais, L'Orient-Le Jour, sans le citer. Pas beau ni pro les gars! Par contre, le site se donne la peine de préciser en bas de la page : « Titrage Israel Valley ». Merci pour la précision et l'imprécision.

Des centaines de films ont déjà été interdits dans le passé dans les pays les plus démocratiques, définitivement ou pendant un laps de temps, totalement ou partiellement, par décision des autorités politiques ou des professionnels du cinéma, à toute la population ou à une partie d'entre elle, les mineurs. Certains ont été revus, corrigés et rediffusés. La censure, on peut la voir aussi en France, en Grande Bretagne, en Italie, aux Etats-Unis et ailleurs, faut pas croire. Certes, c'était surtout à des époques lointaines. Mais pas uniquement. On la pratique parfois pour des motifs risibles. Tenez par exemple, justement en Israël, la Schtroumpfette a été effacée des affiches du film de dessins animés « Les Schtroumpfs et le village perdu ». L'image du personnage imaginaire pouvait irriter la sensibilité des personnes de confession juive à la pratique ultra-orthodoxe. Chez nous, c'est le nom de Steven Spielberg qui irrite la sensibilité des personnes de gauche à la pratique ultra-orthodoxe : il a été effacé des affiches du film « Le secret de la Licorne », diffusé au Liban, bien que sorti après 2006. Allez comprendre, mais bon, nous ne sommes pas à un paradoxe près !

Côté sérieux, la France n'est pas sans reproche, question censure officielle ou officieuse. Le millésime 2016 était un grand cru. A cause de son thème sur la jeunesse issue de l'immigration, le climat d'insécurité locale et le contexte lié à l'actualité internationale, on a décidé qu'il valait tout simplement mieux que le film Black d'Adil el-Arbi et Billal Fallah, ne sorte pas en salles, il y aurait un risque d'émeutes dans les banlieues. Pourtant Black est une version moderne et adaptée de Roméo et Juliette et West Side Story. Autre film qui n'a jamais vu le noir des salles de cinéma, Made in France de Nicolas Boukhrief. Ce film prémonitoire, tourné en 2014, raconte l'histoire d'un journaliste qui infiltre une cellule jihadiste d'al-Qaeda de la banlieue parisienne, qui commettra plusieurs attentats terroristes à Paris. Programmé pour le 18 novembre 2015, cinq jours après le 13-Novembre, la sortie sera reportée, puis annulée. Dans un autre registre, le visa d'exploitation de La Vie d'Adèle: Chapitres 1 & 2 fut également annulé dans un premier temps, à cause des scènes de sexes jugées trop réalistes. Mais finalement, il sera simplement interdit aux moins de 12 ans en France, et même au moins de 17 ans aux Etats-Unis. 5 ans de différence, la censure peut aussi prendre cette forme.

Nulle part sur cette planète, la liberté d'expression artistique, ou celle des opinions, n'est absolue. Tout est donc de savoir où placer la ligne rouge pour pouvoir décider quoi interdire et comment justifier l'interdiction. Dans les pays démocratiques, la censure d'Etat demeure quand même un acte exceptionnel de nos jours. Au Liban, et dans d'autres parties du monde, c'est loin d'être le cas. Chez nous, la censure liée à Israël est un sujet récurrent. Elle s'inscrit dans le cadre général du boycott de l'Etat hébreux par la Ligue arabe et l'état de guerre entre les deux pays. Mais, c'est un peu plus compliqué que ça, comme on le voit dans le cas Spielberg. Ainsi, la question que nous devons nous poser est celle de savoir s'il faut interdire les artistes internationaux qui soutiennent Israël, pays avec lequel le Liban est en guerre, qui d'une part, est responsable de la mort de dizaines de milliers de nos compatriotes (depuis 1948) et de milliards de dollars de dégâts, et qui d'autre part, viole la souveraineté libanaise régulièrement et impunément ? En somme, faut-il faire payer aux cinéphiles libanais, le soutien d'un artiste international à l'Etat hébreux ?

Pour beaucoup de Libanais la réponse est évidente: oui, pour les uns et non, pour les autres. Personnellement, je ne la trouve pas évidente de prime abord. Je suis partisan du boycott d'Israël pour diverses raisons, dont une partie réside dans la question précédente, pour l'arrogance générale et l'agressivité de ce pays, pour leur opposition au retour des Palestiniens réfugiés au Liban et leurs descendances sur leurs terres et la terre de leurs ancêtres, pour la politique de colonisation abjecte des Territoires palestiniens occupés, pour leur violation d'une douzaine de résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et pour leur tentative de s'accaparer la paternité du hoummos libanais. A défaut de nous unir pour préserver les Cèdres du Liban, unissons-nous au moins pour défendre l'un des fleurons de notre gastronomie !

Cela étant dit, une dernière réflexion pour la route, avant de conclure et de nous quitter. Prenons le cas d'un film réalisé par un metteur en scène arabe, qui aurait envoyé un don d'un million de dollars à Damas, en pleine guerre civile syrienne. Alors, que diraient les Libanais qui crient halte au boycott, dans un tel cas de figure? Hein? J'entends pas! Prenons le cas d'un autre film réalisé par un metteur en scène iranien, qui aurait transféré un million de dollars sur un compte d'une organisation de la Banlieue Sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, durant la même période, la guerre de juillet 2006. Alors, que feraient les Israéliens et les Américains dans un tel cas de figure? Ils autoriseraient la sortie du film en Israël et aux Etats-Unis, comme si de rien n'était? Incontestablement, non. Raison de plus pour que le Liban fasse mieux. 

Toutes ces raisons réunies posent donc un problème de conscience à tous les Libanais et les poussent à réfléchir sur le sujet. Est-ce que ce type de boycott changera quoique ce soit? Non. Est-ce que c'est symbolique? Oui. Est-ce que c'est nécessaire? Pas vraiment, à cause des réponses précédentes et pour une raison supplémentaire: on ne boycotte pas un génie du cinéma international comme Steven Spielberg, point à la ligne. Minute! avant de revenir à la ligne, sachant d'une part, qu'il est l'auteur d'oeuvres monumentales comme La Liste de Schindler (Schindler's List, 1993), Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan, 1998), Arrête-moi si tu peux (Catch Me If You Can, 2002), Munich (2005), Le Pont des Espions (Bridge of Spies, 2015) et j'en passe et des meilleurs, et d'autre part, que son nouveau film Pentagon Papers (The Post) est nominé pour six Golden Globes dans les catégories suivantes : Meilleur Film, Meilleur scénario, Meilleur Acteur, Meilleur Actrice et Meilleur Musique. Il est accueilli avec tous les honneurs on dirait ! On peut faire du lobbying pour le dissuader de soutenir Israël ou même de le convaincre de boycotter l'Etat hébreux, mais pas de bannir ses propres œuvres artistiques qui n'ont rien à voir avec Israël. 

Par conséquent, le ministre libanais de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, ferait mieux de rejeter les recommandations du comité libanais de la censure, de rester sourd aux vociférations des militants qui vont dans ce sens et de laisser les Libanais eux-mêmes décider à titre individuel de voir The Post et Jungle ou de les boycotter.

Post-Scriptum (mercredi soir)

Après 48 heures de suspens, le ministre de l'Intérieur a décidé en début de soirée de ne pas laisser madame Anastasie se servir de ses ciseaux. The Post -Pentagon Papers sort au Liban comme prévu le jeudi 18 janvier. Mission accomplie. Quant à Jungle, personne n'en parle plus. Et pourtant, son retrait du circuit cinématographique libanais est effectif et ne fait pas vraiment honneur au Liban. Nouhad Machnouk n'a fait son devoir qu'à moitié, alors que "le contenu" du film colombiano-australien lui-aussi "n'a absolument rien à voir avec le Liban ou le conflit avec l'ennemi israélien".

dimanche 14 janvier 2018

Quand Catherine Deneuve et ses amies font du Trump ! A propos du manifeste des 100 femmes de France, de l'affaire Weinstein, des mouvements #BalanceTonPorc et #MeToo (Art.503)


Peut-être bien, mais c'est quoi au juste faire du Trump? Ah, c'est très vaste! Pour faire court, c'est par exemple de rater une bonne occasion de la fermer au lieu de la ramener stupidement, ou pour être d'actualité, de croire que le fait d'être un « président de merde » (shithole president), comme je l'appellerai désormais, ou un « putain d'idiot » et le « branleur en chef » comme l'appelle Robert De Niro, autorise à considérer les pays africains comme des « pays de merde » (shithole countries). C'est aussi de prendre une réflexion stupide pour un élément intelligent versé au débat, ou pour rester encore dans l'actualité, de croire que les Norvégiens quitteront l'un des pays où la politique sociale est la plus développée au monde pour venir prendre la place des Haïtiens aux Etats-Unis. C'est également de mélanger avec stupidité symptôme et maladie, ou pour être précis et toujours dans l'actualité, confondre météo et climat, alors que la vague de froid qui frappe l'Amérique du Nord depuis un moment est l'expression même du changement climatique qui affecte la planète Terre à cause des modes de vie et de consommation irresponsables de toute l'humanité, les Américains en tête.


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Cela étant dit, commençons par le commencement. L'affaire Harvey Weinstein a éclaté le 5 octobre 2017 grâce à des révélations du New York Times. C'est l'histoire d'un homme qui a exploité sa position dominante à Hollywood, comme producteur de cinéma incontournable, pour profiter sexuellement de certaines femmes amenées à travailler avec lui. Du fait de sa notoriété dans le monde du cinéma américain, des accusations graves dont il fait l'objet et du nombre élevé de ses victimes, l'affaire Weinstein a eu une résonance internationale. Elle ne pouvait laisser personne indifférent. Elle a suscité deux vagues de protestation et d'indignation sur les réseaux sociaux, en France et dans le monde, connues sous les hashtags #metoo et #balancetonporc. 

Ce branle-bas de combat depuis plus de trois mois a eu le grand mérite de délier les langues et de lancer des discussions dans plusieurs sens, publiques et privées, au sein des médias et des salons, comme sur internet et les murs. J'en ai identifié neuf.


1. Les abus propres de Weinstein sur les femmes depuis une trentaine d'années. On dénombre pas loin d'une centaine de personnes concernées, des actrices dans la grande majorité des cas, dont Angelina Jolie, Salma Hayek, Rose McGowan, Judith Godrèche, Gwyneth Paltrow, etc. Avec Weinstein, il faut préciser qu'il y avait pas mal de tentatives d'obtenir des faveurs sexuelles qui tournaient au fiasco quand même, car l'homme aux 81 Oscars est un dragueur naze et toutes les femmes ne se laissaient pas faire. On n'a pas beaucoup de détails mais avec un peu d'imagination, on peut deviner ce qui se passait en coulisse. Du jeu à touche-pipi par exemple. Ne rigolez pas, chacun fait ce qu'il peut! Il y avait surement les massages des pieds aux sept huiles essentielles, escarpins oblige. Faut pas croire, ça peut marcher, et même à sec sans huiles, qui ne sont pas si essentielles pour le coup! Et à propos de coup, il y avait probablement le « coup de la serviette de bain ». C'est l'équivalent du « coup de la panne de voiture », où l'on simule une panne de voiture ou d'essence, pour rester plus longtemps avec la personne qu'on voudrait séduire. Avec cette version plus naze, même topo, mais en allant plus loin : on invite une femme pour discuter boulot, on s'excuse de ne pas avoir eu le temps de prendre une douche, on y va et on oublie exprès la serviette en dehors de la salle de bain ! Pas difficile d'imaginer la suite. « Fuck, j'ai oublié de prendre une serviette! Tu m'en passes une stp. » Deux précisions utiles : on peut inverser les rôles homme-femme et le coup de la serviette de bain, peut succéder au coup de la panne de voiture! Je sais, ça fait gros naze. Non mais, il fallait bien que j'écrive un scénario pour justifier la misère sexuelle de ce bonhomme d'Harvey, qui prenait son pied en obligeant des femmes à le regarder nu sous la douche ! Tenez, au passage, il a pris le même avocat que DSK. Trêves de plaisanteries, avec Weinstein, il y avait plus graves que ça, hélas. Il est accusé d'agressions sexuelles et même de viols sur 14 femmes. 


2. Le long silence des femmes agressées par Weinstein. Certains se sont même demandés, pourquoi ces femmes ont attendu si longtemps pour se plaindre. Ils oublient que la blessure et la honte y sont pour beaucoup. Ils oublient aussi que ce n'est pas évident avec un Weinstein tout puissant qui n'hésitait pas à tenter de bannir celles qui lui résistaient ou qui pouvaient avoir l'idée de porter plainte. D'ailleurs, après l'éclatement du scandale, Harvey Weinstein a fait appel à une agence privée de renseignement qui emploie d'anciens agents des services de renseignements israéliens (Mossad et Aman), pour discréditer les plaignantes ! Maintenant, il est vrai que huit femmes qui ont déjà porté plainte dans le passé, avaient fini par accepter des arrangements financiers avec l'accusé. 


3. Le silence embarrassé des stars d'Hollywood. Tout le monde savait et pourtant, c'était l'omertà. Le mea culpa exprimé à froid et à distance, par certaines d'entre elles, ne change rien à l'hypocrisie de ce milieu. Quand le journal The Guardian a tenté de recueillir le témoignage de plus de 20 célébrités mâles qui ont travaillé ou travaillent avec Harvey Weinstein, des acteurs (dont Ben Affleck, Matt Damon, Colin Firth, Bradley Cooper, Leonardo DiCaprio, Daniel Day-Lewis, Russell Crowe, George Clooney, etc.), et des réalisateurs (dont Quentin Tarantino, Michael Moore, Kevin Williamson, Martin Scorsese, etc.), au lendemain de la publication de l'article du New York Times, il n'a reçu aucune réponse. « Tous ont refusé de commenter » à chaud. Certains ont mis 5 jours avant de réagir, pour louer surtout le « courage » de ces femmes, le temps de s'assurer peut-être que le taureau est bien à terre et qu'il ne se relèvera plus. Ah, on dirait que certains hommes pensent à leur carrière plus que certaines femmes, hein ? Quentin Tarentino par exemple (dont les films Pulp Fiction, Inglourious Basterds, Django Unchained et les trois Kill Bill ont été produits par Weinstein) a mis deux semaines pour faire un demi-aveu : « Je savais qu'il avait fait plusieurs de ces choses. J'aurais aimé prendre mes responsabilités par rapport à ce que j'ai entendu. Si j'avais fait ce que j'aurais dû faire, alors, je n'aurais pas dû travailler avec lui ». Ok pour le premier « dû ». Pour le deuxième, c'est plutôt « pu », pu comme puer, et c'est ce qui t'aurait tracassé.  


4. Alors, faut-il coucher pour réussir? Eh oui aussi, la question se pose et elle n'est pas très glorieuse pour les femmes. C'est ce qu'on appelle la « promotion canapé »


5. Faut-il réussir pour coucher? Eh oui également, et là, ce n'est pas très glorieux pour les hommes. La preuve en chair et en os, Harvey Weinstein. Ça par contre, c'est l'esprit Charlie (Hebdo). 

6. La diffamation des porcs ! Si le hashtag #metoo avait toute sa place dans la campagne contre les violences sexuelles à l'encontre des femmes, celui de #balancetonporc, lancé en France par la journaliste Sandra Muller, était pour le moins déplacé. Le porc est un animal dont l'intelligence dépasse celle du chien, qui a des caractéristiques qui pourraient faire de lui un fournisseur d'organes pour les xénogreffes, il est écologique (omnivore comme les poules, il finit donc les restes), il est économique (facile à élever), c'est un grand joueur (ce n'est pas par hasard qu'il est présent dans l'univers des enfants) et il est capable de distinguer les toilettes du séjour (comme dans certains élevages bio en Suède). Certes, c'est un goinfre et il n'est pas propre. Sa viande peut transmettre des maladies. Elle est même interdite aux personnes de religion juive ou musulmane. Cependant, l'association du porc aux vices et délits sexuels des hommes, ne correspond pas vraiment à la réalité. Le porc est le compagnon de saint Antoine (Egypte, mort en 356). Chez les Chinois, il est symbole de prospérité et d'abondance. Alors, balancez qui vous voulez, mais arrêtez de diffamer les porcs. Ils n'y sont pour rien. Ils sont innocents des cochonneries commises par les hommes. 


7. Les abus d'hommes connus sur des femmes ou même des hommes. Le cas le plus spectaculaire c'est celui de l'acteur Kevin Spacey. Suite à deux accusations d'agressions homosexuelles dont une sur un mineur, on l'a tout simplement éliminé de la série House of Cards, où il jouait l'insubmersible président américain, Frank Underwood, et refait toutes les scènes où il figurait dans le dernier film de Ridley Scott, à quelques semaines de sa sortie officielle. La réputation d'autres personnalités fut ternie par des scandales du même ordre : Dustin Hoffman, Mariah Carey (là, c'est l'inverse, c'est un ancien garde du corps qui l'accuse de harcèlement sexuel et de racisme anti-blanc), Louis CK (l'humoriste américain est accusé d'exhibitionnisme sexuel), Bush père, le mari Clinton, Thierry Marchal-Beck (responsable des jeunes socialistes en France), le controversé Tariq Ramadan, Michael Fallon (ministre anglais de la Défense), etc. 


8. Les abus des hommes dans n'importe quel poste de pouvoir sur leurs subordonnées de sexe féminin. Ce n'est pas nouveau. 


9. Les abus des hommes sur les femmes en général. C'est vieux comme le monde et ce n'est pas prêt de s'arrêter! 



* 

Vastes sujets pour d'interminables discussions, n'est-ce pas? Restons concentrer sur ces deux derniers points. Trois mois après l'éclatement du scandale Weinstein et ses multiples répercussions internationales, cent femmes de France ont décidé de publier cette semaine une tribune dans Le Monde sous le titre choc : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Le texte était initialement intitulé « Des femmes libèrent une autre parole », complètement naze pour faire le buzz. En plus, actuellement il est réservé aux abonnés du Monde, allez comprendre. On dirait qu'on ne veut que les gens rentrent dans les détails où se cachent le diable justement. A ce propos, à part Catherine Deneuve, (actrice, autant de films que de liftings, 74 ans), les signataires ne semblent pas être très connues du grand public. Peut-être bien Catherine Millet (écrivaine et critique d'art contemporain, 69 ans), Elisabeth Lévy (directrice de la rédaction de Causeur, 53 ans), Brigitte Lahaie (ex-actrice porno et animatrice radio depuis, 62 ans) et Ingrid Caven (actrice et chanteuse allemande, 79 ans). Les autres, beaucoup d'inconnues, comme Anne-Marie Lesage, Latifa Najar, Nelly Perotin et Sylviane Sainclair, des « retraitées ». C'est sans doute pour avoir toutes les tranches d'âge et les catégories sociales, mais les mauvaises langues diront quand même, qu'il fallait à tout prix atteindre le chiffre mythique de 100 signataires.


De gauche à droite: Catherine Deneuve (actrice), Catherine Millet (critique d'art contemporain et ex-écrivaine porno), Elisabeth Lévy (journaliste) et Brigitte Lahaie (animatrice radio, ex-actrice porno)

Le compte est bon, allons de l'avant. Sur le fond, le collectif déclare d'entrée en matière que « le viol est un crime », mais rajoute tout de suite après, que « la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste ». Ça commence mal, dans la confusion, en mettant dans le même panier la drague insistante, le machisme et la galanterie. Mais enfin, ce n'est pas du tout la même chose! Plus grave encore, en ignorant la loi. La drague insistante ou maladroite peut relever du harcèlement sexuel, pas la galanterie. 

Même si ces dames se félicitent de « la prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes », là aussi, elles s'empressent de rajouter que celles-ci s'accompagnent d'un certain « puritanisme ». Ah bon, où ça? Enfin pas la peine de creuser, c'est l'argument imaginaire à la Don Quichotte pour paver la suite. Pour elles, la campagne #metoo serait ni plus ni moins qu'une « justice expéditive », car elle a « mis en accusation publique d’individus », qualifiés de « victimes », des hommes sanctionnés « alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses 'intimes' lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque ». A côté de la plaque sur toute la ligne ! Admettons un instant que de tels hommes sont des victimes. Que dire alors des femmes metoo qui ne voulaient tout simplement pas avoir à subir ces actes ? Pas un mot dans le manifeste. Alors essayons de deviner: des fabulatrices, des coincées, des prudes ou des hystériques ? Eh bien, si ces cent « précieuses ridicules » s'étaient plongées dans le Code pénal français avant de rédiger leur manifeste, elles auraient évité ce Molière que je leur décerne et auraient appris au passage que les exemples qu'elles citent peuvent parfaitement relever du harcèlement sexuel, voire de l'agression sexuelle, tels qu'ils sont définis dans les articles 222-33 et 222-22, et qui sont punis de deux à cinq ans d'emprisonnement et de 30 000 à 75 000 euros d'amende. 


En tout cas, il paraît que nous sommes dans un « climat de société totalitaire », qui servirait en réalité « les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux ». Foutaises, ce sont essentiellement que des femmes libérées qui se sont exprimées ! Le « totalitarisme » c'est justement d'imposer à la société un code de conduite universel et d'ôter aux femmes d'avoir le choix, comme cent dames essaient de faire. J'y reviendrai.



Le collectif nous explique « qu'une femme... peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle voire comme un non-événement. » Dans le grotesque, difficile de faire mieux, surtout venant de la part de gens qui vivent hors-sol et hors-métro. Mais, qu'il en soit ainsi, pour elles et elles seules! Libre à elles, et elles seules, de faire du social dans le métro, mais ce n'est certainement pas aux Deneuve, Millet, Lévy, Lahaie, Caven et leurs friends de décider pour les autres femmes. La dernière fois que la grande star de sa génération a pris le métro, je n'étais probablement pas encore né, il y avait plus de 15 millions de Français en moins et la ligne 13 s'arrêtait aux Champs-Elysées, pas à Saint-Denis ! Là aussi, l'essentiel échappe à ces dames: la loi, et la loi seule, offre à toute une chacune, de se protéger des frotteurs du métro, ou pourquoi pas, de profiter pleinement de l'expression débordante de leur misère sexuelle. A ce propos, Catherine Millet, l'ex-écrivaine porno, est allée jusqu'à déclarer sa compassion pour les frotteurs dans le métro, sur le plateau de Yann Barthès. Rien d'étonnant de la part de celle qui n'est vraiment entrée dans le "monde littéraire" que grâce à La Vie sexuelle de Catherine M. (2001), un texte nombriliste pornographique, très éloigné du livre érotique, encore plus de l'oeuvre littéraire ! Pour l'adepte de l'échangisme et des partouzes, une main glissée entre les cuisses d'une femme dans le métro, ne relève ni de l'agression sexuelle ni du harcèlement sexuel. Tu m'étonnes ! Le problème, c'est qu'elle ne prend plus le métro depuis des lustres et à 69 ans, ça ne doit pas lui arriver souvent ! Brigitte Lahaie, l'ex-actrice porno de "C'est la fête à mon cul", "Viol, la grande peur", "Prends-moi de force" et "Couple cherche esclave sexuelle", va encore plus loin en déclarant sur BFM, qu'une femme peut même jouir lors d'un viol. Non mais attendez, ça change tout! Affligeant.


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Comme le meilleur est toujours pour la fin, les signataires précisent « qu'en tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. » Il est navrant de constater que ces dames n'ont rien compris ni au mouvement #metoo, ni au féminisme, ni aux hommes, ni à la sexualité, ni aux propositions sexuelles, ni à la liberté sexuelle

La vague de protestations #MeToo et #BalanceTonPorc, ne représente pas un mouvement féministe contemporain, comme ceux qui ont conduit les femmes en Occident à se détacher de la tutelle des pères et maris, à acquérir le droit de vote au même titre que les hommes et à la légalisation de la pilule ou de l'avortement. C'est l'expression d'un dysfonctionnement grave de la société contemporaine où certains hommes, et même certaines femmes comme on le voit dans ce manifeste, ne savent pas que « la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres », ou pour irriter ces dames, disons que « la liberté des uns s'arrête là où ils commencent à importuner les autres ». Tout-e un-e chacun-e a le droit absolu de ne pas être importuné-e, est la règle, et pas l'inverse. Non mais, il faut être naze pour penser le contraire.


Force est de constater que les 100 femmes de France n'ont fait que du Trump dans ce manifesteSi Catherine Deneuve, Catherine Millet, Elizabeth Lévy, Brigitte Lahaie, Ingrid Caven et leurs friends considèrent que des messages sexuels, une main sur le genou et un baiser volé relèvent de la liberté d'importuner, soit, c'est leur droit. Elles ne peuvent pas en faire une norme et l'imposer à toutes les femmes de France, de Navarre et du monde. C'est du totalitarisme. Il est là le fond du problème, qu'elles n'arrivent pas à comprendre. Les femmes doivent disposer de la pleine souveraineté de décider comment qualifier le geste, la parole, les avances ou les cochonneries des hommes, à ces derniers aussi, de savoir comment s'y prendre. C'est la base même de la liberté sexuelle


A ce propos, pour donner de la consistance à une tribune antipathique et à un argumentaire rachitique, les 100 dames ont osé se moquer de la Suède qui « veut imposer un consentement explicitement notifié à tout candidat à un rapport sexuel ». Ridicules. Il n'a jamais été question de conclure des contrats furtifs chez le notaire avant une partie de jambes en l'air ou d'une application pour confirmer sa disponibilité sexuelle. Le but des Suédois-es est de placer le « consentement explicite » au centre de toute relation sexuelle humaine. Pour paraphraser Danton, on pourrait dire: pour jouir, il faut du consentement, encore du consentement, toujours du consentement. Mais enfin, qu'est-ce qui distingue les relations sexuelles humaines des relations sexuelles animales? Justement, le consentement. C'est l'essence même de la liberté sexuelle.


Non Mesdames, ce n'est absolument pas « la liberté d’importuner » qui est « indispensable à la liberté sexuelle ». Hélas, vous êtes passées à côté du sujet. Non seulement c'est illégal selon le cas et dans l'état actuel de la législation française, mais c'est plutôt « la liberté de consentir » qui l'est. Quand je veux et avec qui je veux, je consens d'être approché-e, je consens d'être séduit-e et je consens d'avoir une relation sexuelle. C'est simple comme bonjour et ça vous a pourtant échappé. Allez, au plaisir de vous voir aux heures de pointe dans le métro à Paris, vous faire peloter toutes béates et recevoir toute la misère sexuelle des frotteurs du monde cosmopolitain souterrain parisien, vous entendrez la foule vous chuchoter à l'oreille : ce n'est rien, c'est la liberté d'importuner, c'est un non-événement, ne soyez point traumatisées ! Des « précieuses ridicules », voilà ce que vous a rendu votre tribune ridicule.