samedi 10 novembre 2018

« Célébrons un Brexit rouge, blanc et bleu » avec Vladimir Poutine et Boris Johnson : une campagne publicitaire intrigante à Londres (Art.574)



C'est une énigme des temps modernes à pousser James Bond à prendre sa retraite. Jeudi matin, les Londoniens sont tombés sur des pubs très intrigantes, célébrant le Brexit. Outre l'affiche avec Vlad, sourire narquois, il y a celle avec BoJo (Boris Johnson pour les amis) et ses deux drapeaux russes. Certains le croient en parachute, mais moi, j'ai cru un instant qu'il était dans un youpala.


Ça serait l'oeuvre d'un groupe d'officiers des renseignements militaires russes (GRU), le « Proud Bear ». Ah bon! Et dans quel but? Les « ours russes » précisent sur le site en question que « le groupe espère contrer la publicité négative récente et injustifiée concernant le GRU (dans l'affaire d'empoisonnement de l'ex-agent russe Skripal et de sa fille), en affichant des publicités soulignant leur rôle dans la libération imminente de la Grande-Bretagne de l'Union européenne » (Reuters). Ça alors, sauf que ça a tout l'air d'un canular! Et comment, les soi-disant officiers russes prévoyaient de louer le plus grand panneau publicitaire d'Europe dans la gare londonienne de Waterloo (quel symbole!), pour montrer le maitre du Kremlin chevauchant Big Ben, torse-nu, avec le message « Taking Back Control » (Nous reprenons le contrôle), photo-montage à l'appui. Hehehehe, le canular confirmé, mais encore, dans quel but?


C'est là où ça se complique! A croire le Daily and Sunday Express, ça serait une façon de remercier Poutine pour tout ce qu'il a fait dans le but de convaincre les Britanniques de passer à l'acte. De l'ironie qui sous-entend qu'il n'a rien fait! Selon l'Express, un texte serait même caché dans le code source du site, hehehe, en russe en plus. « Theresa May préfère promouvoir le plan ridicule du Brexit au lieu de s’arrêter un instant et d’enquêter véritablement sur la question de savoir si l’influence de la Russie a vraiment été décisive lors du vote. Le Royaume-Uni a immédiatement besoin d'une enquête à la Mueller. » Là aussi, tout est ironique. Preuve supplémentaire, la réponse du prétendu groupe russe rapportée par l'Express. « Le message hostile contenu dans le code source du site web était un piratage de la CIA. Le webmaster du groupe, Mikhael Klikov, a été envoyé en vacances éternelles en Sibérie pour avoir permis cette erreur ». Hehehe, sacrés Britanniques!

Il n'empêche qu'en exagérant les faits, les auteurs de ce canular sous-entendent bien sûr, que Poutine n'a rien fait pour peser sur le Brexit! Il ne serait d'ailleurs pas impliqué dans l'affaire Skripal évidemment, ni dans les élections américaines non plus. Ce ne sont que des éléphants roses qui encombrent l'espace aérien occidental. Au passage, le Daily Express est un tabloïd britannique eurosceptique.


Mais puisqu'on y est un mot sur Boris Johnson, un des artisans du Brexit. Il voudrait filer à l'anglaise, concernant le Brexit et ses responsabilités, d'avoir menti aux Britanniques en leur faisant croire que la sortie de l'Europe serait une formalité, tout bénéf. Le 29 mars 2019 à minuit, les Britanniques ne feront plus partie de l'Union européenne et ce divorce leur ferait perdre près de 29 milliards €/an. Et c'est indépendamment de la facture du divorce, qui pourrait atteindre une cinquantaine de milliards d'euros !

Comme tous les imposteurs dans son genre, Boris a commencé sa carrière en falsifiant une citation lorsqu'il travaillait comme journaliste stagiaire pour le Times, ce qui lui a couté son poste. Par la suite, il n'a pas hésité à inventer des histoires pour amuser la galerie, faire le buzz et se faire un nom dans le milieu conservateur. Tiens, ça vous rappelle quelqu'un? Trump, bingo.

Fils de bonne famille, avec des origines américaine, française et suisse, Boris est né aux USA. Il a une grand-mère de confession juive. « Du côté de ma mère, j’ai des ancêtres juifs originaires de Moscou dont certains étaient des rabbins ». Il est considéré par la presse israélienne comme un grand ami de l'Etat hébreux, farouchement opposé au boycott d'Israël. Et comme Trump, il n'est pas disponible pendant 30 minutes tous les 10 jours, pour cause de coloration des cheveux :D Contre le Brexit pendant un laps de temps, puis fer de lance du Brexit ; pour de bonnes relations avec l'Union européenne, puis partisan d'un Brexit dur ; BoJo n'est pas à une bouffonnerie et une contradiction près pour devenir Premier ministre. Le problème c'est qu'il est pris pour un bouffon, au vrai sens du terme, même par son propre camp. Pour Alan Duncan, l'ex-ministre d'État aux Affaires étrangères sous Boris Johnson justement, le Royaume Uni n'a pas besoin d'un « Trump britannique ». Pour un ambassadeur européen, personne ne le prend au sérieux.

Un exemple pour illustrer à quel point BoJo est un bouffon. Avant le Brexil, un de ses arguments de campagne était le risque encouru pour son pays, par l'éventuelle intégration de la Turquie dans l'Union européenne. Après le Brexit, il s'est engagé à aider la Turquie à intégrer l'Union européenne par tous les moyens!

Pour terminer en beauté, un florilège de bouffonneries borisiennes. Slogan de campagne : « Si vous votez Tory (parti conservateur britannique), votre femme aura de plus gros seins et vous augmenterez vos chances d'avoir une BMW ». Avec hélas des effets indésirables, vous aurez un petit zizi et un ciboulot ramolli. C'est avec ça qu'il a gagné la mairie de Londres, enfin, presque. Bon, continuons. Les jihadistes? « Des branleurs qui pratiquent la masturbation intensive ». Waouh! L’Union européenne? Comme les nazis, elle veut unifier le continent et le placer sous un commandement unique! Barack Obama? Il est « à moitié kenyan ». Hillary Clinton? On dirait « une infirmière sadique d’un hôpital psychiatrique ». François Hollande? Un commandant d’un camp nazi. Erdogan? C'est un « fantastique branleur » qui fornique avec des chèvres. L'avenir de la Libye? Le tourisme si le pays parvenait à se débarrasser des cadavres. Les femmes en burqa? Des boites aux lettres.

Vous l'avez compris, Boris Johnson est un homme pertinent et charismatique, un grand intello! On dirait qu'il a vraiment réussi sa vie. La BMW, la femme à forte poitrine, le petit zizi et le ciboulot ramolli, what else? Non mais qu'est-ce que l'humanité a fait au bon Dieu pour mériter les Johnson, Bolsonaro, Erdogan, Duterte, Le Pen, Salvini, Netanyahou, Poutine, Trump, et j'en passe et des meilleurs? C'est peut-être parce qu'on a bousillé la perle de l'Univers en un temps record ou parce qu'on ne mange pas assez de hoummos dans le monde! Au fait, on met notre Don Quichotte national dans le lot ou pas? Je ne suis pas convaincu, il va prendre cela pour une reconnaissance, qu'il a la trempe d'un président!

jeudi 11 octobre 2018

Pourquoi il a fallu une vive polémique pour qu'enfin César Abi Khalil, le ministre libanais de l'Energie, daigne s'intéresser à l'offre de Siemens ? (Art.563)


Et de surcroît, en octobre plutôt qu'en juin! Si vous êtes pressé ou si vous donnez votre langue au chat, je vous demande d'être patients et curieux, vous en saurez plus à la fin de l'article. Sachez d'emblée, César contre-attaque! Mardi sur OTV (chaine du Courant patriotique libre), vendredi sur al-Manar (chaine du Hezbollah). Et je peux vous dire que personne n'est aussi doué que notre ministre de l'Energie pour se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Après l'échange surréaliste qu'il a eu avec le PDG de Siemens, Joe Kaeser, 24-27 septembre, auquel j'ai consacré un réquisitoire accablant contre le ministre libanais et qui a eu un très grand succès, soyez-en remerciés, je vous dois de couvrir la suite tragicomique de la mésaventure de notre César national, qui le moins qu'on puisse dire, n'est pas à la hauteur de son prénom, un titre honorifique des empereurs romains et byzantins.

Dietmar Siersdorfer, le directeur général de Siemens Moyen-Orient, 3e en partant de la gauche, présentant les grandes lignes de l'offre Siemens au ministre libanais de l'Energie, comme on le voit sur un des écrans qui se trouve de l'autre côté de la salle. Photo publiée par César Abi Khalil lui-même (lundi 8 octobre)

Quelques jours de polémique et le revoilà de retour, lundi 8 octobre. Au début de la semaine, comme par enchantement, César Abi Khalil a organisé une réunion avec un groupe de travail de la société allemande, mené par Dietmar Siersdorfer, le directeur général de Siemens Moyen-Orient. Extraordinaire initiative, mais qui vient avec trois mois et demi de retard. Cette réunion aurait dû avoir lieu fin juin, tout de suite après la visite de la chancelière allemande, Angela Merkel, accompagnée du PDG de Siemens, Joe Kaeser. Pire encore, cette réunion n'a eu lieu qu'après la vive polémique déclenchée il y a deux semaines, à laquelle j'ai pris part, ce qui prouve que le ministre est coupable de négligence et méritait pour cela un licenciement sec sans solde.

Aussitôt après la réunion, César s'est précipité sur Twitter. D'abord, pour faire savoir : « Notre rencontre est positive avec l’équipe Siemens et son objectif est de clarifier et de lever toutes les ambiguïtés qui se cachaient derrière les rumeurs concernant des offres faites (par Siemens) ». Notez bien « l'objectif » mis en avant par le ministre de l'Energie. Il est clair que ce dernier est préoccupé par redorer son blason, davantage qu'à ramener l'électricité 24h/24 dans les foyers libanais.

Mais encore? Une heure plus tard, le ministre publie une déclaration commune concernant la réunion libano-allemande de la matinée. Et comme si ce n'était pas suffisant, le lendemain mardi, il republie le même communiqué dans la matinée, après avoir surligné studieusement quelques phrases clés, croyant pouvoir avec un Stabilo boss, camoufler la faute grave qu'il a commise en négligeant l'offre de Siemens lors de la visite de Merkel au Liban en juin et dans l'espoir naïf de sauver sa tête la veille de la formation du nouveau gouvernement. « La réunion visait à déterminer comment Siemens pouvait soutenir le plan global du gouvernement libanais visant à moderniser l'infrastructure électrique et à garantir un approvisionnement en électricité fiable et abordable (…) Siemens a présenté une approche visant à amener le système à des normes d'efficacité très élevées concernant toute la chaîne de valeur, de la production à la transmission, la distribution et la collecte, dans des plans à moyen et à long terme. »

César Abi Khalil, ministre libanais de l'Energie, très regardant sur la traduction de l'anglais vers l'arabe et grand amateur de Stabilo boss

Concentré sur son stabiloboss, César n'a pas remarqué que rien absolument rien dans ce communiqué ne contredit les propos tenus par Joe Kaeser, le PDG de Siemens, lors de l'échange qu'il a eu avec lui (24-27 septembre), ou le contenu de mon réquisitoire contre lui (1er octobre). « Oui, nous l'avons fait (proposer ou discuter une offre quelconque avec le gouvernement libanais concernant l'électricité). Au cours de la visite avec notre chancelière, j’ai proposé d’aider à améliorer la valeur de toute la chaîne de l'électricité et de faire venir notre équipe pour évaluer ce qui convient le mieux pour les gens (les Libanais). Aucune réponse du gouvernement (libanais)... L'offre que j'ai faite au gouvernement pour aider à optimiser l'électrification est toujours valable. Les Libanais méritent ça. #La puissance d'une promesse. »

Alors une question s'impose et restera suspendue comme une épée de Damoclès au dessus de la tête de notre César : encore une fois, pourquoi diable, le gouvernement libanais en général et le ministre de l'Energie en particulier, n'ont pas donné suite aux propositions allemandes de juin 2018 et qu'il a fallu une vive polémique pour que le ministre de l'Energie daigne s'intéresser à l'offre de Siemens ? Une telle défaillance ne méritait-elle pas une sanction?


Quelques heures après, imbu de lui-même, César part se réfugier dans les locaux feutrés de la chaine complaisante de son parti, OTV, pour lancer la contre-attaque. Dans la foulée, il prévoit de passer demain vendredi sur al-Manar, la chaîne du Hezbollah, qui a lui aussi contrôlé le ministère de l'Energie pendant plusieurs années (2005-2008).

نبارك للبنان وللبنانيين بفوز مدينة بيروت باستضافة اسبوع الطاقة العالمي للعام ٢٠٢٠
سنستقبل المجتمع الطاقوي الدولي في بيروت في 2020 وذلك لأننا نجحنا ببلوغ هدفنا بإنتاج الطاقة المتجددة قبل الوقت المتوقع ونسير قدماً في هذا القطاع

Du grand n'importe quoi! Et surtout pas de quoi pavoiser et aucun mérite particulier, le monde a voulu honorer le Liban comme d'habitude, pas ses ministres, cela va sans dire. Ça n'a surtout rien à voir avec les batailles donquichottiennes de ce dernier. Pour éviter de se  couvrir de ridicule, César aurait dû se pencher sur l'étude portant sur la qualité d'approvisionnement en électricité des populations dans le monde menée par le World Economic Forum pour 2017/2018. Un petit coup d'oeil et il aurait appris que le pays du Cèdre, n'arrive qu'à la 134e place, sur 137 pays étudiés svp. La Suisse, la vraie, se hisse à la 2e place, la France est 7e, Israël 23e, Arabie saoudite 30e, Grèce 54e, Egypte 63e, Iran 67e, Arménie 77e, Turquie 88e, Sri Lanka 96e, Bangladesh 101e, Ethiopie 109e, Zimbabwe 112e, Népal 118e et Venezuela 128e. Eh oui, le Liban ne fait mieux que trois pays: Haiti, Nigeria et le Yémen. C'est une honte. Quand on tient le ministère de l'Energie depuis dix ans et on affiche une performance aussi médiocre, au pire, on fait profil bas, et au mieux, on dépose sa démission et on va pêcher la sardine en Méditerranée, et qu'ils mettent la canne sur mon compte. A défaut, on rase les murs au lieu de pavoiser sur Twitter.


يهمنا إظهار الحقيقة بدون مواربة ومن لم ينجح في وزاراته سابقاً يهمه نشر الإشاعات والإفتراءات

Hallucinant. Justement, c'est ton cas César et le cas de Gebrane, que tu as conseillé quand il était ministre de l'Energie (2009-2013). Le ministère de l'Energie est contrôlé de facto par le Courant patriotique libre depuis 2008, Bassil y a passé plus de 4 ans et Abi Khalil 2 ans, le reste du temps, c'était entre les mains de deux ministres du Tashnag, un mouvement qui fait partie du Bloc du Changement et de la Réforme constitué autour du Courant patriotique libre. A maintes reprises, tout ce beau monde a promis l'électricité aux Libanais 24h/24 pour 2014-2015. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. C'est donc un fiasco.

منفتحون على كل الشركات وليس "سيمنز" فحسب وذلك ضمن الأطر القانونية المعمول بها في لبنان

Ça y est il recommence! Personne ne lui a demandé de dépasser les lois et les règlements en vigueur au Liban. Et puis, il faut savoir que c'est lui qui les dépasse tout seul, comme le prouvent les irrégularités de son dernier appel d'offres. Il a été épinglé par le comité qui en avait la charge. C'est après un bras de fer avec le parti des Forces libanaises (soutenu par les autres partis politiques), que le Conseil des ministres l'a contraint et forcé d'y revenir et d'étoffer et de durcir le cahier des charges.

Toujours est-il que cette phrase prouve à quel point César Abi Khalil est déconnecté de la réalité. Quand on est un ministre responsable et à la hauteur de la tâche, qu'on apprend que Siemens vient de terminer il y a deux mois un projet pharaonique pour la production de 14 400 mégawatts en Egypte, réalisé en un temps record (moins de trois ans), qu'on découvre que la société allemande est sur le point de signer un autre contrat pharaonique de 11 000 mégawatts avec l'Irak (il y a trois semaines), qu'on sait qu'avec 3 000 mégawatts en sus on peut s'offrir le luxe de climatiser les rues de Beyrouth, qu'on constate que la situation est lamentable depuis 30 ans, que l'on contrôle le ministère de l'Energie depuis dix ans, qu'on n'ignore pas que le Liban a reçu 430 millions $ en 2017 de l'Allemagne et que ce pays participera à l'octroi au Liban de plus de 10 milliards $ de prêts et près de 1 milliard $ de dons, eh bien, on ne continue pas à jouer au plus malin et à faire la fine bouche avec Siemens. Alors de grâce, que le César arrête de répéter cet argument primaire : ah mais il n'y a pas que Siemens !

أصبحنا معتادين على البطولات الوهمية و"الهمروجات" التي يقوم بها البعض عند كل استحقاق وبخاصة قبيل تشكيل الحكومة لتقديم أوراق اعتماد إلى رؤساء أحزابهم

Pas possible ce mec! Paroles d'un connaisseur on dirait. Tiens, comme le prouvent les déclarations donquichottiennes depuis lundi.

المدير التنفيذي للشرق الأوسط في شركة "سيمنز" هو من أصر على استخدام كلمة "شائعات" في بياننا المشترك وهذا ما يلغي كل المحاولات لتضليل الرأي العام

Foutaises. Comme je l'ai rapporté dans mon article, les propos de la chancelière allemande, en juin 2018, et ceux du PDG de Siemens, Joe Kaeser, en septembre 2018, sont on ne peut plus clair à ce sujet. Après sa rencontre avec Saad Hariri le 22 juin 2018, Angela Merkel a déclaré : « Nous voulons aider le Liban à mettre en œuvre ses réformes structurelles (...) Je pense que l’Allemagne peut apporter une bonne contribution, tant dans le domaine de l’énergie qu’en matière de gestion des déchets. » Cette déclaration figure sur le site du gouvernement fédéral d'Allemagne. Ainsi, les dirigeants allemands ont proposé leurs aides, dans les domaines de l'électricité et des déchets, et comme si de rien n'était, les dirigeants libanais se sont offert le luxe de les ignorer pendant plusieurs mois. Il a fallu une vive polémique libanaise en automne pour donner suite à la proposition allemande de l'été.

ه55% من الإلتزامات المالية في مؤتمر "سيدر" مخصصة لوزارة الطاقة ما يؤكد ثقة المجتمع الدولي  بخططنا بغض النظر عن عرقلتها سياسياً

Faux. Cela prouve à la fois l'étendue du désastre et que le CPL en général, César et Gebrane en particulier, qui contrôlent le secteur depuis dix ans, n'ont pas réussi à ramener l'électricité 24h/24. Le reste n'est que palabres, balivernes, wou 2art 7aké.

سيمنز قدمت أفكاراً للتطوير مبنية على خطة الكهرباء التي وضعناها في 2010 وهي مستعدة للمساعدة في هذا القطاع لكن ضمن الأطر القانونية والإدارية أي عبر المناقصات

Mais c'est pour cette raison que tu aurais dû cher César investir dans un bon sac à couchage pour aller camper à Munich devant le siège de Siemens, au départ d'Angela et de Joe le 23 juin 2018, quand l'Allemagne a proposé d'aider le Liban dans ce domaine, afin de discuter nuit et jour et sans relâche pour trouver une solution à un problème qui dure depuis trente ans.

نعاني من نقص في التغذية الكهربائية لأنه لم يتم بناء أي معمل منذ التسعينات حتى اليوم في ظل تزايد الطلب
وضعنا خطة للكهرباء في 2010 لبناء معامل جديدة لكننا بحاجة إلى طاقة مستعجلة الى حين اكتمال هذه المعامل وهنا الغاية من انتاج الطاقة عبر المعامل العائمة

Quel désastre! Cela prouve l'irresponsabilité de l'actuel ministre de l'Energie, César Abi Khalil, comme de l'ancien, Gebrane Bassil. Aucune centrale n'a été construite depuis les années 1990! Même après la fin de l'occupation syrienne du Liban en 2005. Et que fait son parti, le CPL, sachant qu'il contrôle le secteur depuis dix ans? Nazariyett bé 3elm el nabett? Ah non mieux que ça. On a une dette publique de près de 80 milliards de dollars, et le CPL n'a rien trouvé de mieux à faire que de batailler nuits et jours pour louer des centrales flottantes turques pour 850 millions de dollars par an, près de 1% de la dette publique, une somme astronomique qui ne fera que creuser davantage notre dette abyssale et placer le Liban au bord de la faillite économique! Les dirigeants libanais et les entrepreneurs turcs sont pratiquement les seuls au monde à faire de cette stupide idée des navires-générateurs électriques une solution à moyen terme, qui va nous coûter en cinq ans 4,25 milliards de dollars, de l'argent jeté par les fenêtres, dans la Méditerranée et dans les poches des intermédiaires turcs et libanais.

*

La responsabilité de César Abi Khalil dans ce dossier est partagé partiellement avec le président de la République, Michel Aoun, et le Premier ministre désigné, Saad Hariri, et au-delà, par le Courant patriotique libre et le Courant du Futur en particulier, qui veulent ramener le courant électrique rapidement, en dépit du bon sens, indépendamment du coût. A mon humble avis, ils devraient revoir leur copie et renoncer définitivement à la promotion de l'aberrante idée des centrales flottantes turques.

Quant à savoir pourquoi il a fallu une vive polémique pour qu'enfin César Abi Khalil daigne s'intéresser à l'offre de Siemens, avec trois mois et demi de retard, c'est parce que le ministre libanais de l'Energie est justement préoccupé par justifier cette aberration et par sauver son poste, davantage que par ramener le courant électrique 24h/24, rapidement, durablement et au moindre coût.

Certains Libanais préfèrent vivre à la bougie que de voir leur pays au bord de la faillite, à cause de l'irresponsabilité et de la défaillance de tous ses dirigeants, toutes tendances politiques et appartenances communautaires confondues, certains plus que d'autres, bien entendu ! Mais entre nous, quel est le responsable libanais qui ne dort pas la nuit à cause de la dette publique? Aucun. Personne n'en parle. Aucun parti libanais ne s'est opposé farouchement à la stupide idée des centrales électriques flottantes turques, c'est pour dire.

Je n'ai rien contre ces deux hommes en particulier, mais César Abi Khalil et Gebrane Bassil doivent assumer pleinement leurs responsabilités, sur le plan individuel, en tant que ministres de l'Energie, et sur le plan collectif, en tant que parti politique contrôlant le ministère de l'Energie depuis dix ans. Personnellement, je ne leur fais plus confiance dans ce domaine. Si ça ne dépendait que de moi, je leur interdirais de s'approcher à moins de 100 m du ministère de l'Energie.

Je suis fier d'avoir livré bataille avec vous chers lectrices et lecteurs, et d'autres compatriotes, activistes et politiques de divers bords, pour faire pression sur César Abi Khalil afin qu'il donne suite à l'offre de Siemens. Désormais, il nous appartient de suivre de près ce dossier et de faire entendre notre colère à chaque fois que la situation l'exigerait, pour espérer un jour en finir avec cette situation archaïque qui durent depuis trente ans, les coupures électriques.

lundi 1 octobre 2018

L'échange surréaliste de César Abi Khalil, le ministre libanais de l'Energie, avec Joe Kaeser, le PDG de Siemens (Art.561)


Faut-il destituer César Abi Khalil, bannir Gebrane Bassil et engager Joe Kaeser, pour que, enfin, les Libanais aient le courant électrique 24h/24 ? Matière à réflexion.



- Flashback. Samedi 22 septembre. Dans un enregistrement vocal qui a fuité dans la presse, on entend le député Jaber Yassine, bloc parlementaire du Développement et de la Libération (Nabih Berri) pester contre le Courant patriotique libre (CPL) et le ministre de l'Energie, César Abi Khalil. « Malheureusement, ils ont fait rater au Liban une grande opportunité. Les diplomates accrédités à l'ONU nous ont demandé, comment avez-vous pu traiter Merkel de cette façon, pourquoi avoir refusé l'offre de Siemens. Est-ce que vous êtes devenus fous? » Oh, mais ils l'étaient déjà depuis un bail.

- Dimanche 23 sept. César Abi Khalil brise le silence pour faire savoir que « Siemens n'a pas pris part à l'appel d'offres » concernant la réhabilitation du secteur électrique. Attention, César est un grand malin, il joue sur les mots.

- Lundi 24 sept. La journaliste d'al-Arabiya, Yara Alandary, décide de prendre le taureau par les cornes et d'interroger directement le PDG de la société allemande à ce sujet : « Est-ce que Siemens a proposé ou discuté une offre quelconque avec le gouvernement libanais concernant l'électricité? » Aucune réponse de l'intéressé, il était en voyage d'affaires.


- Mercredi 26 sept. à 17h22, à son retour d'Irak, Joe Kaeser fait savoir, en anglais: « Oui, nous l'avons fait. Au cours de la visite avec notre chancelière, j’ai proposé d’aider à améliorer la valeur de toute la chaîne de l'électricité et de faire venir notre équipe pour évaluer ce qui convient le mieux pour les gens (les Libanais). Aucune réponse du gouvernement (libanais). Notre porte est ouverte! L'offre tient toujours. Appelez à tout moment! ». Réponse précise, made in Germany.


- Brainstorming au ministère libanais de l'Energie. A 19h56 précises, César Abi Khalil revient à la charge. Alors qu'il est tagué dans la discussion lancée par Yara Alandary, il ne répond pas tout de suite à Joe Kaeser. Sa priorité est ailleurs. Il prend son temps pour entreprendre une étude de texte du petit tweet de Joe Kaeser et de balancer en arabe et avec sarcasme urbi et orbi : « Petite traduction pour ceux qui ont été trahi par leur niveau d'anglais: "Nous avons proposé l'aide" ... Nous n'avons pas nié la réalité, nous avons publié le compte-rendu. "Nous enverrons notre équipe pour évaluer ce qui est le mieux pour le peuple libanais", c'est-à-dire qu'il n'y a pas encore d'offre officielle. » Traduction à cinq piastres et aucun compte rendu n'a été publié, César fait encore le malin, joue sur les mots et gagne du temps, avec une seule idée en tête, sauver la face et son poste en pleine formation du nouveau gouvernement. Donc, des foutaises sur toute la ligne. Une offre officielle a bel et bien eu lieu et a été ignorée par celui qui était obnubilé par la transaction concernant la location des trois centrales flottantes turques, Fatmagul Sultan, Orhan Bey et Esra Sultan.


- Quelques minutes après, le ministre libanais de l'Energie dédaigne répondre en anglais au PDG de la société allemande : « Nous sommes impatients de coopérer avec Siemens pour l’évaluation des besoins et, en conséquence, de recevoir peut-être une proposition formelle. » Un tweet d'aucune utilité, 2aret 7aké.


- Peu de temps après, sur son compte perso, César Abi Khalil rajoute : « Je réitère mon invitation à Siemens et à toutes les entreprises qualifiées pour rester à l’écoute des annonces du ministère concernant le prochain appel d’offres IPP, Selaata I et Zahrani II. » Toutes les entreprises qualifiées de la Voie lactée ! Et qu'en est-il de l'offre globale de Merkel-Kaeser précisément ? Niet. A croire le ministre libanais, Siemens et consorts sont plus impatients de décrocher le marché de Selaata et de Zahrani au Liban, que César Abi Khalil et consorts ne sont pressés de ramener l'électricité promise 24h/24 aux 4,2 millions de Libanais pour 2015! Mais voyons, « stay tuned » les gars hein, khalikoun 3al sama3 ya chabeb?


- Jeudi 27 sept. à 14h07, de nouveau Joe Kaeser prend le temps pour préciser : « Merci à tous pour cet excellent dialogue. Cela montre que vous vous souciez de l'avenir de votre pays! J'ai demandé à mon équipe régionale de contacter le ministre (César Abi Khalil) dès que possible. L'offre que j'ai faite au gouvernement (libanais) pour aider à optimiser l'électrification est toujours valable. Les Libanais méritent ça. #La puissance d'une promesse .» Et dire que César Abi Khalil essaie encore de noyer le poisson avec Selaata et Zahrani! Ce nouveau tweet du PDG de Siemens confirme sans l'ombre d'un doute qu'une offre a bel et bien était faite au gouvernement libanais en général et au ministre libanais de l'Energie en particulier, qui s'est permis de ne donner aucune suite depuis trois mois, à part ce « stay tuned » après l'éclatement du scandale.


- Jeudi 27 sept. à 14h50, la société allemande via la branche en charge du Moyen-Orient publie un tweet dans lequel elle fait savoir que « Siemens est prête à aider le Liban pour mettre à niveau son infrastructure électrique, en utilisant une technologie fiable et efficace au bénéfice de la population. Nous sommes impatients de coopérer avec le gouvernement libanais sur de futurs projets. Pour d'autres questions, veuillez contacter tamara.hamdan@siemens.com ».

- Jeudi 27 sept. à 15:37. Panique à bord, on aurait aimer se passer de cette nouvelle polémique qui assombrit encore plus l'avenir de César au ministère de l'Energie. Brainstorming à haut niveau et finalement la montagne accoucha d'une souris. Le ministre de l'Energie finit par retweeter un tweet d'OTV (chaine du CPL), dans lequel on apprend: « Abi Khalil en réponse au nouveau tweet du président de Siemens : Nous sommes toujours dans la déclaration d'intentions et si Dieu le veut, cela se traduira par une offre sérieuse et contraignante, dans le cadre d'un appel d'offres sérieux ». Inch'allah! Pour résumer la situation en une phrase, disons que pour notre César national, le PDG de Siemens ne peut pas encore être pris au sérieux à ce stade.


- Vendredi 28 septembre à 10h30 précises, c'est le coup de grâce pour César Abi Khalil : « Est-ce que nous devons donner des projets aux douze entreprises qui ont accompagné la délégation allemande et qui étaient disposées à (nous) aider? » Non, mais quoi encore, nous n'allons pas prendre le premier venu et inventer des projets comme ça! Affligeant. Il est inadmissible, vu la situation désastreuse de l'électricité au Liban, un secteur qui dépend de son parti depuis dix ans, que le ministre qui en a la charge depuis deux ans se comporte avec autant de désinvolture.

César Abi Khalil, le ministre libanais de l'Energie, le 28 septembre 2018 : « Est-ce que nous devons donner des projets aux douze entreprises qui ont accompagné la délégation allemande et qui étaient disposées à (nous) aider? » Mais voyons ! 28 ans après la fin de la guerre, les coupures électriques font toujours partie du quotidien des Libanais. Le secteur électrique coûte près de 5 milliards de dollars par an (énergie de l'Etat libanais via EDL, des centrales flottantes en location et des générateurs privés).  Le ministère de l'Energie est de facto entre les mains du Courant patriotique libre depuis 2008, Gebrane Bassil y a passé plus de quatre ans et César Abi Khalil près de deux ans.

La chancelière allemande Angela Merkel après sa rencontre avec Saad Hariri le 22 juin 2018 : « Nous voulons aider le Liban à mettre en œuvre ses réformes structurelles (...) Je pense que l’Allemagne peut apporter une bonne contribution, tant dans le domaine de l’énergie qu’en matière de gestion des déchets. » D'après le site du gouvernement fédéral d'Allemagne.

L'info sur l'offre Siemens circulait en coulisse depuis la visite de la chancelière allemande Angela Merkel au Liban, accompagnée par le président-directeur général de la société Siemens, Josef Kaeser, les 21 et 22 juin. La rumeur parlait d'un projet allemand pour ramener le courant électrique au Liban 24h/24 en 6 mois pour 800 millions de devises, euros pour les uns et dollars pour les autres. Certes, l'info de cet été était erronée et les propos du député Yassine sont approximatifs. Il n'empêche qu'il n'est nullement besoin d'être Einstein ou dans les secrets des dieux pour imaginer que la chancelière allemande n'est pas venue au Liban pour faire du coloriage avec les petits réfugiés syriens et que le PDG de Siemens ne s'est pas déplacé à Beyrouth pour aller manger une fattit hommous chez Le Chef à Gemmayzé !

Il y a trois certitudes que le ministre libanais aura beaucoup de mal à cacher à ses compatriotes : un échange de nature économique et commerciale a bel et bien eu lieu à Beyrouth fin juin entre le Liban et l'Allemagne ; les Allemands ont proposé d'aider le Liban notamment dans deux domaines où la situation est lamentable, la production électrique et la gestion des déchets ; les responsables Libanais n'ont pas donné suite aux propositions allemandes. César Abi Khalil peut faire le malin et jouer sur les mots, il n'empêche comme le rapporte le site internet du gouvernement fédéral d'Allemagne, la chancelière a tenu à faire savoir au cours de sa visite à Beyrouth : « Nous voulons aider le Liban à mettre en œuvre ses réformes structurelles (...) Je pense que l’Allemagne peut apporter une bonne contribution, tant dans le domaine de l’énergie qu’en matière de gestion des déchets. » Facile à comprendre à moins que notre ministre de l'Energie ne sait plus à quoi correspond son poste au juste.

Pour mesurer la gravité du comportement libanais et l'insoutenable légèreté de César Abi Khalil, sachez que l'Allemagne a versé 370 millions d'euros (soit 430 millions de dollars) pour venir en aide au Liban au cours de l'année 2017. Elle fait partie des pays qui se sont engagés à accorder au pays du Cèdre 10,2 milliards de dollars de prêts et 860 millions de dollars de dons lors de la conférence qui s'est tenue à Paris en avril 2018, à condition que le Liban entreprenne des réformes sectorielles, justement dans les domaines de l'énergie et des déchets. César Abi Khalil peut snober la Syrie et l'Iran, il a carte blanche, mais pas l'Allemagne pardi !

Pas besoin de se perdre dans 1001 détails et rumeurs. Les faits sont là et ils sont accablants pour l'actuel ministre libanais de l'Energie. César Abi Khalil est ni à sa place ni à la hauteur de la tâche. Alors que la situation électrique est désastreuse au Liban, il s'est permis de ne donner aucune suite à la proposition d'aide de Siemens, tantôt sous le prétexte qu'elle ne s'inscrit pas dans le cadre d'une adjudication ou d'un appel d'offres, tantôt sous l'excuse bidon qu'elle ne correspond pas à nos besoins. Le problème c'est quand le ministre libanais fait des appels d'offres, il ne respecte pas scrupuleusement les lois et les règles en vigueur en matière d'attribution de marchés publics au Liban. Il a fallu un long bras de fer avec les ministres du parti des Forces libanaises, pour remettre le train sur les rails. Son dernier soi-disant appel d'offres s'est limitée de facto à une seule société, comme par hasard. C'est cette confrontation CPL-FL sur ce dossier précis qui a dégradé les relations entre les deux partis chrétiens. Non seulement il n'a rien fait de sérieux contre le non-paiement des factures et le branchement illégal sur le réseau public, qui peut atteindre 70% dans certaines régions, mais il bataille depuis des lustres, aujourd'hui en tant que ministre et hier en tant que conseiller de Bassil, pour favoriser l'aberrante location de centrales électrique flottantes turques, depuis 2013, dont le coût pour les contribuables libanais est astronomique aujourd'hui : 850 millions de dollars par an ! Au total, d'après les contrats en cours, nous allons jeter par les fenêtres et dans les poches d'intermédiaires libanais et turcs, plus de 4,25 milliards de dollars, de quoi construire plusieurs usines pour assurer les besoins en électricité d'une dizaine de millions de personnes !

Au lieu de prendre le premier avion pour aller s'installer à Munich et discuter de jour et de nuit et en détails avec Joe Kaeser de la proposition faite à Beyrouth au mois de juin, dans l'intérêt des Libanais, César Abi Khalil joue aux fines bouches, fait le malin et s'amuse à avoir le dernier mot sur Twitter.

D'un côté, les Libanais ont la parole de Joe Kaeser, PDG de Siemens, une société fondée en 1847, qui représente 387 000 salariés et qui pèse plus de 92 milliards d'euros de capitalisation, soit 107 milliards de dollars. Pour prendre conscience avec qui César Abi Khalil s'amusait à tweeter à la légère, la prestigieuse entreprise allemande vient de terminer la mise en oeuvre du plus grand contrat de son histoire, conclu avec l'Egypte en 2015, construire pour six milliards de dollars trois centrales électriques produisant 14 400 mégawatts. Les gouvernements libanais depuis 2010, Hariri-Mikati-Salam-Hariri, avec Bassil-Tabourian-Nazarian-Abi Khalil aux ministères de l'Energie, ont prévu de dépenser presque autant, pour louer des centrales électriques flottantes turques! Cherchez l'erreur. Le projet gigantesque de Siemens en Egypte a été réalisé en un temps record, 27,5 mois seulement. Il a été inauguré cet été. Assurant l'électricité pour plus de 40 millions de personnes svp (sept fois la population au Liban, réfugiés syriens compris), il doit mettre fin aux coupures électriques chroniques qu'a connues le pays et qui étaient en partie responsables des manifestations qui ont conduit à la destitution du président Mohammad Morsi. C'était une promesse du général Sissi en 2014. Elle a été tenue. Chez nous, on vient de faire une chanson pour vanter les mérites du ministre toti-pluri-multipotent, Gebrane Bassil. César Abi Khalil doit encore faire ses preuves, pour mériter cela.

« Il y a trois ans, nous avons promis de fournir de l'énergie à plus de 40 millions d'Egyptiens. Hier, nous avont créé l'avenir avec nos partenaires. J'ai eu l'honneur de recevoir cette lettre d'appréciation du président égyptien. Equipe de Siemens, celle-ci va à vous! #La puissance d'une promesse »

Et ce n'est pas tout. Si César Abi Khalil était moins obnubilé par les navires-générateurs turcs et sauver sa face, et plus préoccupé par les intérêts des Libanais et être à la hauteur de son interlocuteur, il aurait appris que Joe Kaeser était en Irak dimanche dernier à la demande des autorités locales, pour proposer un autre projet pharaonique, l'augmentation de la production électrique irakienne de 50%, soit près de 11 000 mégawatts supplémentaires en seulement quatre ans, pour neuf milliards de dollars. Avec 3 000 mégawatts en sus, nous pourrions s'offrir le luxe de climatiser les rues de Beyrouth, enfin, couvrir largement nos besoins! Mais non, la vie serait trop belle. Tout ce que le ministère de l'Energie a trouvé de mieux à faire c'est de se réveiller enfin, après 30 ans de pratiques sauvages des rapaces des moteurs, pour imposer la pose de compteurs sur les installations électriques privées.

« Nous avons fait une promesse au peuple irakien et nous la tiendrons, comme nous l’avons fait en Égypte en un temps et avec une efficacité sans précédent. Notre feuille de route pour l'Irak fournira une électricité fiable au pays, une éducation pour des milliers de jeunes et 60 000 nouveaux emplois pour un nouvel Irak. »

Ainsi, la parole de Joe Kaeser est à mettre dans la balance contre celle de César Abi Khalil, de Gebrane Bassil et du Courant patriotique libre, qui ne savent plus quoi dire pour justifier le mépris inadmissible de la proposition allemande. C'est la parole de ces hommes politiques qui contrôlent un ministère vache à lait, celle de l'Energie, depuis dix ans et qui ont promis aux Libanais en 2011, au cours d'une campagne d'affichage et dans la presse, « Leban-off-on », qu'ils auront l'électricité de l'Etat 24h/24 dès la fin de l'année 2014. En vain.

Promesse faite en 2011 par le ministre de l'Energie Gebrane Bassil: l'électricité 24h/24 pour 2014-2015 

Cet échange est entre les mains du peuple libanais, toutes tendances politiques et appartenances communautaires confondues. C'est à lui d'en juger et de prendre acte. Malgré la facture globale exorbitante du secteur électrique au Liban, les Libanais dépensent près de 5 milliards de dollars par an (production de l'Etat libanais via Electricité du Liban, production des centrales flottantes turques vendue à EDL et production des générateurs privés libanais), la situation électrique des Libanais est la plus archaïques au monde. Et cela dure depuis près de trente ans. L'heure n'est plus à la recherche de l'erreur, l'heure est à la révolte. Je l'ai dit et redit, je persiste et signe, le ministère de l'Energie ne doit plus être accaparé par les forces du 8-Mars en général (pro-Assad et pro-Hezbollah) ou le Courant patriotique libre en particulier, comme c'est respectivement le cas depuis 1990 et 2008. Stop! César Abi Khalil doit être congédier. Si les gouvernements successifs depuis la fin de la tutelle syrienne en 2005 avaient confié à Siemens la charge de réhabiliter le secteur électrique, les Libanais seraient aujourd'hui en mesure de vendre de l'électricité à la Syrie et non dans la situation hallucinante d'acheter du courant électrique à ce pays qui est ravagé par la guerre depuis sept ans ! Mieux vaut tard que jamais, pour destituer César Abi Khalil sur le champ, comme pour engager Siemens sans plus tarder. 

vendredi 14 septembre 2018

Rachid Taha est mort : hélas, même les grandes stars s'éteignent un jour ! (Art.558)


Rachid Taha ce n'est pas seulement « Ya rayah », c'est entre autres, « Algerian tango », « Barra barra », « Douce France », « Voilà voilà » et « Zoom sur Oum ». 


L'avoir chanté tant de fois à tant de monde, n'a pas dissuadé Rachid Taha de renoncer à partir à son tour, une fois pour toutes de surcroit. Et c'est maintenant à notre tour d'invoquer l'au-delà pour savoir : « Ya rayéh, wein mséfar? » Toi qui pars, où voyages-tu comme ça? Nous le faisons le cœur lourd sachant que lui, n'a aucune chance de « revenir », comme l'émigré de sa chanson.

Rachid Taha lors du tournage du clip "Now or Never" (2013),
un hommage à Elvis Presley

Beaucoup de gens connaissent le chanteur, mais peu savent à quel point cet artiste était une star internationale. Rachid Taha avait beau être de parents algériens et vivre depuis l'âge de 10 ans entre l'Alsace, les Vosges et Seine-Saint-Denis, s'exprimant, écrivant et chantant dans les langues d'al-Moutanabbi et de Molière, il vendait plus de disques au Royaume Uni, qu'en France ou en Algérie. Disons que nul n'est prophète en son pays, même adoptif.

Ses premiers pas, il les a faits avec « Carte de séjour », un groupe beur lancé en éclaireur dans les années 1980. Ses derniers avec « CousCous Clan », une organisation musicale transnationale franco-algérienne montée comme un pied de nez aux suprémacistes américains du Ku Klux Klan, qui s'est produite à Marseille le 1er septembre. Et entre les deux deux et en parallèle, une magnifique carrière en solo, rythmée par de grands tubes. Ya rayah (1998 / clip), un chef d'oeuvre de l'artiste algérien Dahmane el-Harrachi, à l'intention des émigrés d'ici, d'ailleurs et de tous les temps. « Combien de pays habités et de terres désertes as-tu vus ? Combien de temps as-tu gaspillé ? Combien vas-tu en perdre encore et qu’abandonneras-tu ? Ô toi l'émigré, tu ne cesses de courir dans le pays des autres, sais-tu vraiment ce qui se passe? Le destin et le temps suivent leur cours, mais tu l'ignores. Ô voyageur, où vas-tu ? Tu finiras par revenir. Combien de gens peu avisés l'ont regretté avant toi et moi. » Un thème aussi intemporel qu'universel qui a fait de cette version de Rachid Taha un immense succès mondial, au ton musical pop-chaabi-raï, mise en scène dans une ambiance théâtrale à la Kusturica,.

Dans la biographie de Rachid Taha, on trouve aussi Rock the Casbah (2004 / clip), une reprise des Clash, meilleure que l'originale de l'avis même du chanteur du groupe britannique Mick Jones; Douce France (1997 / clip), une reprise de Charles Trenet, une façon de signifier urbi et orbi qu'il y a des immigrés intégrables, à condition que la France veuille bien d'eux ; Algerian Tango (2013 / live) une chanson haute en couleurs avec Mick Jones à la guitare ; l'album live 1, 2, 3 Soleils (1998 / live), qui reprend le concert exceptionnel du trio algérien Khaled-Faudel-Taha (qui contient la chanson hommage à Abdelkader, l'émir sunnite qui lutta avec héroïsme contre l'invasion française de l'Algérie au 19e siècle, mais qui deviendra plus tard un ami de la France, après être intervenu pour sauver de nombreux chrétiens de Damas des grands massacres déclenchés par la communauté druze en 1860, au Liban et en Syrie, visant notamment la communauté maronite) ; et j'en passe et des meilleures.

Toujours est-il qu'en 2016, c'est la consécration, Rachid Taha décroche la Victoire de la musique pour l'ensemble de sa carrière. De toutes ses chansons, s'il faut n'en choisir que quelques unes, mon Top 3 inclura à part Ya rayah, Barra barra de l'album Made in Medina (2000 / live).

Sur le plan littéraire, Barra barra est une superbe illustration du monde d'aujourd'hui, quand on se trouve « enfermer dehors », pour reprendre le titre d'un film d'Albert Dupontel. Rythmée par des envoûtants youyous, Barra barra évoque à la fois les problèmes des sociétés modernes, où règnent l'arbitraire, la jalousie, la haine et le manque de confiance, mais aussi les problèmes environnementaux, concernant le dérèglement des mers et des rivières, et la destruction de la faune et de la flore, ainsi que les problèmes géopolitiques, avec les guerres et les destructions, le sang qu'elles font couler et les murs qu'elles laissent entre les gens.

Sur le plan musicale, c'est une magnifique illustration de ce qu'était l'artiste, comme Bakhos Baalbaki et comme tant d'autres émigrés, qui ont la chance et le malheur de vivre tirailler entre deux mondes, à cheval entre l'Orient et l'Occident, le Sud et le Nord.

Il faut attendre 2013, pour que l'artiste algérien exprime clairement ce tiraillement dans la délicieuse chanson Zoom sur Oum (studio), qui figure incontestablement sur mon Top 3 : « Quand je m’oxyde du manque d’Orient, Qu'aucun soleil ne m'emmène, Vers des chats aux yeux persans, Qu'aucun vent ne vient d'Aden, Pour me sabler le champagne, Qu'aucun tapis ne m’envole, Vers les barrières les montagnes (...) Quand je m’oxyde de l’Occident, Quand tout est gris, quand tout est terne, Qu'ici la vie montre les dents, Voudrait se croire éternelle, Quand le désert parle à mon âme, Me dit le vent vient du Levant, Et que j’entends c'est 'je j’attends' (...) Je zoume sur Oum le temps d’une mélopée, Je zoume sur Oum et ça me désoriente, Je zoume sur Oum le temps de me sentir en paix, Je zoume sur Oum et ça me désoriente ».

Bien qu'on l'associe à la musique du monde, quand ce n'est pas au raï, Rachid Taha est avant tout une grande figure du rock, comme le prouvent l'écrasante majorité de ses chansons, on peut dire qu'il a créé la pop-arabe, et ses nombreuses collaborations musicales avec des grands noms de la scène internationale. Avec Brian Eno par exemple, le producteur du groupe mythique U2 et des légendes comme David Bowie et Coldplay. Eno est un grand fan de Taha. Il a joué avec lui sur scène et ils ont travaillé sur plusieurs albums en studio, sur « Tékitoi » déjà (2004), qui contient le tube Rock the Casbah, ainsi que sur « Zoom » récemment (2013), qui reprend la reprise d'Elvis, (It's) Now or Never (clip), et rend hommage à Oum Koulsoum, Zoom sur Oum (chantée en live à Barcelone en 2014 ; plus une superbe chanson en bonus, au texte, à la mélodie et au rythme enivrants, Qalbi wou qalbik majrouh). Les deux complices ont tenté de prouver, comme l'a expliqué le musicien britannique avec sarcasme, « qu'une bande de musulmans et de soi-disant chrétiens pouvaient facilement travailler ensemble ». 

Rachid Taha a aussi collaboré avec Hans Zimmer, le compositeur de la musique de films légendaires comme La ligne rouge (Terrence Malick, 1999), Gladiator (Ridley Scott, 2000) et La Chute du Faucon noir (Black Hawk Down, Ridley Scott, 2001). Justement, pour ce dernier film qui raconte un épisode sanglant de la guerre en Somalie, la bataille de Mogadiscio (3-4 octobre 1993) où 1 000 Somaliens et 19 Américains ont été tués, le musicien américano-allemand a fait appel à l'artiste algérien pour adapter la chanson Barra barra au film anglo-américain et occuper la deuxième piste de la bande-son.


Ce qui frappe quand on lit, écoute et regarde les interviews de Rachid Taha, c'est cette grande ouverture d'esprit. « Mon père voulait qu’on ait une bonne éducation, à l’européenne… J’ai été aussi quatre ans chez les bonnes sœurs, j’étais même premier en catéchisme (...) Je ne vois plus de différence radicale entre religions chrétienne et musulmane : elles reposent chacune sur le respect de l’autre, la bonté, la générosité. Mes parents ne m’ont jamais enseigné la haine, mais la tolérance (...) Je lis un peu le Coran, c’est subtil, plein de poésie ; seulement, il n’est pas donné à tout le monde de le comprendre, il y a beaucoup de charlatans (...) On n’enseigne guère l’Holocauste aux petits arabes, de peur qu’ils détestent un peu moins les juifs » (Télérama 2007). Oh, ce franc-parler peut couter très cher du Maghreb au Machrek. Mais encore,  « Le raï c'est le contraire de l'intolérance. C'est la joie de vivre, c'est la liberté. "Raï" veut dire mon opinion. Chaque se fait son opinion. Voilà le raï. C'est le contraire du fascime. C'est le contraire de toutes les dictatures » (TV5-Monde).

Si le chanteur est très connu, l'homme engagé l'est un peu moins. Et pourtant, dans ce domaine également, il avait de l'énergie à revendre. Il était très critique de la France. Mais bon, qui aime bien, châtie bien. « Les Noirs, eux, ont plutôt de la chance : ils ont l’image d’athlètes rigolos, bons danseurs, grands baiseurs, ils ont même des héros dans les séries américaines... Ici, beaucoup de Français n’ont toujours pas digéré la guerre d’Algérie. L’Arabe inquiète. On ne peut pas se fier à ce fourbe, potentiel terroriste, fils de fellagha qui peut vous égorger pour rien. » Et encore c'était en 2007 ! « La situation s’aggrave », il ne croyait pas si bien dire. « Il faut bien reconnaître que la gauche est en partie responsable de ce qui se passe. La génération des 25 ans qui ne trouve ni boulot ni logement dès qu’elle mentionne un nom aux consonances maghrébines... ». Enfin, de la gauche ne subsiste que comandante Mélenchon.

Cela étant dit, Rachid Taha n'était absolument pas tendre avec l'Algérie non plus. « Et notre racisme envers les femmes ? La soumission à laquelle la famille et un islam mal compris les contraignent, l’obligation du voile ! Tant que les femmes restent asservies, la démocratie ne peut exister. Prenez les mariages arrangés, qui demeurent la règle chez nous. Quand il n’y a pas d’amour au départ, quand le géniteur est trop souvent un violeur, les mères ne peuvent se réfugier que dans leur foi et tombent amoureuses du premier homme doux avec elle : leur fils aîné ! Du coup, elles surinvestissent sur lui, mettent leurs filles éventuelles au service du grand-frère, en font un macho. Et parfois même un intégriste tant leurs relations sont sublimées : pour le fils, la mère si dévouée, si pieuse est devenue une sainte, dont il se rêve le prophète. » Pas besoin de sociologues avec Rachid Taha. Ce qui est fascinant dans cette explication, c'est qu'elle est valable dans tout le monde arabe, à quelques nuances bien entendu, en Algérie comme au Liban, chez les chrétiens comme chez les musulmans.

Rachid Taha a grandi en mode stéréo, Oum Koulsoum dans un oreille et les Led Zeppelin dans l'autre. Authentique et généreux, joyeux et charismatique, il avait l'esprit créatif, une voix rauque et chaleureuse, il était un chic type, un gentleman, un forgeron des mots et du verbe haut. Il se rêvait en philosophe et en poète, en Khalil Gibran et en Omar Khayam, en Jean Genet et en Pier Paolo Pasolini. C'était un homme de courage, un penseur éclairé, un écorché vif, un artiste en colère. La tragédie de sa vie, c'est l'Algérie. Ce point est crucial pour comprendre qui était vraiment Rachid Taha et ce qui l'animait. Et là encore, beaucoup de personnes d'origine algérienne ou libanaise se reconnaitront dans ses paroles. « J'avais trop de colère contre ce pays qui n'avait pas été capable, malgré ses richesses, de nourrir son peuple, qui avait obligé des gens comme mon père à émigrer, à être humilié à l'étranger, à y subir des douleurs énormes. Jusqu'à n'avoir même plus la force de revenir. » Un témoignage poignant. C'est ce qui le poussera à ne pas mettre les pieds dans son pays natal de 1989 à 2006.

C'est à cette époque qu'il décide d'entreprendre des démarches administratives pour obtenir la nationalité française. Mais qu'on le veuille ou pas, certaines blessures ne cicatrisent jamais. Le souvenir d'un oncle tué par l'armée française durant l'absurde guerre pour que l'Algérie demeure française, finit pas convaincre l'artiste de rester Algérien. Mais qu'on ne s'y trompe pas, Rachid Taha a largement prouvé son attachement à la France, toujours avec un brin de fantaisie. « J’adore la France... Parce que c’est encore un vrai pays démocratique qui s’est construit sur un beau slogan publicitaire : Liberté, Egalité, Fraternité. Et puis les femmes y sont plus belles qu’ailleurs... Vous n’avez pas remarqué comme on s’embrasse ici ! Pour un oui, pour un non. C’est le côté arabe de la France. C’est déjà un début. » Il l'a même résumé dans une belle formule dans le documentaire réalisé à son retour dans le pays de son enfance, Rachid Taha en Algérie : ma parabole d'honneur (Pascal Forneri, 2006), où beaucoup comme moi, se reconnaitront : « Algérien pour toujours, Français pour tous les jours ».

Et que serait Rachid Taha sans cette maladie qui l'accompagna durant toute sa vie artistique, le syndrome d'Arnold Chiari, une malformation du cervelet, asymptomatique jusqu'à l'âge de 27 ans, mais qui était à l'origine de graves troubles neurologiques qui pouvaient survenir même sur scène. Au lieu de vivre cette loterie du destin comme un handicap, cela a doublé sa détermination, dans ce domaine aussi, pour se battre et changer les choses. En octobre 2017, il révèle l'info au quotidien algérien al-Watan afin de « sensibiliser les gens à cette maladie et surtout, prévenir et se prémunir des mariages consanguins », pratique qu'on retrouve dans le monde arabe, communautés chrétiennes comprises.

Un des premiers enregistrements live de Ya Rayah, en direct dans "Le cercle de minuit", émission du 29 novembre 1993 sur France 2 (archives INA)

Une dernière anecdote. L'artiste algérien était connu également pour son humour. Pour celles et ceux qui trouvent que les mères méditerranéennes sont trop possessives -et comment, que ceux qui pensent le contraire osent lever le doigt!- voici le conseil d'un connaisseur, un testament. « Ma mère m’a eu à 15 ans et je ne l’ai jamais appelée maman, mais Aïcha. Ça m’a aidé à trouver très jeune un meilleur couscous que le sien ». Excellent.

Voilà voilà, comme l'a dit Rachid Taha, dans la dernière chanson de ce qui est désormais son dernier album studio, Zoom, un sublime opus contre la montée de l'extrême droite et de la xénophobie, mis en scène avec la participation de noms connus comme Mick Jones, Eric Cantona, Oxmo Puccino et Agnès B. Et dire qu'il l'a écrit il y a plus de vingt ans. Le msafir a profité d'une crise cardiaque pour tirer sa révérence. Il a été enterré vendredi dans sa ville natale, près d'Oran, par son père et sa mère, qui ont dû ressentir l'une des pires douleurs qu'on puisse éprouver sur Terre. Il laisse un autre testament à l'émigré qui rêve d'un autre monde. « Ô voyageur, je te donne ce conseil à suivre sur le champs. Vois ce qui te convient avant de vendre ou d'acheter. Ô dormeur, tes nouvelles me sont parvenues, ce qui t'est arrivé m'est arrivé. C'est ainsi que le coeur revient à son créateur le Très Haut ». Sublime. Repose en paix Rachid Taha et à un de ces jours sous d'autres cieux. Hélas, même les grandes stars s'éteignent un jour. 

dimanche 19 août 2018

C'est aux juges et non aux policiers et militaires de constater et de sanctionner les éventuels abus en matière de liberté d'expression au Liban (Art.553)


Il est temps de légiférer sur la question. Tout politicien qui ne s'exprime pas sur le sujet doit être considéré comme complice des violations graves des droits de l'homme commises actuellement au pays du Cèdre.


Non mais, à ce rythme, on va finir par regretter Suzanne el-Hajj! Elle, au moins, était jolie et faisait son travail avec moins de zèle quand même. Enfin, trêve de plaisanteries, sauf que c'est le grand délire ces derniers temps. Pour un oui ou pour un non, « allo mar7aba, 3azminak-nik 3a fenjann kahwé ». Dernière nouveauté, la police libanaise d'internet passe ses coups de fil via WhatsApp. On aura tout vu au Liban.

Superbe caricature de Plantu, datant de 1988, pour illustrer les relations conflictuelles entre les militaires et les médias traditionnels. En 2018, on peut rajouter les politiciens du côté des militaires/policiers et les réseaux sociaux du côté des médias.

Personne n'est à l'abri au Liban et personne ne sait d'où vient la menace dans ce pays.

Ni un journaliste chevronné des médias traditionnels, Marcel Ghanem (chaine LBCI), à qui le ministre de la Justice Salim Jreissati (Courant patriotique libre), et plus tard la justice (janvier 2018), reprochait d'avoir laissé des invités saoudiens de son talk show accuser Michel Aoun, Nabih Berri et Gebran Bassil d'être des « partenaires du Hezbollah dans le terrorisme », à cause de leur positionnement politique favorable à la milice chiite libanaise.

Ni une jeune journaliste sur internet, Safaa Aïyad (Al-Modoun), convoquée devant le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité (juin 2018), pour avoir dénoncé l'usage d'un hôpital publique à des fins électorales par un député d'Amal (Nabih Berri).

Ni un jeune militant de la société civile, Hadi Damien, le coordinateur de la marche des fiertés à l'occasion de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie (mai 2018), accusé par les Forces de sécurité intérieure, d' « incitation à la débauche » et d' « atteinte aux bonnes mœurs ».

Ni une jeune militante du Parti socialiste, Yara Chehayeb, convoquée devant le Bureau (août 2018), pour avoir osé évoquer les « complexes psychologiques » de Gebrane Bassil, le gendre de Michel Aoun.

Ni même un ado de 15 ans, Youssef Abdallah, interrogé par les renseignements de l'armée pendant 38 heures (juin 2018), pour avoir mis comme photo de profil une image peu flatteuse du président de la République justement. Il n'a été relâché qu'après avoir signé avec son père un document dans lequel il s'engage à ne plus jamais insulter Michel Aoun et le Courant patriotique libre à l'avenir. Le cas a été dénoncé récemment par Amnesty International.

Comme l'a bien dit le père du jeune Youssef,  « ce n'est pas le Liban et nous ne sommes pas en 2018 ». Enfin, si, hélas!

Depuis le mois de juin, le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité ne chôme pas. C'est que les politiciens susceptibles, hommes d'affaires à leurs heures perdues, sont déterminés à ne pas laisser ceux qui y travaillent partir en vacances. Pour le festival estivale de 2018, on retrouve trois activistes libanais appelés à comparaitre devant le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité (Bureau), la police libanaise d'internet, pour des écrits publiés sur les réseaux sociaux.

À Imad Bazzi, on reproche d'avoir critiqué le projet balnéaire de Ramlet el-Baïda, cette aberration environnementale aux nombreuses irrégularités connue sous le nom pompeux d'Eden Bay, en appelant les internautes à laisser des commentaires négatifs sur les sites communautaires de tourisme comme TripAdvisor, en indiquant que cette "jannit 3adan" des temps modernes, se situe sur une plage publique en violation des lois libanaises et que la baignade se fait dans un environnement pollué par les égouts.

Wadih el-Asmar, lui, ne sait toujours pas trop exactement ce qu'on lui reproche. Eh oui c'est la spécialité de la maison, on vous convoque, mais vous ne savez pas pourquoi! Du coup, il a décidé de garder le silence, un droit garanti par la loi. Par le passé, ce militant des droits de l'homme a dénoncé vigoureusement le discours politique raciste et haineux à l'égard des réfugiés syriens au Liban. Oh, détrompez-vous, c'est largement suffisant pour figurer sur une blacklist.

François Maraoui, libanais depuis plus de 10 ans comme on dit à l'Etat civil, a eu le culot de dévoiler le nom d'un Syrien qui aurait obtenu d'une manière imméritée la nationalité libanaise, accordée par le trio Aoun-Hariri-Machnouk, via un décret top-secret pendant un laps de temps qui s'est révélé être entaché de nombreuses irrégularités. Non mais, on ne badine pas avec les données personnelles au Liban.

Bazzi, Asmar et Maraoui, doivent donc faire face à des ennuis dont ils se passeraient bien, par contre, Charbel Khalil, ma3 kel jaleghto, wou satlento wou ta2elit dammo, ses bêtises et toute sa lourdeur légendaires depuis des lustres, il n'a jamais été inquiété par qui que ce soit des services administratifs de l'Etat libanais. Nul ne sait d'où vient son immunité, mais, tout le monde a constaté qu'il était très gentil avec le CPL, comme par hasard.


Toujours est-il qu'à cette occasion, il est important de rappeler trois évidences :

1. La liberté d'expression est un droit fondamental garanti par la Constitution libanaise, les lois en vigueur au Liban et la Déclaration universelle des droits de l'homme, un document rédigé par la Commission des droits de l'homme des Nations unies en 1948, dont le rapporteur n'était autre que Charles Malik, un des grands hommes de notre patrie. L'article 19 stipule que « tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ». On ne pouvait pas l'exprimer plus clairement! Les rédacteurs du texte étaient visionnaires puisque ce droit peut être étendu aux publications sur internet et à travers les réseaux sociaux.

2. Quiconque s'estimant être lésé par quelqu'un doit toujours avoir la possibilité de saisir les autorités compétentes et de demander réparation. C'est aussi un droit fondamental qu'il ne faut pas piétiner, sinon, ça serait une autre violation des droits de l'homme à rajouter à la longue liste.

3. Le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité et de la protection de la propriété intellectuelle, tant décrié, ne fait que son boulot. Quand il reçoit une plainte, il est censé donner une suite, selon les règles et les usages en vigueur au Liban.

Le problème est donc ailleurs. Etant donné la multiplication des affaires ces derniers temps, voici quelques pistes de réflexion, pour éviter les dérapages à l'avenir :

1. Nulle part au monde la liberté d'expression est absolue, sauf dans la tête de certains qui croient que tout est permis sur internet. Désolé d'avoir encore à le rappeler, mais on lit tellement de propos naïfs sur le sujet au Liban, qu'il est nécessaire de temps à autres d'expliquer comment ça se passe dans les vraies démocraties et les Etats de droit. La Cour européenne des droits de l'homme reconnaît le droit des Etats à restreindre la liberté d'expression dans certains cas précis concernant « la sécurité nationale, l'intégrité territoriale ou la sûreté publique, la défense de l’ordre et la prévention du crime, la protection de la santé ou de la morale, la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire ». Ces restrictions sont considérées comme des « mesures nécessaires dans une société démocratique ». Les limites de la liberté d'expression doivent être clairement définies dans la législation. Rien en dehors des lois ne peut justifier une restriction à la liberté d'expression. Ce n'est pas une mince affaire mais c'est primordial d'être clair sur ce sujet car ce sont ces limites qui détermineront la recevabilité des plaintes. Pour ce faire, il faut partir du principe que de telles limites doivent demeurer exceptionnelles, afin de ne pas dénaturer la liberté d'expression. Dans ce domaine, on s'inspirera de la France et des Etats-Unis plutôt que de l'Iran et de l'Arabie saoudite, cela va sans dire.

2. Quiconque est convoqué devant le Bureau ou tout autre autorité libanaise, doit avoir le plein droit de refuser de comparaitre. Un mandat d'amener dans le cadre de la liberté d'expression, pour un écrit sur les réseaux sociaux ou des propos dans une émission (comme ce fut le cas pour Marcel Ghanem), est grotesque dans une démocratie. Ce procédé doit être banni par la loi et limité à de très rares situations (trouble à l'ordre publique, risque sécuritaire, danger imminent, etc.).

3. Personne ne doit rester la moitié d'un quart de seconde en prison pour s'être exprimé librement. La garde à vue dans le cadre de la liberté d'expression, sauf dans de rares cas (apologie du terrorisme, appel au meurtre, etc.), est abusive. Elle relève de l'intimidation. C'est une atteinte grave aux droits de l'homme. Un tel procédé est abjecte dans une démocratie digne de ce nom. Si l'infraction est caractérisée, la sanction doit être uniquement d'ordre financière, une amende et rien de plus (sauf pour les exceptions).

4. Il faut redéfinir et réorganiser le travail de tous les services de l'Etat amenés à interroger les Libanais, notamment le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité, pour éviter à tout prix qu'ils ne se transforment progressivement en organes de répression entre les mains des politiciens au pouvoir, afin de restreindre la liberté d'expression au Liban, justement, par l'intimidation.

5. De l'intimidation, parlons-en. Il n'est pas légitime, encore moins légal, que le dit Bureau, et les autres organes du même genre de l'Etat libanais, des renseignements des Forces de sécurité interieure et de l'armée, comme de la Sûreté générale et la Sûreté de l'Etat, s'accordent des droits illégaux comme ceux de convoquer les Libanais manu militari pour s'être uniquement exprimés ici et là, de les garder à vue pendant des heures (voire des jours), d'empêcher tout avocat ou un parent d'entrer en contact avec les personnes arrêtées, de les obliger à donner les mots de passe de leur boite emails et de leurs comptes sur les réseaux sociaux, de les forcer à effacer leurs publications, de les contraindre à s'engager par écrit à ne plus dire ceci et de ne plus faire cela (des documents irrecevables devant un tribunal!), de leur interdire de s'exprimer pendant un laps de temps, et j'en passe et des meilleures, pour une raison très simple, tous ces procédés relèvent des compétences des juges, et non des policiers et des militaires ! Les confier à ces derniers, comme c'est le cas au Liban, mis à part que c'est illégal, constitue une atteinte grave aux droits de l'homme. C'est une nuance qui semble échapper à beaucoup de Libanais, y compris ceux qui sont #koullouna_xyz (tous Marcel, Yara, Wadih, François, etc.) et #dodd_el_kame3 (contre la répression). Quant à garantir l'indépendance de la justice libanaise, des influences politiciennes, c'est loin d'être gagné, comme l'ont démontré magistralement les ennuis judiciaires de Marcel Ghanem. C'est le ministre de la Justice lui-même svp, Salim Jreissati (CPL), qui a mis en marche la machine judiciaire contre le journaliste de la LBCI. La meilleure!

Ce qui est particulièrement étonnant dans ces histoires de convocation à répétition devant le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité et les autres organes du même genre (Sûreté, Renseignements, etc.), c'est le mutisme de la classe politique libanaise, toutes tendances politiques confondues. C'est à croire que les politiciens de tous bords préfèrent la politique de l'autruche. On dirait que ça arrange les politiciens libanais que les choses ne soient pas toujours très claires, parce qu'un jour ou l'autre, certains d'entre eux pourraient en avoir besoin, eux aussi, à leur tour, pour faire taire des critiques désagréables. Alors, ne perdons pas d'énergie à attaquer le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité, ainsi que les services de renseignements et de la sûreté. Ils sont les symptômes du dysfonctionnement général de la démocratie libanaise et de l'état de droit au Liban, non la maladie elle-même, celle peut affecter tous les Libanais d'une manière ou d'une autre, un jour ou l'autre. Concentrons-nous sur les politiciens libanais, députés et ministres. C'est à eux que revient la tâche de légiférer de toute urgence pour mettre un terme définitive aux dérapages. Désormais, à chacune de leur apparition, il faut leur poser invariablement la même question : que comptez-vous faire pour éviter les convocations abusives et les procédés illégitimes en matière de liberté d'expression au Liban ? Tout politicien qui ne s'exprime pas clairement contre les violations des droits de l'homme décrites précédemment, doit être considéré comme complice. Ces différents organes de l'État libanais, dont le fameux Bureau de la lutte contre la cybercriminalité, n'ont pas vocation à devenir des outils de répression du peuple libanais, entre les mains de politiciens incapables d'entendre une voix dissonante. Ils ont été créés pour sauvegarder les droits de l'homme et les libertés fondamentales des Libanais et non pour bâillonner les citoyens

lundi 16 juillet 2018

Cocoricooooooo, la France remporte la Coupe du monde de football (Art.546)


L'Equipe de France (r)emporte sa deuxième Coupe du monde de football, sous les paillettes de gouttes d'une pluie battante. Un moment magique immortalisé par cette magnifique photo de Jewel Samad pour l'AFP

Cocoricooooooo. Qu'on aime le foot ou pas, une chose est sûre et certaine, cette finale du Mondial n'a laissé que les dernières tribus isolées d'Amazonie indifférentes. Wlak niyél alboun, elles n'étaient même pas au courant. Comme nous l'avons tous constaté, c'est toujours l'événement le plus fédérateur de l'histoire de l'humanité et ça le restera encore pour longtemps. Pour s'en rendre compte, permettez-moi de vous faire remarquer que si les Extraterrestres avaient décidé d'entrer en contact avec nous autres Terriens aujourd'hui entre 17h et 20h, heure de Paris, une bonne partie de la Terre était aux abonnés absents. Ils devront réessayer plus tard et peut-être qu'ils ne le feront pas. Nous aurions raté cette occasion exceptionnelle à cause d'un ballon. Vous vous rendez compte?

« La vraie France est de retour », pour le grand bonheur de la majorité des Français, Franco-Libanais et Francophones, et au grand dam d'une frange de Français, Franco-Libanais et Francophones, qu'il faut tous déchoir de leur nationalité française sur le champ, au singulier comme au pluriel, pour une telle défaillance patriotique et cette haute trahison footballistique! Mais nooon, je plaisante! Il n'empêche ce point mérite la parenthèse: qu'est-ce qu'elle a cette belle équipe française qui a déplu à tant de gens? Chut, gardons cela secret, jorsa, c'est une honte. Je n'en dirai pas plus, mais je n'en pense pas moins.

Mais si, il faut en dire. Les commentaires déplacés lus et entendus ici et là, en France et ailleurs dans le monde, malgré la belle victoire des Bleus, se classent en trois catégories: des réactions de mauvais perdants (de gens qui soutenaient la Croatie), avec un sous-groupe de fans arabes de Karim (tenant de la théorie "la France sans Benzema n'ira nulle part"); des commentaires racistes anti-noirs (les blagues de Français d'extrême droite et de certains Libanais, du genre "Félicitations à l'Afrique", "La France a gagné mais elle devrait donner la Coupe à l'Afrique"); des commentaires racistes anti-blancs et anti-France (les remarques de certains Arabes et Africains du genre "c'est grâce aux Africains que la France a remporté la Coupe"). Affligeant de stupidité! La France n'a gagné que grâce à des Français et parce qu'elle ne faisait qu'Un, une nation unie derrière une équipe soudée.

La France remporte une deuxième Coupe du monde, 20 ans après la première, gagnée face au Brésil. Et un, et deux, et trois-zéro! Pour 2018, nous avons eu droit à un millésime spécial. 6 buts pour une finale, c'est beaucoup. Et pourtant, le match ne restera pas dans l'histoire, de l'avis même de Didier. Par contre, la victoire de la France le restera, bien évidemment. Comme l'a dit Hugo, « la seule vérité, c'est celle du résultat ». Il n'empêche, si la Croatie l'emporte sur la possession du ballon (66% vs. 34%), c'est bien la France qui a eu le plus d'occasions de marquer (6 tirs cadrés vs. 4). Pas de doute, les Français méritaient amplement cette grande victoire.

Les joueurs français de 2018 n'avaient en moyenne que six ans en 1998. Pour gagner il fallait marquer. Et pour y parvenir, il fallait afficher une grande harmonie au sein de l'équipe et avoir une machine bien huilée. Et pour ce faire, il fallait un dynamisme national pour booster les joueurs. Ce n'est pas par hasard qu'on soit favorisé lors des matchs à domicile ou quand on organise le Mondial. Les rassemblements des Champs-Elysées, de l'Hôtel de Ville et du Champ-de-Mars à Paris pour la demi-finale comme pour la finale, ont été déterminants. Ils ont donné des ailes aux Bleus!


Bravo à tous les Français pour cette belle performance, et à Didier Deschamps en particulier, qui défilera avec la Coupe pour la deuxième fois de sa carrière, la première en tant que joueur, la seconde en tant que coach. Il n'y a que deux autres hommes au monde dans son cas, le légendaire Franz Beckenbauer (Allemagne) et Mario Zagallo (Brésil). Beaucoup de gens doutaient de lui il y a quelques semaines encore. Just saying. Un bravo spécial à Hugo Lloris, un gardien de but extraordinaire et un gentilhomme de capitaine, pour son geste humaniste de laisser Mandzukic marqué le 2e but de la Croatie, he he he, et le joueur qui court plus vite que son ombre, Mbappé, un nom à retenir. Après Pelé, il est le seul si jeune joueur de l'histoire du foot à marquer dans une finale. Il n'a que 19 ans et une belle carrière devant lui. On peut parler également de Griezmann et Pogba, de Giroud et Rami, de Varane et Matuidi, et j'en passe et des meilleurs.

La présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarović, félicitant et consolant Luka Modric
Il a été sacré meilleur joueur de la Coupe du Monde 2018 
Bravo aussi aux Croates, qui démontrent magistralement au monde entier, qu'on peut être un petit pays de 4,2 millions d'habitants, frayer son chemin jusqu'à la finale et avoir la Coupe à portée de main. Désormais, aucun pays au monde, Liban en premier, n'a d'excuses de ne pas aller aussi loin. Et puis, qui n'a pas eu envie, au moment de la distribution des médailles, d'avoir Kolinda Grabar-Kitarović comme présidente? Ah mais, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Personnellement, je me serais mis en quatre et j'aurai coupé la Coupe en deux, pour lui en donner la moitié et récompenser la belle équipe de son si beau pays, mais aussi pour être retenu dans ses bras quelques instants, comme elle l'a fait avec tout le monde sans aucune discrimination, Croates, Français, arbitres et Macron compris. Une sacrée présidente!


A propos de ballon, une anecdote pour rire. On raconte dans les réunions de famille chez les Baalbaki, que mon grand frère était fasciné par le ballon rond quand il était petit. Intrigué même. Il se demandait quel était ce mystérieux système qui faisait bondir cet objet! Pour le savoir, il s'est creusé sa tête de gamin nuit et jour pendant une semaine durant, en vain. Et puis un beau matin, il s'est levé à l'aube, réveillé par une idée de génie qui devait l'amener à pousser ses investigations plus loin. Il a dérobé le couteau de cuisine, est allé au fond du jardin et a commis l'irréparable : couper le ballon afin de découvrir « le système ». Qu'elles furent grandes sa surprise et sa déception de s'apercevoir qu'il n'y avait rien dedans! Aucun système, que du vent. Du vent qui passionne les foules et génère un business incroyable, comme l'a prouvé la 21e édition de la Coupe du monde de football. Food for thought.

La Planète bleue n'a jamais aussi bien porté son appellation qu'aujourd'hui. A force d'entendre « Allez les Bleus », les joueurs français ont cru qu'elle l'était rien que pour eux ! Chut, c'est le secret de leur victoire. C'est fini et qu'importe qui l'emporte, cette nuit, le monde entier est une fête, la France tout particulièrement. Hélas, pas le Pakistan et d'autres contrées du monde. Et ce ne sont certainement pas quelques racailles en cavale sur la plus belle avenue du monde qui nous la gâcheront. La Terre continuera de tourner, tel est l'état du monde depuis la nuit des temps.

Alors, à la prochaine, au Qatar et en automne, une double aberration à plusieurs niveaux, surtout sur les plans écologique (construire des stades jetables et les climatiser!) et humain (des milliers de travailleurs étrangers sont condamnés à mourir d'épuisement pour faire de ce caprice une réalité concrète!). On aura le temps d'y revenir à l'avenir. Il n'empêche que j'ai bien aimé le geste galant de l'émir cheikh Tamim ben Hamad al-Thani dans la tribune présidentielle tout à l'heure. Il est francophone svp, ainsi que ses enfants. Il a cédé sa place à la Première dame française pour qu'elle soit à côté de son mari. C'est calculé, mais c'est beau quand même.

A propos, quand on y pense à toute cette histoire, on se dit que Macron est vraiment né sous une bonne étoile, le maillot des Bleus en portera même la trace. Le comble c'est qu'il y est pour rien. Non mais quel millésime ! Sacré Juncker, il ne croyait pas si bien dire au président français lors de son discours devant le Parlement européen, la vraie France est de retour. Et comment!
Le président de la République, Emmanuel Macron, alias Jupiter, après le premier but de la France. Superbe photo d'Aleksey Nikolskyi (Sputnik - AFP)
Accueil triomphale de l'équipe de France sur les Champs-Elysées à Paris, lundi 16 juillet