vendredi 15 juin 2018

« Lebanon Wins The World Cup » vs. « A Story of Opportunity » : un match-ciné inédit entre le Liban et les Etats-Unis (Art.536)


C'est l'histoire de deux rencontres improbables et de quatre hommes à la recherche de la paix. 


D'un côté, celle d'Edouard Chamoun et Hassan Berri, deux vétérans de la guerre libanaise, passionnés de foot, qui se retrouvent à Beyrouth. De l'autre côté, celle de Donald Trump et Kim Jong-un, deux responsables du chaos international, pas les seuls!, passionnés de boutons nucléaires, qui se retrouvent à Singapour.


🇱🇧 Si tous les pays du monde étaient représentés par l’Empire State Building, le Liban serait un appartement de 15 m² où vivraient 15 personnes. C’est beaucoup, c’est trop, c’est même beaucoup trop de Méditerranéens, d’actions, de réactions et d’interactions. Des siècles de conquêtes et d’invasions, deux voisins hostiles et peu commodes, une importante émigration et une forte immigration, des églises, des mosquées et des synagogues, le Liban c’est 12 millions de descendants d’émigrés, 4 millions d’habitants, 2 millions de réfugiés, 18 communautés, athée comprise et non reconnue, plus Edouard et Hassan, deux « héros » de la guerre civile libanaise. Entre guerres froides et guerres chaudes, le pays du Cèdre peut sembler un cas désespéré tous les jours de l’année, sauf pendant un mois, tous les quatre ans, au cours de la Coupe du monde de football, où comme par enchantement, le Liban mue.

🇺🇸 Alors que le monde retenait son souffle, apprenant que les discussions entre Trump et Jong-un étaient dans une impasse, que le bol de cacahuètes était vide, qu'il est midi passé et que les deux gourmands ne tarderont pas à crier famine, Donald regarde Kim avec des yeux vaniteux et lui dit : « tiens, j'ai un truc à te montrer ». L'ex-star de reality show sait se mettre en scène. Il se lève, prend l'iPad sur lequel il s'était assis par mégarde, l'allume et clique sur « Play ». 4 minutes et 12 secondes plus tard, le détecteur de fumée blanche de l'hôtel Capella se déclenche indiquant qu'un accord de principe a été conclu entre les deux ennemis pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

🇱🇧 L'idée de départ était de capter cette mue éphémère de la société libanaise au cours du Mondial et de s’en servir pour rapprocher ceux que tout pouvait opposer en temps normal. De fil en aiguille, l'idée s'est transformée en une histoire, celle de deux vétérans, un combattant aguerri chrétien et un guérillero intellectuel musulman, engagés dans deux camps opposés durant la guerre civile libanaise, qui se préparent la veille du Mondial de l’été 2014, à soutenir leur équipe favorite, le Brésil.

🇺🇸 Ouf, un souffle de soulagement balaya la planète d'Est en Ouest et du Nord au Sud. Au diable le retrait de Trump de l'accord de Paris sur le climat, la guerre commerciale avec l'Europe, le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël. Savoir comment sera dénucléarisée la péninsule coréenne n'est pas la question, puisque l'accord ne contient rien de concret. Pas de détails, donc pas de diable caché. Un coup de génie de la part de deux bouffons ! Eh oui, « rien n'est conclu, tant que tout n'est pas conclu », comme l'a dit un jour Laurent Fabius, l'ancien ministre français des Affaires étrangères, à propos du nucléaire iranien. La question que le monde entier se pose en cette fin de semaine, c'est de savoir que s'est-il passé durant ces 4 minutes et 12 secondes ?

🇱🇧 Ce tournoi tant attendu donne à nos deux protagonistes l'occasion de se remémorer à la fois, des matchs inoubliables de 1982, alors que l’armée israélienne encerclait Beyrouth, et des batailles décisives de 1975, comme celle des Grands hôtels. C’est l’occasion pour eux de revenir aussi sur leurs engagements durant l’un des conflits les plus connus et les plus médiatisés du 20e siècle. Reste à savoir si la passion pour le foot, l'attachement au Brésil et l'amour pour le Liban peuvent unir Edouard et Hassan, malgré tout ce qui a mal tourné. 

🇺🇸 Lorsqu'on a projeté le court-métrage qui est présenté comme une bande-annonce, dans la salle où étaient rassemblés les journalistes qui couvraient la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un, improbable il y a seulement quelques semaines, on a cru dans un premier moment à un canular pour détendre l'atmosphère. Non, c'était du sérieux. Ah bon! Alors, on a pensé dans un second temps à un film de propagande de la Corée du Nord, dernier bastion communiste sur Terre. Négatif, c'est beaucoup plus sérieux qu'on le pensait. Mais alors, qui l'a fait? Difficile à croire, mais ce navet que vous allez visionner est l'oeuvre du chef du pays le plus puissant au monde, plus de dix-huit mille milliards de dollars de PIB, le berceau et le fief de l'industrie cinématographique de Hollywood, la patrie de Scorsese, De Palma, Spielberg, Coppola, Lubitsch et tant d'autres grands génies du 7e art, concocté spécialement pour convaincre le chef nord-coréen d'abandonner ses bombes nucléaires et ses missiles balistiques. Même pas à mi-mandat et l'Amérique n'est plus qu'une tragi-comédie à cause de son président !

🇱🇧 A l’arrivée, « Lebanon Wins The World Cup » est un film sur la brutalité de la guerre du Liban, la passion des Libanais pour le football, la réconciliation islamo-chrétienne et le pouvoir de pardonner. Le documentaire libanais a été réalisé par Tony ElKhoury et Anthony Lappé. Il est produit par Still See A Spark FilmsBakhos Baalbaki, ma7soubkoun comme dirait Machnouk, y passe comme Story Consultant.


🇺🇸 Tout y est dans « A Story of Opportunity », par ordre croissant d'invraisemblance : le simplisme, la lourdeur et le radotage, ainsi que le solennel, le pompeux et la grandiloquence, le tout sur une musique de magasin de fringues qui tape sur les nerfs, et surtout et au-delà de tout, le nivellement par le bas. Le court-métrage américain produit et réalisé par la Maison-Blanche raconte l'histoire d'une rencontre entre le président des Etats-Unis d'Amérique et celui de la Corée du Nord. La voix off nous dit d'entrée en matière que « sept milliards de personnes habitent la planète Terre (…) mais seul un très petit nombre prendra des décisions... et changera le cours de l'histoire ». On aurait aimé que ces décisions historiques concernent le changement climatique, ainsi que les modes de vie et de consommation des Américains. A ce propos, si ces sept milliards vivaient comme les 323 millions d'Américains, il nous faudrait cinq planètes Terre pour subvenir aux besoins de l'humanité.


🇱🇧 Belote et rebelote, c'est de nouveau le Mondial. Pour s'inspirer du documentaire de Donald Trump, nous pouvons nous poser la question « what if Lebanon Won The World Cup ? » Pour gagner, il faut jouer déjà, comme au loto. Très joli sauf que vouloir n'est pas pouvoir. Ce qui vraiment fascinant dans ce grand rendez-vous sportif c’est de constater à quel point il constitue l'un des plus puissants facteurs qui permettent de mettre en sourdine les divisons politiques et communautaires. A défaut d'une équipe nationale à encourager, les Libanais se divisent pour soutenir le Brésil, l’Allemagne, l’Italie ou la France, mais ils oublient pour un laps de temps leurs anciennes divisions politiques et communautaires. C'est déjà ça et c’est fabuleux.

🇺🇸 Comme « le passé ne doit pas être le futur », Donald Trump et Kim Jong-un se préparent pour « un nouveau départ, pour la paix ». En backgroud, des images flatteuses des deux protagonistes. Le film est en couleur, parce que l'avenir est joyeux et il y a un happy end en perspective. Mais par moment les couleurs deviennent noir et blanc. C'est que les deux pays pourraient entrer en guerre et « l'histoire peut se répéter ». Quand Trump introduit le symbolisme dans le 7e art, c'est quelque chose qu'il ne faut pas rater. 

🇺🇸 « Deux hommes, deux leaders, un destin. » Mais tout dépend de l'autre. Trump fait savoir à Jong-un que « la lumière peut surgir de l'obscurité », illustrée par un lever de soleil sur la Terre vu de l'espace, mais aussi que « la lumière de l'espoir peut bruler intensément », et même, que « la lumière de la prospérité a déjà brillé pour la plus part des gens dans le monde ». C'est c'là oui, parce que les 3 119 migrants morts en Méditerranée en 2017 faisaient des croisières sans doute !

🇺🇸 La subtilité du scénario veut que le narrateur ne nomme pas expressément Kim Jong-Un. « C'est l'histoire d'un moment spécial dans le temps où un homme dispose d'une chance qui peut-être ne se répétera jamais. Qu'est-ce qu'il choisira? De montrer une vision et un leadership ou pas? » Mais pour aider le spectateur déjà endormi qui penserait à Trump en écoutant ces mots, les réalisateurs montrent de nouvelles images du leader nord-coréen à l'époque où il était mince. 

🇱🇧 « Lebanon Wins The World Cup » est un film captivant et une histoire émouvante. Les deux vétérans sont des hommes attachants. Ils ont tous les deux raison. Chacun se battait pour une idée du Liban. Comme l'a dit André Malraux, « Juger, c'est de toute évidence ne pas comprendre puisque, si l'on comprenait, on ne pourrait pas juger. » L’immortalisation des scènes de liesse des supporters libanais, filmées à « Beyrouth-Est » comme à « Beyrouth-Ouest », pour reprendre la terminologie de la démarcation de la guerre civile libanaise, est un moment d’anthologie. La musique signée par l'artiste Oak effleure l'inconscient et magnifie les sentiments

🇺🇸 Et comme toute propagande qui se respecte, il faut passer et repasser le message en boucle. Le documentaire américain nous explique que Kim Jong-Un est face à deux options : « Moving back », illustré à l'écran avec un lâcher de Tomahawks, un alignement de navires de guerre sur l'océan, un décollage d'avions de chasse d'un porte-avion et une vue aérienne de la Corée du Nord plongée dans le noir, ou « Moving forward », illustré par un rembobinage de tirs de missiles, l'édification de gratte-ciels et une vue aérienne nocturne de la Corée du Nord illuminée grâce à un double gaspillage financier et énergétique. 

🇱🇧 A chaque Coupe du monde, c’est le même rituel. Certains Libanais sont heureux car leur équipe gagne, d’autres sont attristés car leur équipe perd. Mais à la fin de la nuit, « Lebanon Wins The Word Cup » tous les quatre ans. Il y a bien un avantage à ne pas être qualifié ! 

🇺🇸 Au fur et à mesure qu'on regarde « A Story of Opportunity », on a l'impression que le court-métrage se transforme en un long-métrage. Et toujours cette voix off grotesque pour expliquer à ceux qui décrochent « qu'un nouveau monde peut commencer aujourd'hui... », illustré à l'écran avec des chevaux sauvages galopant dans l'eau, Silverster Stallone dans le Bureau oval et des auto-tamponneuses, le seul moment où l'on sourit, « ... celui de l'amitié, du respect et de la bonne volonté ». Comme après le deal avec l'Iran par exemple. « Faites partie de ce monde, où les portes de l'opportunité sont prêtes à s'ouvrir... », avec bien sûr des images d'une porte géante qui s'ouvre!, «... avec des investissements du monde entier, où vous pouvez avoir des percées médicales, une abondance de ressources, une technologie innovante et de nouvelles découvertes », le tout accompagné avec les images d'un drone livrant un colis d'Amazon je présume (qui aidera l'un des entrepreneurs les plus antipathiques sur Terre, Jeff Bezos, à franchir la barre des 140 milliards de dollars de fortune personnelle!), une femme passant un scanner (un examen qui n'est pas à la portée de la majorité de l'humanité) et bien sûr, un de ces grands temples de la surconsommation et de l'athérosclérose (un supermarché).

🇱🇧 Le cinéma libanais se porte comme un charme depuis un moment. Il est non seulement présent dans les principaux festivals du film dans le monde, mais il réussit à s'imposer dans les grandes compétitions et à décrocher de prestigieux prix. C'est le cas : 


🇱🇧 Justement de « Lebanon Wins The World Cup » de Tony ElKhoury et Anthony Lappé, consacré grâce au prix du Best Documentary Short obtenu aux Festivals du film de Varsovie 2015 et de Santa Barbara 2016;
. Ainsi que de « Waves '98 » d'Ely Dagher, Palme d'or du court métrage (animation) au Festival de Cannes 2015; 
. Mais aussi de « Very Big Shot » de Mir-Jean Bou Chaaya, sélectionné pour la nomination comme Meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2017 et Etoile d'Or au Festival du film de Marrakech 2015;
. Et bien sûr de « L'Insulte » de Ziad Doueiri, nominé dans la catégorie du Meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2018 et Coupe Volpi de la Meilleure interprétation masculine (Kamel El Basha) à la Mostra de Venise 2017;
. Et bien évidemment de « Capharnaüm » de Nadine Labaki, qui a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes 2018.

🇺🇸 Et enfin, arrive le moment de suspens. « Et si? Est-ce que l'histoire peut être modifiée? » Et belote et rebelote. « Ça dépend d'un choix... Est-ce que ce leader choisira de faire progresser son pays et de faire partie d'un nouveau monde? » Ça rappelle étrangement le Nouvel ordre mondial de Bush père. Et pour achever le spectateur, le film se termine sur des considérations vaseuses. « Une rencontre pour réécrire l'Histoire. Pour briller au soleil. Un moment, un choix, et si? L'avenir reste à écrire. » Le documentaire américain est tout simplement affligeant. Mais il faut absolument le regarder pour comprendre ce que signifie vraiment le nivellement par le bas, alors que les enjeux géopolitiques sont énormes. Tout est produit par « Destiny Pictures Production ». Même pour le choix du nom de la production, ça ne vole pas très haut. La société existe, mais n'a rien à voir avec le film produit par Donald Trump. Le président américain est si fier de son montage amateur, qu'il compte avoir recours au même procédé avec d'autres leaders du monde. Non mais, qu'est-ce que l'humanité a fait au bon Dieu pour mériter ça? 

🇱🇧 Et pourtant, le franc succès de certains films libanais ne doit pas cacher une réalité bien amère. Hélas, le cinéma n’a pas la place qu’il mérite au Liban car ceux qui pourraient l’aider à se développer au pays du Cèdre et dans le monde, du public comme du privé, sont aux abonnés absents sauf quand il s’agit de brasser du vent, gaspiller l’argent des contribuables et pavoiser sur les tapis rouges de Cannes. 

🇺🇸 Un homme qui arrive à s'entendre avec tous les leaders autoritaires du monde, Jong-un en tête, regrette que Poutine ne soit pas dans le G7, félicite Erdogan et Duterte, fait l'éloge de Ben Salmane, mais se froisse avec pratiquement tous les leaders des pays démocratiques occidentaux, Merkel, Macron, May et Trudeau, ne peut être qu'un bouffon du nom de Donald Trump. Dans la même journée, le président américain a tout fait pour torpiller le G7 et tout fait pour sauver sa rencontre avec le président nord-coréen. Et comment diable veut-il qu'on le prenne au sérieux?


🇱🇧 Après avoir été projeté dans des festivals du film à Varsovie (Pologne), Santa Baraba (Etats-Unis), Moscou (Russie), Vilnius (Lituanie), Los Angeles (Hollyshorts, Etats-Unis), Tripoli (Liban), Beyrouth (Liban), Padova (Italie), Jérusalem (-Est, pardi! ainsi qu'à Bethlehem, Jenin et Ramallah en Palestine), Sulmona (Italie), Islamabad (Pakistan), Los Angeles (Zamoxis, Etats-Unis), Barcelone (Espagne), Berlin (Allemagne), Toronto (Canada), Thessalonique (Grèce), Prague (République tchèque), Belgrade (Serbie), Rio de Jenairo (Brésil, ainsi qu'à Brasilia et Sao Paolo), Copenhague (Danemark) et Lisbonne (Portugal); amis et visiteurs, lecteurs et cinéphiles, passionnés d'histoire(s) et fans de foot, supporters du Brésil ou de l'Allemagne et amoureux du Liban ; j'ai le plaisir de vous faire part que « Lebanon Wins The World Cup » est disponible en streaming pendant un mois, afin de permettre à toutes et à tous de visionner un film libanais qui raconte un pan de notre histoire tragique et de notre formidable capacité à surmonter les épreuves, qui a fait le tour du monde et qui a raflé cinq récompenses internationales

🇱🇧 A en croire Robert Fisk, grand reporter britannique et correspondant de The Independent au Moyen-Orient, et comment ne pas croire un des journalistes les plus récompensés au monde, celui qui partage notre quotidien depuis 1976, qui a couvert toutes les guerres du Liban, qui vient de publier deux articles coup sur coup pour dénoncer la défiguration du Mont-Liban par une bande de rapaces et qui mérite la nationalité libanaise plus que tous ces tocards qu'on nous a imposés récemment, Lebanon Wins The World Cup, auquel j'ai contribué en tant que Story Consultant, est « l'un des meilleurs documentaires sur la guerre du Liban. Court. Doux. Amer. Et la music! » Sacré Mister Fisk !

« Lebanon Wins The World Cup » 🇱🇧 vs. 🇺🇸 « A Story of Opportunity », un match-ciné inédit entre le Liban et les Etats-Unis, remporté haut la main par le pays du Cèdre. A l'occasion du Mondial, le film libanais est en accès libre. Pas de réservation, ni de déplacement. Click & enjoy 😊


mercredi 23 mai 2018

Manar Sabbagh a une dent contre les Phéniciens (Art.529)


Le tweet de Manar Sabbagh, journaliste d'al-Manar, la chaine de télévision du Hezbollah, publié samedi soir quelques heures seulement après la victoire du film de Nadine Labaki à Cannes, a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. Je l'ai classé pendant un laps de temps comme une tempête dans un verre d'eau. Puis un moment, le parti chiite sort un communiqué sur le sujet : les gazouillis des frères et soeurs, membres du Hezbollah, Hezbophiles et Hezbollahi-compatibles, ne reflètent pas l'opinion du mouvement, il est inutile d'y associer les « martyrs » et il ne faut plus polémiquer sur la question. L'affaire est close. Là, je me suis dit, si le Hezb veut fermer le dossier, c'est qu'il y a bien une raison non avouée, je dois y plonger, moi qui porte dans mon patronyme le nom de Baal, ce dieu phénicien de la vie, du soleil et de la fertilité. Je n'ai pas été déçu.

A gauche, Manar Sabbagh, journaliste d'al-Manar, la chaine TV du Hezbollah, qui a tenu à adresser son tweet controversé aux « fils de la Phénicie ». A droite, un masque souriant en terre cuite d'un Phénicien de Carthage, datant du Ve/IVe siècle avant JC. Il est d’inspiration assyrienne et devait être peint en rouge. « Le visage évoque une expression d’hilarité sardonique », selon l’historien tunisien, Mohamed Yacoub. Musée du Bardo à Tunis

La première chose qui étonne dans cette affaire, c'est le nombrilisme de la sphère hezbollahienne, à ramener tout ce qui se passe sous le soleil, au Hezbollah. Manar Sabbagh aurait pu tweeter sur les fossiles du Crétacé supérieur qu'on trouve au Mont-Liban du côté de Byblos, 100 millions d'années d'âge, ou sur le mandat interminable de l'octogénaire Nabih Berri, président du Parlement libanais, since 1992, donnant à d'autres générations la chance de naitre au cours de son règne. Elle aurait pu aussi retweeter un tweet d'Ali Khamenei, el-wali el-fakih, comme elle le fait tous les jours d'ailleurs. Les dernières fois c'était pour nous informer que « l'entité sioniste ne peut pas tenir seule sur ses pieds » et que « dans 25 ans, il n'y aura plus quelque chose qui s'appellera entité sioniste dans la région ». Et moi, totalement déconnecté de la réalité, qui lance la campagne « Palestinian Lives Matter ». Elle aurait pu même retweeter ses vieux tweets du début de l'année où elle nous annonçait que « notre promenade commencera en Galilée et ne s'arrêtera pas à Jérusalem, nous avons des partisans au Yémen et un rendez-vous de prière à La Mecque, elle fera tomber les Saoud ». Quelle réjouissante excursion ma belle, vivement le départ !

Non, la journaliste libanaise a préféré s'atteler à autre chose, bien plus important et plus urgent, ceux qui permettent aux Libanais de relever la tête et les remplissent de fierté. Pourquoi pas. Mais si Nadine Labaki décroche un grand prix de cinéma, un exploit sur le plan culturel, qui donne du baume aux cœurs de certains Libanais, quel est ce besoin impérieux de la ramener sur les exploits miliciens du Hezbollah? Et encore, il n'y a pas que Manar Sabbagh qui l'a fait, Nawaf Moussaoui, député du Hezb, lui aussi a tenu à faire savoir que lorsqu'on passe aux choses sérieuses, « seules les armes te protègent ». Une version bas de gamme du célèbre vers d'Al Mutannabi. Bass ya 3ammé, chou khass tozz bé mar7aba?

Une seule explication à triple dimension, en rapport avec l'idéologie de la sphère du Hezbollah : le besoin de dominer, d'écraser la diversité et d'imposer une pensée unique. Passez-moi la métaphore, mais c'est un peu comme les herbes sauvages de nos jardins ou la taxifolia de la Méditerranée, cette algue tropicale, surnommée « l'algue tueuse », rejetée en mer accidentellement par l'aquarium de Monaco, qui a inquiété les scientifiques un moment en raison de son caractère envahissant.

Comme le diable se cache dans les détails, c'est d'ailleurs Nawaf Moussaoui qui nous permet de mieux saisir la portée du tweet de Manar Sabbagh. Novice sur Twitter, il ne gazouille que depuis le 15 mai 2018 seulement, mardi en huit!, il a fait savoir avant-hier, au surlendemain du départ de feu. « Ce n'est pas un problème marginal, la question est de savoir qui établi les normes. Le temps où l'on nous imposait des normes est révolu, c'est nous qui établissons les normes. » Un tweet qui a le mérite d'être clair, sauf pour les Hezbollahi-compatibles et les idiots utiles du Hezbollah.


La deuxième chose qui étonne de Manar Sabbagh, c'est la case « destinataire ». La journaliste hezbollahienne s'adresse à la « bande d'intellectuels » et aux « fils de la Phénicie » précisément. Les « intellos », ok, pas de souci. Mais la référence aux « Phéniciens » sous-entend quelque chose de très précis, péjoratif, qui est passé sous silence malgré le tollé.

En tenant à mentionner une référence explicite aux « Phéniciens », la journaliste chiite du Hezbollah a voulu s'assurer de la réception de sa leçon méprisante par ses compatriotes chrétiens, notamment maronites, ceux qui sont les plus fiers de leurs lointains ancêtres. Ah si! Une partie des Libanais l'ignorent, ou l'ont déjà oublié, ce point était un des nombreux sujets de discorde entre les Chrétiens et les Musulmans : les premiers s'accrochant à l'idée que leurs origines remontent directement aux Phéniciens sans passer par la case « Arabes » et les seconds s'obstinant à considérer que tout commence après l'avénement de l'islam.

Mais c'est de l'histoire anciennne, c'était durant la guerre. Aujourd'hui, personne n'en parle sauf Manar Sabbagh. Sa référence aux Phéniciens, montre un esprit misanthrope, raciste et communautaire. La journaliste d'al-Manar devrait savoir qu'elle est peut-être elle-même « fille de la Phénicie » d'après l'étude génétique conduite récemment par le généticien libanais Pierre Zalloua, qui a démontré qu'un tiers des Libanais sont bel et bien d'origine phénicienne, habitant le pays de Canaan où coulaient jadis le lait et le miel, depuis des milliers d'années, et que l'on retrouve ces traces génétiques phéniciennes dans toutes les communautés libanaises, aussi bien chrétiennes que musulmanes.

Ce focus sur les « Phéniciens » reflète l'immaturité de certains Libanais, toujours pas prêts, pour des raisons idéologiques, à accepter ce pan de notre histoire commune et cette période glorieuse de notre passé concernant une civilisation prestigieuse qui a donné à l'humanité l'alphabet. Dans ces conditions, comment imagine-t-on écrire l'histoire des guerres récentes du Liban et l'enseigner un jour à ceux qui ne l'ont pas connu? Nous ne sommes pas sortis de l'auberge. Il est temps de comprendre la profondeur de la réflexion de Shrek, pas le philosophe mais l'ogre de DreamWorks, et surtout ne me demandez pas dans quelle version il le dit : notre identité, individuelle ou collective, est façonnée à la manière d'un oignon, en couches superposées. On peut être Phénicien, Romain, Grec, Arabe, Ottoman, Libanais ou Européen et très bien le vivre.


Ce qui frappe enfin dans le tweet de Manal Sabbagh, c'est la référence au montage photo de ces « martyrs » du Hezbollah, tombés lors du « premier jour de la bataille de Qousseir » en Syrie au cours du printemps 2013 , il y a exactement cinq ans. Il y en a eu, « avant et après » et par conséquent, « le Liban peut se contenter de cette gloire pour des siècles ». L'ironie dans cette histoire c'est que la journaliste hezbollahienne a motivé son tweet déplacé par les réactions « exagérées » qui ont accompagné la récompense de Nadine Labaki à Cannes. Peut-être bien, mais elle aurait dû se relire, ça lui aurait évité cette envolée funeste ridicule !

Sur le fond, c'est son avis et elle a parfaitement le droit de l'exprimer. Il n'empêche que nombreux Libanais ne peuvent pas le partager pour trois raisons.

• Primo, parce que la décision d'impliquer les jeunes libanais de confession chiite dans le bain de sang syrien, aux côtés de la tyrannie alaouite de Bachar el-Assad, contre la majorité sunnite de la population, est une faute politique et morale qui fera honte au Hezbollah pour des siècles, elle peut en être sûre. Cette décision est en partie responsable du malheur de l'enfant-acteur et héros-réfugié-syrien, du film de Nadine Labaki, Capharnaüm, et c'est sans doute cela qui a dû froisser le duo Sabbagh-Moussaoui.

• Secundo, parce que pour la première fois, une proche du parti-milicien, reconnaît qu'en une seule journée, le Hezbollah a perdu une cinquantaine de combattants dans une guerre civile étrangère qui ne concerne pas les Libanais. Après avoir renié son implication dans la guerre civile syrienne, 2011-2012, et après l'avoir minimisé pendant un temps, en 2012-2013, le Hezb a fini par l'avouer clairement en 2013-2014. Aujourd'hui, on se rend compte de l'ampleur de cette tragédie politique et humaine. On estime les pertes du Hezbollah en Syrie, 2011-2018, à au moins 2 000 morts, plusieurs milliers de blessés et autant de familles chiites meurtries. Les chiffres qui ont circulé ces dernières années étaient toujours qualifiés de fantaisistes par les dirigeants du parti-milicien. Désormais, la principale journaliste de la chaine du Hezbollah, al-Manar, les confirme, indirectement et sans le vouloir.

Et si le Hezbollah a cherché rapidement à éteindre le feu allumé par Sabbagh-Moussaoui le weekend dernier, ce n'est absolument pas pour apaiser les esprits, mais plutôt pour faire oublier aux Libanais en général, et à la communauté chiite en particulier, d'une part, le sacrifice de nos compatriotes chiites sur l'autel de wilayat el-fakih, et d'autre part, la part de responsabilité du parti-milicien dans la capharnaümisation du Moyen-Orient, le Liban et la Syrie tout particulièrement.

Ces milliers de jeunes libanais de confession chiite, endoctrinés par le Hezbollah, ont été sacrifiés sur ordre du Guide suprême de la République islamique chiite d'Iran, Ali Khamenei justement. Et s'il faut s'en prendre à quelqu'un en particulier c'est à lui et à personne d'autre, à part Hassan Nasrallah lui-même. Naïm Qassem l'a précisé à maintes reprises, dans ses livres et ses interviews, la décision de faire la guerre est très grave, elle dépend de ce fait exclusivement de wali el-fakih. Ces milliers de jeunes sont donc morts prématurément en « accomplissant leur devoir jihadiste » comme on a dit aux familles, et dans l'intérêt du Hezbollah et de l'Iran. Tout autre discours ou explication relève de la propagande, qui devrait bien faire réfléchir les Hezbollahi-compatibles et les idiots utiles du Hezbollah.

Pour protéger le Liban, il fallait accepter le déploiement de l'armée libanaise le long de la frontière syro-libanaise, au lendemain même du retrait des troupes d'occupation syriennes du Liban, le 26 avril 2005, et la fermeture de cette dernière dans les deux sens, aux armes et aux hommes.

• Tertio, parce qu'il n'y a pas que le Hezbollah qui a des « martyrs » dans ce pays. Les martyrs des différentes milices des Forces libanaises se comptent par milliers, ils sont morts en partie en combattant les troupes d'occupation syriennes et les milices palestiniennes au Liban qui avaient créé un Etat dans l'Etat. Les martyrs de l'armée libanaise se comptent par centaines, ils sont morts en partie en combattant les organisations terroristes, Fateh el-islam, Nosra et Daech, qui voulaient faire du Liban un émirat de l'Etat islamique. Les martyrs du 14-Mars se comptent par dizaines, ils sont morts en partie en se battant contre l'hégémonie du Hezbollah et du régime d'Assad au Liban.

Le doyen de ces derniers martyrs est Rafic Hariri, un ancien Premier ministre du Liban tué dans un attentat terroriste le 14 février 2005. Cinq personnes sont actuellement poursuivies par le Tribunal spécial pour le Liban pour ce meurtre. Ils sont membres du Hezbollah. Il n'y a pas si longtemps, Hassan Nasrallah lui aussi, les a élevés eux aussi, au rang de « saints ».

Alors, chers Manar et Nawaf, tant que vous êtes figés dans un état d'esprit qui ne tolère pas la diversité et ne reconnait pas les martyrs des autres communautés, une partie des Libanais ne partageront avec vous que trois choses: la pièce d'identité, les ordures ménagères et le hommos national. Laissons alors l'Histoire écrire jusqu'à nouvel ordre, que les enfants de la Patrie sont restés ad vitam aeternam des « fils et des filles de la Phénicie », une contrée divisée en cités-Etats depuis la nuit des temps, avec une différence de taille, la Phénicie était prospère, le pays du Cèdre ne l'est plus depuis belle lurette.

lundi 30 avril 2018

Wlak weiniyé hal kahraba el charm**** 24/24 ya Gebrane, where is this fu***** electricity 24 hours a day ya Bassil, non mais, où est cette pu***** d'électricité 24h/24 ya Gebrane Bassil? (Art.523)


Expo-Revue de presse sur le sujet le plus scandaleux au Liban, l'électricité.



Oubliez les promesses électorales délirantes du genre mettre des arbres sur les toits de Beyrouth, faire du Liban une terre de tournage pour les Scorsese en herbe ou construire une piste skiable directe de Ouyoune el-Simane jusqu'à Raouché, non seulement pour skier et nager le même jour, mais pour combiner le saut à ski au ski nautique, et créer une nouvelle discipline olympique 100% libanaise, le saut à ski nautique du Mont-Liban. Cette idée de génie est de moi, mais bon, nul n'est prophète en son pays, autant carreler la mer et nous spécialiser dans ce que nous savons faire de mieux dans nos contrées d'Orient, l'élevage d'éléphants roses.

Le Liban est dans un état lamentable à tous les niveaux sans exception. Qui veut entendre une autre chanson, n'a qu'à arrêter la lecture tout de suite et à filer sur Instagram, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. De son astronomique dette publique (près de 80 milliards de dollars, soit 156 % du PIB, nous sommes le 3e pays le plus endetté au monde) au désastre environnemental (urbanisation massive, nuisance sonore généralisée et continue, laideur architecturale, diminution des espaces verts, déforestation, chaleur urbaine, pollution atmosphérique, disparition des espèces, etc.), toutes les études du genre le confirment, le pays où coulaient jadis le lait et le miel, s'enlise de nos jours dans la pire catégorie qui soit, un pays où la qualité de vie est basse et le coût de la vie est haut.


Expo-revue de presse sur la gestion de l'électricité au Liban depuis l'élaboration du plan Gebrane Bassil (2010-2018)

Certes, les besoins élémentaires des Libanais sont innombrables. Je les aborde régulièrement dans mes articles consacrés à mon Liban, le vôtre, pas le leur. Mais il y en a un, qui les unit et les met en rogne, toutes tendances politiques et appartenances communautaires confondues, c'est celui de l'électricité. Plus de 27 ans après la fin de la guerre, nous ne pouvons toujours pas bénéficier d'une électricité 24h/24, fournie par un Etat souverain à un prix raisonnable, sans passer par les rapaces des générateurs privés, Assaad Nakad de l'Electricité de Zahlé inclus. Il y a donc une génération de Libanais et même deux si nous comptons les années de guerre, qui n'ont connu que les coupures électriques. C'est affreux quand on y pense. Dieu merci, nous sommes nombreux grâce à nos âges et voyages, à savoir que dans certaines contrées de ce monde, les gens ont atteint le summum du développement humain, disposer du courant électrique continu. Waouh, l'exploit !


2010.6 - Elaboration du plan Gebrane Bassil pour le secteur électrique au Liban (Ministère de l'Energie)

Dawlé aw moteur, enqata3itt el kahraba, éjitt el kahraba, ra7 el moteur, ma fi moteur, kess ekhet el dawlé weïniyé, akhou el charmouta 3a chou mitt dolar, chil el AC, 7otté el qazane, etc. Depuis la fin des affrontements, il y a 10 000 jours, il n'y a pas une journée qui passe, sans que le-la Libanais-e ne prononce une de ces phrases. Comment peut-on imaginer développer notre bien-aimé Liban dans ces misérables conditions? Ce que les responsables politiques font subir au peuple libanais est ignoble. Mais bon, il faut reconnaître que la majorité silencieuse se laisse faire aussi!


2010.7.1 - Présentation du plan de Gebrane Bassil à la presse avec la promesse de rétablir l'électricité 24h/24 à l'horizon 2014 (Commerce du Levant)

C'est parce que je haie les polémiques, et voilà que mon nez s'allonge!, j'ai décidé d'adopter une approche originale pour cet article consacré sans l'ombre d'un doute au sujet le plus scandaleux depuis la proclamation du Grand Liban il y a un siècle, l'électricité. Nous allons nous limiter aux faits et aux certitudes, et je peux vous assurer, nul ne pourra les contester.


2011. Présentation du plan Gebrane Bassil au peuple libanais via la campagne "Leban(off)on : Le Liban s'illuminera de nouveau 24h/24". Campagne payée par le ministère de l'Energie et réalisée par l'agence de publicité Clémentine qui appartient à Claudine Aoun, la fille de Michel Aoun, l'épouse de Gebrane Bassil

 1  Voici la liste des ministres qui se sont succédés au ministère de l'Energie depuis la fin de la guerre en 1990.

. 1990-1992 : Mohammad Youssef Beydoun (proche de Sélim Hoss, ex-Premier ministre)
. 1992 : Mohammad Abdel-Hamid Beydoun (mouvement Amal / Nabih Berri)
. 1992-1993 : Georges Frem (homme d'affaires, père du richissime Neemat Frem, qui se présente au Kesrouane sur la liste de Chamel Roukoz, Courant patriotique libre / Gebrane Bassil)
. 1993-1998 : Elie Hobeika (pro-syrien)
. 1998-2000 : Sleiman Traboulsi (proche de Hoss)
. 2000-2003 : Mohammad Abdel-Hamid Beydoun (mouvement Amal / Nabih Berri)
. 2003-2004 : Ayoub Hmayed (mouvement Amal / Nabih Berri)
. 2004-2005 : Maurice Sehnaoui (banquier, père de Nicolas Sehnaoui, candidat du Courant patriotique libre à Achrafieh)
. 2005 : Bassam Yammine (financier, proche de Sleimane Frangié / Marada)
. 2005-2008 : Mohammad Fneich (membre du Hezbollah)
. 2008-2009 : Alain Tabourian (hommes d'affaires, parti Tachnag, bloc du Changement et de la Réforme / Michel Aoun)
. 2009-2014 : Gebrane Bassil (chef actuel du Courant patriotique libre, gendre de Michel Aoun)
. 2014-2016 : Arthur Nazarian (parti Tachnag, bloc du Changement et de la Réforme / Michel Aoun)
. 2016-2018 : César Abi Khalil (membre du Courant patriotique libre et conseiller de Gebrane Bassil à l'époque où il était ministre de l'Energie)


2011.9.4 - Critique du plan électricité de Gebrane Bassil : du talon d'Achille à la tapisserie de Pénélope (Focus sur le Liban)

Comme c'est fascinant! Tous les ministres libanais de l'Energie qui se sont succédés de 1990 à 2018, étaient ou sont liés d'une manière ou d'une autre du même camp politique : 8 Mars, pro-8 Mars, pro-Assad, pro-Hezb ou anti-14 Mars.


2012.9.25 - Gebrane Bassil, phase d'euphorie et d'inconscience : "Un puits de gaz fournira 99 ans d'électricité" (The Daily Star)

 2  Depuis dix ans, le ministère de l'Energie est entre les mains du Bloc du Changement et de la Réforme, coalition parlementaire formée autour du Courant patriotique libre (CPL). Le parti qui a le plus contrôlé le ministère de l'Energie est justement le CPL, celui de Michel Aoun et de Gebrane Bassil. Le ministre qui a passé le plus de temps au ministère de l'Energie est justement, l'actuel chef du CPL, le gendre de Michel Aoun, Gebrane Bassil, 4 ans et 3 mois. Tout aussi fascinant.


2013.1.31 - Nouvelles promesses sur le rétablissement du courant électrique 24h/24, la veille des législatives, croyait-il (Agence nationale de l'information)

 3  La veille de la guerre en 1975, nous avions l'électricité 24h/24. Au lendemain de la guerre, nous n'avions que 6 heures de coupures électriques par jour. Et voilà que depuis 27 ans, tous les ministres en question promettent aux Libanais une amélioration dans ce domaine et l'électricité 24h/24. En vain, c'est même de pire en pire.


2014.7.16 - Après le plan Gebrane Bassil, les promesses d'avoir le courant 24h/24, quatre ans au ministère de l'Energie (2009-2014) et trois ans de plein pouvoir pour le 8-Mars (2011-2014), situation catastrophique de l'électricité au Liban (Al-Nahar)

 4  Nous connûmes les coupures électriques dans le passé, nous connaissons encore les coupures électriques dans le présent, nous connaitrons toujours les coupures électriques à l'avenir. Aujourd'hui dans le petit Beyrouth, comme Achrafieh, où pratiquement tous les citoyens paient leurs factures et le vol du courant est quasi inexistant, il y a trois heures de coupures par jour. Passons maintenant aux régions proches de Beyrouth, comme le Kesrouane. Dans cette contrée, l'Etat exerce sa souveraineté, les citoyens paient leurs factures dans leur majorité, le non-paiement des factures entraine la résiliation du contrat, le vol du courant est important, mais il est sévèrement sanctionné quand il mis au jour. En dépit de tout cela, le courant électrique est coupé jusqu'à la moitié de la journée.


2015.9.10 - Le Courant du Futur demande à interroger Gebrane Bassil au sujet de l'électricité (Al-Mustaqbal)

Dans des contrées plus lointaines, comme Baalbek-Hermel par exemple, où une partie des gens ne paient pas leurs factures et/ou volent le courant électrique, où le Hezbollah exerce sa souveraineté et où les infractions ne sont pas systématiquement sanctionnées par l'Etat, les coupures électriques peuvent atteindre les 18 heures par jour aux pics de consommation l'été ou l'hiver. Cela étant dit, on vole le courant électrique dans toutes les régions libanaises sans exception, mais à des degrés différents. Il faut dire que la double facturation, Etat et générateur privé, coute très cher aux Libanais : au moins 100 $/mois, voire 150 $/mois et plus. Et encore, c'est pour 5 ou 10 misérables ampères, qui ne permettent de brancher ni un chauffe-eau ni un chauffage ni une clim. A ce prix en Europe, on peut placer tous les appareils de son appartement ou de sa maison sur le courant électrique.


2015.10.5 - Bagarre entre les députés libanais sur les responsabilités des uns et des autres concernant la détérioration de la situation dans le secteur électrique (Al-Jazeera)

 5  Les faits sont accablants. Alors qui en est responsable? Il n'y en a qu'un, ou pour être justes plusieurs, les ministres libanais de l'Energie qui se sont succédés de 1990 à 2018. Ah oui, mais non, bordel, attention, minutes... Foutaises ! Si on lui donne les moyens, Bakhos Baalbaki est capable de relier Ouyoune el-Simane à Raouché et faire du « saut à ski nautique au Mont-Liban », une discipline olympique mondiale qui ne se pratique qu'au Liban. Bass el 3kéritt, ils me mettent des bâtons dans les roues, comme pour Gebrane Bassil.


2016.7.12 - Deux ans de plus pour les navires-centrales électriques turcs (Al-Nahar)

Le Bloc du Changement et de la Réforme contrôle le ministère de l'Energie depuis 10 ans, d'une manière continue. Le Courant patriotique libre a passé plus de 6 ans dans ce ministère. Gebrane Bassil lui-même détient le record, avec Elie Hobeika, de 2009 à 2015 svp. Pire encore, depuis une dizaine d'années, le bloc parlementaire CPL détient un peu moins d'une trentaine de députés, une vingtaine CPL pur et dur, une dizaine de ministres (CPL et part du président). C'est sans oublier que pendant trois ans, le CPL n'a gouverné qu'avec ses alliés du 8-Mars, sans le 14-Mars (2011-2014), et que depuis un an et demi, le président de la République n'est autre que l'ancien chef du CPL.

Alors, si dans des conditions aussi avantageuses, ils n'ont rien pu faire, non mais, qu'est-ce qu'il leur faut de plus, pour ramener l'électricité 24h/24 aux Libanais comme ils le promettent sans cesse depuis une dizaine d'années ? Plus d'argent, un chèque en blanc, des violations des règles d'attribution des marchés publics, de l'opacité, des commissions occultes, de la volonté ou un cocktail de tout cela ? S'ils n'en sont pas capables, alors qu'ils cessent de bassiner les Libanais avec leurs promesses démagogiques et passent ce « ministère-vache à lait » à d'autres.


2016.7.22 - Electricité du Liban, jusqu'à quand? (Al-Manar)

 6  Pour avoir le cœur net, je me suis amusé à faire une revue de presse depuis que Gebrane Bassil avait promis en l'an de grâce 2010 figurez-vous, à coup d'annonces et de campagnes publicitaires, l'électricité 24h/24 à l'horizon 2014-2015. On devait l'avoir, il y a trois ans déjà!


2017.3.28 - Enième plan pour le secteur électrique au Liban, présenté par le ministre de l'Energie César Abi-Khalil, membre du Courant patriotique libre et ancien conseiller de Gebrane Bassil quand il était ministre de l'Energie entre 2009 et 2014 (Al-Joumhouriya)


2017.7.27 - Un rapport de 41 pages de l'administration en charge des appels d'offres concernant une nouvelle location de deux centrales électriques flottantes, dont le coût est estimé à 1,7 milliards de dollars pour deux ans, dans le cadre d'un énième plan électricité présenté par le nouveau ministre de l'Energie, César Abi-Khalil (CPL, ancien conseiller de Gebrane Bassil), recommande aux autorités libanaises de rejeter les offres retenues à cause de nombreuses « irrégularités », le manque de clarté et de transparence, et le non-respect des règlements en vigueur (Al-Joumhouriya).

Trois ans plus tard, nous sommes au point mort. La situation dans le secteur électrique est catastrophique. Aux dernières nouvelles, après le gaspillage de l'argent public dans les navires-générateurs, les centrales électriques flottantes, nous allons acheter de l'électricité, tenez-vous bien, de la Syrie, un pays ravagé par la guerre civile depuis sept ans, sachant que les réfugiés syriens au Liban ne paient évidemment pas l'électricité. Chapeau les gars. Tout au long de cet article, vous trouverez une exposition chronologique en 23 titres, qui résume bien le désastre et le scandale de la gestion du secteur électrique au Liban. Edifiant. Les plans Bassil-Abi Khalil sont des fiascos sur toute la ligne.

2017.10.25 - Un deal, parmi les deals du secteur électrique, pour satisfaire les Khayat, propriétaires de The Middle East Power et de la chaine NewTV/al-Jadeed (MTV)

2017.12.7 - Quel est le rôle de Gebrane Bassil dans le deal douteux avec l'entreprise de la famille Khayat? (Al-Diyarr)


2018.1.12 - Gebrane Bassil, pris en flagrant délit de fuite en avant : "Nous travaillons pour rétablir le courant électrique, ils travaillent pour nous mettre des bâtons dans les roues" (MTV)

 7  A l'époque où le ministre prodige avait présenté son plan pour résoudre les problèmes de l'électricité au Liban en 2010, réclamant au total un investissement public et privé de près de 5 milliards de dollars, j'avais rédigé un article sur la question : « Plan de Gebrane Bassil pour l'électricité : du talon d'Achille à la tapisserie de Pénélope ! »


2018.1.13 - Le constat d'échec de Gebrane Bassil : "Nous sommes tristes de ne pas pouvoir fournir le courant électrique 24h/24" (Al-Mustaqbal)

J'avais choisi de me concentrer sur un seul point crucial. En 39 pages de chiffres et de lettres, d'annexes et de nombreux tableaux pour épater la galerie, Gebrane Bassil n'avait pas été capable d'expliquer clairement aux contribuables libanais, comment il comptait faire pour en finir sérieusement avec le vol du courant électrique au Liban (branchement illégal sur le réseau public et non-paiement des factures).


2018.2.28 - Tentative de coup de force de Gebrane Bassil pour imposer les centrales électriques flottantes, malgré la violation des règles et procédures en matière de marchés publics : "Pas de navires-générateurs, pas de budget" (Al-Markaziya)

Et pourtant, les chiffres étaient alarmants : dans certaines régions libanaises, jusqu'à 78% de l'électricité distribuée est volée et 38% des factures ne sont pas payées. Mais il n'y a pas que le vol du courant qui est en cause. Peu de gens le savent mais l'Etat libanais n'importe pas directement son fioul, il l'achète à des intermédiaires. Ah si ! Et le comble, c'est que les mafias du fioul le roulent dans la farine en lui vendant du combustible de mauvaise qualité, dont le rendement calorique est médiocre. C'est à peine croyable, mais c'est la triste réalité. A propos, je me souviens que lorsque nous étions gamins et que nous allions en montagne l'hiver, nous ne pouvions pas nous approcher d'un poêle à mazout à haut débit. Aujourd'hui, je peux mettre ma main sur le tuyau à quelques dizaines de centimètres du coeur du foyer en feu ! Où sont les contrôleurs de l'Etat? En hibernation, il ne faut surtout pas les réveiller. Si on trafique l'huile d'olive, vous croyez que ces rapaces hésiteront beaucoup à trafiquer le fioul qu'ils vendent à un Etat pas trop regardant ? Bilan des courses, notre électricité est très chère à produire, alors qu'elle est vendue à un prix très faible. Comment l'Etat peut rentrer dans ses frais ? En cause aussi, la vétusté de certaines centrales et d'une partie du réseau, les nombreuses pannes, l'augmentation de la consommation électrique avec la généralisation de la clim, l'afflux massif de réfugiés syriens, etc.

Et certains se demandent encore d'où vient notre dette abyssale? Elle est due en grande partie à la gestion calamiteuse du secteur électrique au Liban (1990-2018): le cumul des déficits dans ce domaine depuis la fin de la guerre est estimé à 30 milliards de dollars, plus du tiers de notre dette publique ! L'hémorragie financière de l'Electricité du Liban se situe actuellement autour 1,5 milliard $/an. Les adeptes des centrales flottantes, le Courant patriotique libre et le Courant du Future, n'osent pas avouer aux Libanais que ces navires-générateurs d'électricité coutent 850 millions de dollars par an aux contribuables, soit 4,25 milliards de dollars sur 5 ans au budget de l'Etat, de l'argent jeté par les fenêtres. EDL est aujourd'hui un gouffre financier.


2018.3.4 - A la recherche d'un bouc-émissaire. Gebrane Bassil : "Ali Hassan Khalil (mouvement Amal/Nabih Berri) est celui qui a entravé la mise en oeuvre du projet de rétablissement du courant électrique en 2015" (El-Nashra)

 8  Tant que les voleurs d'électricité ne sont pas condamnés pénalement et moralement, par la justice, l'Etat, les municipalités, la population, les partis politiques et les autorités religieuses, le problème perdurera. Tout plan sérieux doit s'attaquer à la lutte à la fois contre la fraude et les fraudeurs, les corrompus et les corrupteurs. Est-il possible de le faire sur tout le territoire libanais sans que les agents de l'Etat ne risquent leur vie dans certaines régions? Actuellement, non. Ce qui nous amène au coeur du problème, l'extension de la souveraineté à tout le territoire libanais et l'édification d'un état de droit, donc à l'anomalie que constitue le Hezbollah au Liban.


2018.3.28 - Aoun et Hariri font pression pour faire passer les navires-générateurs au Conseil des ministres (Al-Jarida)

 9  Autre aspect du problème de l'électricité au Liban, qui n'a jamais été abordé par Gebrane Bassil, ou par ses prédécesseurs et ses successeurs, et si demain pour une raison wali-fakihienne, le Hezbollah déclenchait une guerre contre l'ennemi israélien et que l'Etat hébreux décidait, comme il le dit souvent, de bombarder les centrales électriques flambant neuves ! Ah ils n'oseront pas, à cause de « l'équilibre de la terreur » imposé par le Hezbollah, comme le pense le général-retraité Chamel Roukoz. Foutaises. La milice libanaise n'a rien, absolument rien pu faire pour empêcher Tsahal de s'acharner pendant 33 jours sur le Liban en 2006. Et si à l'époque, les Israéliens n'ont pas détruit les centrales électriques, c'est grâce à la diplomatie et parce que le Premier ministre Fouad Siniora a réussi à convaincre les leaders occidentaux de les en dissuader.

2018.4.23 - Gebrane Bassil contre Samy Gemayel et "les oisillons de l'électricité", ceux qui le critiquent sur le fiasco de son plan électricité: "Nous avons présenté 173 lois au Parlement, ils ont présenté 173 mensonges" (Al-Nahar)

En tout cas, à la prochaine guerre entre le Hezbollah et Israël, étant donné que le Hezb fait partie du gouvernement libanais et que le président de la République continue à le défendre, Israël nous fera retourner à la bougie. Non seulement on va revenir à la case de départ, mais allez tentons une question subsidiaire en plus, qui payera la reconstruction de ces centrales électriques flambant neuves qui seront détruites ? Le secteur privé, l'Etat libanais, le Hezbollah, l'Etat hébreux ou la République islamique d'Iran? Non, aucun, ça sera la dette publique, donc les Libanais, enfin, ceux qui paient gentiment impôts et taxes. Il est ainsi plus qu'évident, tant que la décision de faire la guerre n'est pas entre les mains de l'Etat libanais, que le parti-milicien n'est pas dissout et désarmé, nous serons à la merci d'Israël, condamnés à un éternel recommencement et aux éternelles coupures électriques, comme Pénélope avec sa tapisserie.

2018.4.27 - Le Liban dit adieu aux navires-générateurs et se tourne vers la Syrie, pour acheter de l'électricité (Al-Akhbar). Tout ça pour ça! Nous sommes partis en 2010 du plan de Gebrane Bassil pour avoir l'électricité 24h/24, on finit en 2018 par aller mendier quelques heures d'électricité au régime d'un pays plongé dans la guerre depuis sept ans ! Entre les deux Courants, patriotique libre et le Futur adeptes des navires-générateurs et le tandem chiite, Amal et Hezbollah, partisans de l'achat d'électricité de la Syrie, les Libanais ne savent plus à quel projet sain ils peuvent se fier !

 10  « La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent. » Il n'est pas Einstein pour rien ! Le jour des élections et le jour d'après, remettons au Parlement et au ministère de l'Energie les mêmes, et nous pourrons nous assurer de la pérennisation des coupures électriques et de la double facturation.


2018.5.6 - Le mot de la fin pour Gebrane Bassil à l'occasion des législatives : "Nos dires sont des actes". Sacré farceur ! Reste à savoir quels électeurs et électrices accepteront bon gré mal gré, d'être les dindons de cette farce électorale, dimanche 6 mai.