lundi 30 avril 2018

Wlak weiniyé hal kahraba el charm**** 24/24 ya Gebrane, where is this fu***** electricity 24 hours a day ya Bassil, non mais, où est cette pu***** d'électricité 24h/24 ya Gebrane Bassil? (Art.523)


Expo-Revue de presse sur le sujet le plus scandaleux au Liban, l'électricité.



Oubliez les promesses électorales délirantes du genre mettre des arbres sur les toits de Beyrouth, faire du Liban une terre de tournage pour les Scorsese en herbe ou construire une piste skiable directe de Ouyoune el-Simane jusqu'à Raouché, non seulement pour skier et nager le même jour, mais pour combiner le saut à ski au ski nautique, et créer une nouvelle discipline olympique 100% libanaise, le saut à ski nautique du Mont-Liban. Cette idée de génie est de moi, mais bon, nul n'est prophète en son pays, autant carreler la mer et nous spécialiser dans ce que nous savons faire de mieux dans nos contrées d'Orient, l'élevage d'éléphants roses.

Le Liban est dans un état lamentable à tous les niveaux sans exception. Qui veut entendre une autre chanson, n'a qu'à arrêter la lecture tout de suite et à filer sur Instagram, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. De son astronomique dette publique (près de 80 milliards de dollars, soit 156 % du PIB, nous sommes le 3e pays le plus endetté au monde) au désastre environnemental (urbanisation massive, nuisance sonore généralisée et continue, laideur architecturale, diminution des espaces verts, déforestation, chaleur urbaine, pollution atmosphérique, disparition des espèces, etc.), toutes les études du genre le confirment, le pays où coulaient jadis le lait et le miel, s'enlise de nos jours dans la pire catégorie qui soit, un pays où la qualité de vie est basse et le coût de la vie est haut.


Expo-revue de presse sur la gestion de l'électricité au Liban depuis l'élaboration du plan Gebrane Bassil (2010-2018)

Certes, les besoins élémentaires des Libanais sont innombrables. Je les aborde régulièrement dans mes articles consacrés à mon Liban, le vôtre, pas le leur. Mais il y en a un, qui les unit et les met en rogne, toutes tendances politiques et appartenances communautaires confondues, c'est celui de l'électricité. Plus de 27 ans après la fin de la guerre, nous ne pouvons toujours pas bénéficier d'une électricité 24h/24, fournie par un Etat souverain à un prix raisonnable, sans passer par les rapaces des générateurs privés, Assaad Nakad de l'Electricité de Zahlé inclus. Il y a donc une génération de Libanais et même deux si nous comptons les années de guerre, qui n'ont connu que les coupures électriques. C'est affreux quand on y pense. Dieu merci, nous sommes nombreux grâce à nos âges et voyages, à savoir que dans certaines contrées de ce monde, les gens ont atteint le summum du développement humain, disposer du courant électrique continu. Waouh, l'exploit !


2010.6 - Elaboration du plan Gebrane Bassil pour le secteur électrique au Liban (Ministère de l'Energie)

Dawlé aw moteur, enqata3itt el kahraba, éjitt el kahraba, ra7 el moteur, ma fi moteur, kess ekhet el dawlé weïniyé, akhou el charmouta 3a chou mitt dolar, chil el AC, 7otté el qazane, etc. Depuis la fin des affrontements, il y a 10 000 jours, il n'y a pas une journée qui passe, sans que le-la Libanais-e ne prononce une de ces phrases. Comment peut-on imaginer développer notre bien-aimé Liban dans ces misérables conditions? Ce que les responsables politiques font subir au peuple libanais est ignoble. Mais bon, il faut reconnaître que la majorité silencieuse se laisse faire aussi!


2010.7.1 - Présentation du plan de Gebrane Bassil à la presse avec la promesse de rétablir l'électricité 24h/24 à l'horizon 2014 (Commerce du Levant)

C'est parce que je haie les polémiques, et voilà que mon nez s'allonge!, j'ai décidé d'adopter une approche originale pour cet article consacré sans l'ombre d'un doute au sujet le plus scandaleux depuis la proclamation du Grand Liban il y a un siècle, l'électricité. Nous allons nous limiter aux faits et aux certitudes, et je peux vous assurer, nul ne pourra les contester.


2011. Présentation du plan Gebrane Bassil au peuple libanais via la campagne "Leban(off)on : Le Liban s'illuminera de nouveau 24h/24". Campagne payée par le ministère de l'Energie et réalisée par l'agence de publicité Clémentine qui appartient à Claudine Aoun, la fille de Michel Aoun, l'épouse de Gebrane Bassil

 1  Voici la liste des ministres qui se sont succédés au ministère de l'Energie depuis la fin de la guerre en 1990.

. 1990-1992 : Mohammad Youssef Beydoun (proche de Sélim Hoss, ex-Premier ministre)
. 1992 : Mohammad Abdel-Hamid Beydoun (mouvement Amal / Nabih Berri)
. 1992-1993 : Georges Frem (homme d'affaires, père du richissime Neemat Frem, qui se présente au Kesrouane sur la liste de Chamel Roukoz, Courant patriotique libre / Gebrane Bassil)
. 1993-1998 : Elie Hobeika (pro-syrien)
. 1998-2000 : Sleiman Traboulsi (proche de Hoss)
. 2000-2003 : Mohammad Abdel-Hamid Beydoun (mouvement Amal / Nabih Berri)
. 2003-2004 : Ayoub Hmayed (mouvement Amal / Nabih Berri)
. 2004-2005 : Maurice Sehnaoui (banquier, père de Nicolas Sehnaoui, candidat du Courant patriotique libre à Achrafieh)
. 2005 : Bassam Yammine (financier, proche de Sleimane Frangié / Marada)
. 2005-2008 : Mohammad Fneich (membre du Hezbollah)
. 2008-2009 : Alain Tabourian (hommes d'affaires, parti Tachnag, bloc du Changement et de la Réforme / Michel Aoun)
. 2009-2014 : Gebrane Bassil (chef actuel du Courant patriotique libre, gendre de Michel Aoun)
. 2014-2016 : Arthur Nazarian (parti Tachnag, bloc du Changement et de la Réforme / Michel Aoun)
. 2016-2018 : César Abi Khalil (membre du Courant patriotique libre et conseiller de Gebrane Bassil à l'époque où il était ministre de l'Energie)


2011.9.4 - Critique du plan électricité de Gebrane Bassil : du talon d'Achille à la tapisserie de Pénélope (Focus sur le Liban)

Comme c'est fascinant! Tous les ministres libanais de l'Energie qui se sont succédés de 1990 à 2018, étaient ou sont liés d'une manière ou d'une autre du même camp politique : 8 Mars, pro-8 Mars, pro-Assad, pro-Hezb ou anti-14 Mars.


2012.9.25 - Gebrane Bassil, phase d'euphorie et d'inconscience : "Un puits de gaz fournira 99 ans d'électricité" (The Daily Star)

 2  Depuis dix ans, le ministère de l'Energie est entre les mains du Bloc du Changement et de la Réforme, coalition parlementaire formée autour du Courant patriotique libre (CPL). Le parti qui a le plus contrôlé le ministère de l'Energie est justement le CPL, celui de Michel Aoun et de Gebrane Bassil. Le ministre qui a passé le plus de temps au ministère de l'Energie est justement, l'actuel chef du CPL, le gendre de Michel Aoun, Gebrane Bassil, 4 ans et 3 mois. Tout aussi fascinant.


2013.1.31 - Nouvelles promesses sur le rétablissement du courant électrique 24h/24, la veille des législatives, croyait-il (Agence nationale de l'information)

 3  La veille de la guerre en 1975, nous avions l'électricité 24h/24. Au lendemain de la guerre, nous n'avions que 6 heures de coupures électriques par jour. Et voilà que depuis 27 ans, tous les ministres en question promettent aux Libanais une amélioration dans ce domaine et l'électricité 24h/24. En vain, c'est même de pire en pire.


2014.7.16 - Après le plan Gebrane Bassil, les promesses d'avoir le courant 24h/24, quatre ans au ministère de l'Energie (2009-2014) et trois ans de plein pouvoir pour le 8-Mars (2011-2014), situation catastrophique de l'électricité au Liban (Al-Nahar)

 4  Nous connûmes les coupures électriques dans le passé, nous connaissons encore les coupures électriques dans le présent, nous connaitrons toujours les coupures électriques à l'avenir. Aujourd'hui dans le petit Beyrouth, comme Achrafieh, où pratiquement tous les citoyens paient leurs factures et le vol du courant est quasi inexistant, il y a trois heures de coupures par jour. Passons maintenant aux régions proches de Beyrouth, comme le Kesrouane. Dans cette contrée, l'Etat exerce sa souveraineté, les citoyens paient leurs factures dans leur majorité, le non-paiement des factures entraine la résiliation du contrat, le vol du courant est important, mais il est sévèrement sanctionné quand il mis au jour. En dépit de tout cela, le courant électrique est coupé jusqu'à la moitié de la journée.


2015.9.10 - Le Courant du Futur demande à interroger Gebrane Bassil au sujet de l'électricité (Al-Mustaqbal)

Dans des contrées plus lointaines, comme Baalbek-Hermel par exemple, où une partie des gens ne paient pas leurs factures et/ou volent le courant électrique, où le Hezbollah exerce sa souveraineté et où les infractions ne sont pas systématiquement sanctionnées par l'Etat, les coupures électriques peuvent atteindre les 18 heures par jour aux pics de consommation l'été ou l'hiver. Cela étant dit, on vole le courant électrique dans toutes les régions libanaises sans exception, mais à des degrés différents. Il faut dire que la double facturation, Etat et générateur privé, coute très cher aux Libanais : au moins 100 $/mois, voire 150 $/mois et plus. Et encore, c'est pour 5 ou 10 misérables ampères, qui ne permettent de brancher ni un chauffe-eau ni un chauffage ni une clim. A ce prix en Europe, on peut placer tous les appareils de son appartement ou de sa maison sur le courant électrique.


2015.10.5 - Bagarre entre les députés libanais sur les responsabilités des uns et des autres concernant la détérioration de la situation dans le secteur électrique (Al-Jazeera)

 5  Les faits sont accablants. Alors qui en est responsable? Il n'y en a qu'un, ou pour être justes plusieurs, les ministres libanais de l'Energie qui se sont succédés de 1990 à 2018. Ah oui, mais non, bordel, attention, minutes... Foutaises ! Si on lui donne les moyens, Bakhos Baalbaki est capable de relier Ouyoune el-Simane à Raouché et faire du « saut à ski nautique au Mont-Liban », une discipline olympique mondiale qui ne se pratique qu'au Liban. Bass el 3kéritt, ils me mettent des bâtons dans les roues, comme pour Gebrane Bassil.


2016.7.12 - Deux ans de plus pour les navires-centrales électriques turcs (Al-Nahar)

Le Bloc du Changement et de la Réforme contrôle le ministère de l'Energie depuis 10 ans, d'une manière continue. Le Courant patriotique libre a passé plus de 6 ans dans ce ministère. Gebrane Bassil lui-même détient le record, avec Elie Hobeika, de 2009 à 2015 svp. Pire encore, depuis une dizaine d'années, le bloc parlementaire CPL détient un peu moins d'une trentaine de députés, une vingtaine CPL pur et dur, une dizaine de ministres (CPL et part du président). C'est sans oublier que pendant trois ans, le CPL n'a gouverné qu'avec ses alliés du 8-Mars, sans le 14-Mars (2011-2014), et que depuis un an et demi, le président de la République n'est autre que l'ancien chef du CPL.

Alors, si dans des conditions aussi avantageuses, ils n'ont rien pu faire, non mais, qu'est-ce qu'il leur faut de plus, pour ramener l'électricité 24h/24 aux Libanais comme ils le promettent sans cesse depuis une dizaine d'années ? Plus d'argent, un chèque en blanc, des violations des règles d'attribution des marchés publics, de l'opacité, des commissions occultes, de la volonté ou un cocktail de tout cela ? S'ils n'en sont pas capables, alors qu'ils cessent de bassiner les Libanais avec leurs promesses démagogiques et passent ce « ministère-vache à lait » à d'autres.


2016.7.22 - Electricité du Liban, jusqu'à quand? (Al-Manar)

 6  Pour avoir le cœur net, je me suis amusé à faire une revue de presse depuis que Gebrane Bassil avait promis en l'an de grâce 2010 figurez-vous, à coup d'annonces et de campagnes publicitaires, l'électricité 24h/24 à l'horizon 2014-2015. On devait l'avoir, il y a trois ans déjà!


2017.3.28 - Enième plan pour le secteur électrique au Liban, présenté par le ministre de l'Energie César Abi-Khalil, membre du Courant patriotique libre et ancien conseiller de Gebrane Bassil quand il était ministre de l'Energie entre 2009 et 2014 (Al-Joumhouriya)


2017.7.27 - Un rapport de 41 pages de l'administration en charge des appels d'offres concernant une nouvelle location de deux centrales électriques flottantes, dont le coût est estimé à 1,7 milliards de dollars pour deux ans, dans le cadre d'un énième plan électricité présenté par le nouveau ministre de l'Energie, César Abi-Khalil (CPL, ancien conseiller de Gebrane Bassil), recommande aux autorités libanaises de rejeter les offres retenues à cause de nombreuses « irrégularités », le manque de clarté et de transparence, et le non-respect des règlements en vigueur (Al-Joumhouriya).

Trois ans plus tard, nous sommes au point mort. La situation dans le secteur électrique est catastrophique. Aux dernières nouvelles, après le gaspillage de l'argent public dans les navires-générateurs, les centrales électriques flottantes, nous allons acheter de l'électricité, tenez-vous bien, de la Syrie, un pays ravagé par la guerre civile depuis sept ans, sachant que les réfugiés syriens au Liban ne paient évidemment pas l'électricité. Chapeau les gars. Tout au long de cet article, vous trouverez une exposition chronologique en 23 titres, qui résume bien le désastre et le scandale de la gestion du secteur électrique au Liban. Edifiant. Les plans Bassil-Abi Khalil sont des fiascos sur toute la ligne.

2017.10.25 - Un deal, parmi les deals du secteur électrique, pour satisfaire les Khayat, propriétaires de The Middle East Power et de la chaine NewTV/al-Jadeed (MTV)

2017.12.7 - Quel est le rôle de Gebrane Bassil dans le deal douteux avec l'entreprise de la famille Khayat? (Al-Diyarr)


2018.1.12 - Gebrane Bassil, pris en flagrant délit de fuite en avant : "Nous travaillons pour rétablir le courant électrique, ils travaillent pour nous mettre des bâtons dans les roues" (MTV)

 7  A l'époque où le ministre prodige avait présenté son plan pour résoudre les problèmes de l'électricité au Liban en 2010, réclamant au total un investissement public et privé de près de 5 milliards de dollars, j'avais rédigé un article sur la question : « Plan de Gebrane Bassil pour l'électricité : du talon d'Achille à la tapisserie de Pénélope ! »


2018.1.13 - Le constat d'échec de Gebrane Bassil : "Nous sommes tristes de ne pas pouvoir fournir le courant électrique 24h/24" (Al-Mustaqbal)

J'avais choisi de me concentrer sur un seul point crucial. En 39 pages de chiffres et de lettres, d'annexes et de nombreux tableaux pour épater la galerie, Gebrane Bassil n'avait pas été capable d'expliquer clairement aux contribuables libanais, comment il comptait faire pour en finir sérieusement avec le vol du courant électrique au Liban (branchement illégal sur le réseau public et non-paiement des factures).


2018.2.28 - Tentative de coup de force de Gebrane Bassil pour imposer les centrales électriques flottantes, malgré la violation des règles et procédures en matière de marchés publics : "Pas de navires-générateurs, pas de budget" (Al-Markaziya)

Et pourtant, les chiffres étaient alarmants : dans certaines régions libanaises, jusqu'à 78% de l'électricité distribuée est volée et 38% des factures ne sont pas payées. Mais il n'y a pas que le vol du courant qui est en cause. Peu de gens le savent mais l'Etat libanais n'importe pas directement son fioul, il l'achète à des intermédiaires. Ah si ! Et le comble, c'est que les mafias du fioul le roulent dans la farine en lui vendant du combustible de mauvaise qualité, dont le rendement calorique est médiocre. C'est à peine croyable, mais c'est la triste réalité. A propos, je me souviens que lorsque nous étions gamins et que nous allions en montagne l'hiver, nous ne pouvions pas nous approcher d'un poêle à mazout à haut débit. Aujourd'hui, je peux mettre ma main sur le tuyau à quelques dizaines de centimètres du coeur du foyer en feu ! Où sont les contrôleurs de l'Etat? En hibernation, il ne faut surtout pas les réveiller. Si on trafique l'huile d'olive, vous croyez que ces rapaces hésiteront beaucoup à trafiquer le fioul qu'ils vendent à un Etat pas trop regardant ? Bilan des courses, notre électricité est très chère à produire, alors qu'elle est vendue à un prix très faible. Comment l'Etat peut rentrer dans ses frais ? En cause aussi, la vétusté de certaines centrales et d'une partie du réseau, les nombreuses pannes, l'augmentation de la consommation électrique avec la généralisation de la clim, l'afflux massif de réfugiés syriens, etc.

Et certains se demandent encore d'où vient notre dette abyssale? Elle est due en grande partie à la gestion calamiteuse du secteur électrique au Liban (1990-2018): le cumul des déficits dans ce domaine depuis la fin de la guerre est estimé à 30 milliards de dollars, plus du tiers de notre dette publique ! L'hémorragie financière de l'Electricité du Liban se situe actuellement autour 1,5 milliard $/an. Les adeptes des centrales flottantes, le Courant patriotique libre et le Courant du Future, n'osent pas avouer aux Libanais que ces navires-générateurs d'électricité coutent 850 millions de dollars par an aux contribuables, soit 4,25 milliards de dollars sur 5 ans au budget de l'Etat, de l'argent jeté par les fenêtres. EDL est aujourd'hui un gouffre financier.


2018.3.4 - A la recherche d'un bouc-émissaire. Gebrane Bassil : "Ali Hassan Khalil (mouvement Amal/Nabih Berri) est celui qui a entravé la mise en oeuvre du projet de rétablissement du courant électrique en 2015" (El-Nashra)

 8  Tant que les voleurs d'électricité ne sont pas condamnés pénalement et moralement, par la justice, l'Etat, les municipalités, la population, les partis politiques et les autorités religieuses, le problème perdurera. Tout plan sérieux doit s'attaquer à la lutte à la fois contre la fraude et les fraudeurs, les corrompus et les corrupteurs. Est-il possible de le faire sur tout le territoire libanais sans que les agents de l'Etat ne risquent leur vie dans certaines régions? Actuellement, non. Ce qui nous amène au coeur du problème, l'extension de la souveraineté à tout le territoire libanais et l'édification d'un état de droit, donc à l'anomalie que constitue le Hezbollah au Liban.


2018.3.28 - Aoun et Hariri font pression pour faire passer les navires-générateurs au Conseil des ministres (Al-Jarida)

 9  Autre aspect du problème de l'électricité au Liban, qui n'a jamais été abordé par Gebrane Bassil, ou par ses prédécesseurs et ses successeurs, et si demain pour une raison wali-fakihienne, le Hezbollah déclenchait une guerre contre l'ennemi israélien et que l'Etat hébreux décidait, comme il le dit souvent, de bombarder les centrales électriques flambant neuves ! Ah ils n'oseront pas, à cause de « l'équilibre de la terreur » imposé par le Hezbollah, comme le pense le général-retraité Chamel Roukoz. Foutaises. La milice libanaise n'a rien, absolument rien pu faire pour empêcher Tsahal de s'acharner pendant 33 jours sur le Liban en 2006. Et si à l'époque, les Israéliens n'ont pas détruit les centrales électriques, c'est grâce à la diplomatie et parce que le Premier ministre Fouad Siniora a réussi à convaincre les leaders occidentaux de les en dissuader.

2018.4.23 - Gebrane Bassil contre Samy Gemayel et "les oisillons de l'électricité", ceux qui le critiquent sur le fiasco de son plan électricité: "Nous avons présenté 173 lois au Parlement, ils ont présenté 173 mensonges" (Al-Nahar)

En tout cas, à la prochaine guerre entre le Hezbollah et Israël, étant donné que le Hezb fait partie du gouvernement libanais et que le président de la République continue à le défendre, Israël nous fera retourner à la bougie. Non seulement on va revenir à la case de départ, mais allez tentons une question subsidiaire en plus, qui payera la reconstruction de ces centrales électriques flambant neuves qui seront détruites ? Le secteur privé, l'Etat libanais, le Hezbollah, l'Etat hébreux ou la République islamique d'Iran? Non, aucun, ça sera la dette publique, donc les Libanais, enfin, ceux qui paient gentiment impôts et taxes. Il est ainsi plus qu'évident, tant que la décision de faire la guerre n'est pas entre les mains de l'Etat libanais, que le parti-milicien n'est pas dissout et désarmé, nous serons à la merci d'Israël, condamnés à un éternel recommencement et aux éternelles coupures électriques, comme Pénélope avec sa tapisserie.

2018.4.27 - Le Liban dit adieu aux navires-générateurs et se tourne vers la Syrie, pour acheter de l'électricité (Al-Akhbar). Tout ça pour ça! Nous sommes partis en 2010 du plan de Gebrane Bassil pour avoir l'électricité 24h/24, on finit en 2018 par aller mendier quelques heures d'électricité au régime d'un pays plongé dans la guerre depuis sept ans ! Entre les deux Courants, patriotique libre et le Futur adeptes des navires-générateurs et le tandem chiite, Amal et Hezbollah, partisans de l'achat d'électricité de la Syrie, les Libanais ne savent plus à quel projet sain ils peuvent se fier !

 10  « La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent. » Il n'est pas Einstein pour rien ! Le jour des élections et le jour d'après, remettons au Parlement et au ministère de l'Energie les mêmes, et nous pourrons nous assurer de la pérennisation des coupures électriques et de la double facturation.


2018.5.6 - Le mot de la fin pour Gebrane Bassil à l'occasion des législatives : "Nos dires sont des actes". Sacré farceur ! Reste à savoir quels électeurs et électrices accepteront bon gré mal gré, d'être les dindons de cette farce électorale, dimanche 6 mai.

vendredi 23 février 2018

« Une fois qu'on a passé les bornes, il n'y a plus de limites » : tour du monde des stupidités du moment (Art.512)


Jusqu'où peut bien aller la stupidité humaine? Très loin sans doute car selon le principe du journaliste, écrivain et humoriste français, Alphonse Allais, « une fois qu'on a passé les bornes, il n'y a plus de limites ». Tour du monde des stupidités du moment en six escales. Nous irons en Russie, aux Etats-Unis, au Japon, en France et au Liban.


Pense-bête de Donald Trump après la tuerie de Floride. Photo: Carolyn Kaster, AP, Sipa (21 fév. 2018)

• Palme d'or de la stupidité à Vladimir Poutine pour l'ensemble de son œuvre : une Russie et une Syrie mises sous vide


Le président russe s'apprête à proroger le mandat qu'il a commencé en 1999 jusqu'en 2024 et à consolider un pouvoir obtenu via le jeu des chaises politiques et la formalité des élections. Sur le plan interne, il a réussi à mettre la Russie sous vide. Pour empêcher l'émergence de nouvelles têtes, il applique une méthode connue de tous les amateurs d'asperges, el-halyounn en arabe. Avant même que la jeune pointe ne voit le jour, il faut l'arracher de la terre. Sur le plan externe, il a sauvé la tête de Bachar el-Assad pour un moment, grâce au blocage d'une petite dizaine de résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et l'implication massive des troupes russes à ses côtés. Il lui a permis de gagner beaucoup de batailles hélas, mais pas la guerre heureusement, au prix d'innombrables crimes de guerre et crimes contre l'humanité. La Syrie aussi est actuellement sous vide.

Parmi les cailloux rebelles toujours coincés dans les bottes du régime, il y a le plus gros, celui de la Ghouta, dans la banlieue de Damas. Cette région fut le théâtre d'un massacre chimique odieux au gaz sarin, mené par les troupes d'Assad le 23 août 2013, qui a couté la vie à 1 429 personnes dont 426 enfants, morts en un clin d'oeil, paralysés et asphyxiés. Depuis plusieurs semaines, la région subit un déluge de fer et de feu, jour et nuit, qui ont fait des centaines de morts, dont des dizaines d'enfants. Nul ne peut mieux imaginer la barbarie d'Assad fils, autant que les Libanais, qui ont survécu à celle d'Assad père. Achrafieh (Beyrouth-Est), Zahlé, Bhamdoun et Tripoli peuvent en témoigner.

Le vote d'une résolution instaurant une trêve humanitaire de 30 jours en Syrie a été reporté, encore une fois à cause des conditions posées par la Russie. Et c'est bien ce moment que le général Vladimir Chamanov, chef du comité parlementaire russe chargé de la défense, a choisi pour annoncer urbi et orbi : « En aidant notre peuple frère syrien, nous avons testé plus de 200 nouveaux types d'armes... Cela a montré au monde entier l'efficacité des armes russes ». Mais aussi, l'incroyable irresponsabilité et la cruauté de la Russie. Sans l'obstination de Poutine, la Syrie ne serait pas dans une telle désolation désespérante, avec tout ce que cela implique pour le Liban et le reste du monde. La Russie s'est imposée sur l'échiquier du Moyen-Orient, mais à quel prix ?

• Palme d'argent de la stupidité aux Américains pro-armes : ils croient que les anti-armes sont des acteurs


Et dire que des Américains ont le culot d'insinuer que leurs jeunes compatriotes qui ont vécu et survécu à la tuerie de Parkland en Floride -une des pires de l'histoire des Etats-Unis, qui a fait 17 morts- et qui apparaissent devant les caméras nationales pour oser bizarrement réclamer une réglementation plus stricte concernant les armes à feu, et non l'interdiction pure et simple, sont tout simplement des acteurs de crise.

« Les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît ». La réplique de Lino Ventura se vérifie aussi de l'autre côté de l'Atlantique. L'extrême droite américaine se régale de ces fake news et on trouve même un Trump Junior pour approuver le brouillage des esprits qui sous-entend que le FBI est impliqué dans la manipulation des témoins ! C'est la dernière de ces stupides théories du complot qui circulent à une vitesse gravitationnelle vertigineuse dans des têtes bien prédisposées à cela.

• Palme de bronze de la stupidité à un jeune milliardaire japonais : père de 13 enfants obtenus via des mères-porteuses et dans un but électoral


Il a 28 ans et déjà père de 13 enfants obtenus via des mères porteuses en Thaïland et au Cambodge, pour la modique somme de 10 000 € chacun. Quatre ans de batailles juridiques et le voilà déclaré officiellement le "seul parent" des 13 mômes. Oublions le débat éthique, mais pourquoi 13 ? On commande 2, 3 ou 4.

Et bien, figurez-vous c'est parce que le fils à papa se lance en politique. Et alors? Alors, ce sont autant d'électeurs dans la poche! Vrai de vrai, c'est ce que Mitsutoki Shigeta a déclaré au tribunal thaïlandais. Le comble c'est qu'il a obtenu gain de cause. Comme quoi l'argent permet d'atteindre ses objectifs et rend parfois plus heureux, mais surement pas plus intelligent!

Enfin, la Thaïlande ainsi que le Cambodge ont légiféré pour interdire cette pratique abjecte. Eh oui, ce ne sont pas les New-Yorkaises de Tribeca, les Parisiennes de Saint-Germain-des-Prés ou les Beyrouthines d'Achrafieh qui mettront leurs ventres en location aux couples les plus démunis.

• Palme de bois de cèdre de la stupidité revient naturellement à ces Libanais : démocrates et néoféodaux à la fois


Nous sommes parmi les populations les plus attachées à la « démocratie représentative » au monde ! C'est ce qui ressort d'une récente étude internationale à laquelle j'ai consacré mon dernier article. Certes, on ne donne pas l'air de l'être, mais tel est le cas en théorie. Jusqu'à 55% des Libanais estime que cette forme de gouvernance du pays par des élus est « très bonne ». De ce fait, nous sommes 5e au monde, juste derrière les Suédois, les Américains ne sont qu'à 48%, les Anglais à 43% et les Français à 23% seulement. Mais alors pourquoi diable l'état de la démocratie est-elle aussi mal-en-point au pays du Cèdre ?

Pour d'innombrables raisons sans doute, qui dépendent des citoyens comme des dirigeants, évoquées dans l'article en question. Toujours est-il que beaucoup de Libanais ont quand même comme une vague impression que malgré les préparatifs en cours, plus l'échéance démocratique approche, plus les chances que les élections législatives aient lieu à temps diminuent. Depuis le début de l'année on parle d'un printemps chaud au Moyen-Orient, d'un regain de tension entre le Liban et Israël (concernant les frontières terrestre et maritime), d'une volonté israélienne d'attaquer brutalement le Liban, d'un changement radical dans le rapport de force avec Israël (depuis qu'un avion de chasse israélien F16 a été abattu par le régime syrien en Syrie le 10 février ; non mais, difficile de faire plus bidon!), d'un non-changement radical dans le rapport de force en Syrie (même si un avion de chasse russe Su25 a été abattu par des rebelles syriens le 3 février ; pour l'israélien, si, mais pour le russe, non!), de projets terroristes visant la sécurité intérieure au Liban, de la mainmise du Hezb et de ses alliés sur le nouveau Parlement libanais (c'est ce qu'on appelle le conditionnement par la propagande!), etc.

Il est difficile de spéculer sur l'avenir en Orient, mais une chose est sûre et certaine, la tentation des forces politiques au Liban est grande, de reporter le jugement d'un peuple en colère, à juste titre, et qui râle sans cesse, à juste raison, qui n'a ni eau ni électricité, et qui bizarrement, quand il a la chance d'exprimer son attachement à la démocratie représentative, accourt aux urnes pour voter pour les mêmes, les dinosaures de la politique libanaise. On dirait que certains Libanais sont démocrates et néoféodaux à la fois! Sacrés Libanais, comprenne qui pourra.

• Palme de formica de la stupidité à Laurent Wauquiez pour son "bullshit médiatique" comme il dit et aux futurs managers de la Business School qui l'écoutaient sans sourciller


Férmailleka dit à la libanaise et prononcé à l'américaine. Il ne mérite pas du bois massif. Il a toujours été fier de son franc-parler. Et pour prouver qu'il fait partie de cette nouvelle génération de leaders, le 15 février dernier, il a décidé de servir à son auditoire privé autre chose que « le bullshit que je peux sortir sur un plateau médiatique ». Eh bien, pour le franc-parler, chapeau, il avoue quand même que ce qu'il a toujours dit dans les médias, c'est de « la merde ». Pas très malin pour quelqu'un qui est censé être brillant : lycée Louis-le-Grand, prépa à Henri IV, Normal Sup (14e au concours d'entrée), Panthéon-Sorbonne (études d'histoire ; 1er à l'agrégation d'histoire), Sciences Po, DEA de droit public, ENA (major de sa promo), puis député, maire, secrétaire d'Etat et ministre !

Alors qu'il est fraichement élu, le chef du parti Les Républicains a dit des vacheries sur tout le monde devant les étudiants d'une école de management à Lyon où il donnait un soi-disant cours magistral, non ce n'est pas du sarcasme!, tout en les prévenant qu'il ne faut pas le filmer, les enregistrer et tout diffuser sur les réseaux sociaux. Non mais, à l'époque du smartphone, ce n'est pas très intelligent ! Les députés d'En Marche seraient des « guignols » car la majorité suit l'exécutif (comme c'est bizarre!), il y a « une dictature totale en France » (notez bien ce "totale"!), il n'a « aucun doute » que Macron est derrière la chute de Fillon (il a sans doute raté le documentaire "Qui a tué François Fillon?" ; mais c'est FF lui même, parole de son plus vieil ami!), Alain Juppé a totalement « cramé la caisse » à Bordeaux et « Sarkozy contrôlait les téléphones portables » des ministres. Et encore, ce n'est pas toute la stupidité débitée aux futurs managers, Laurent Wauquiez a gâté les étudiants avec ces analyses internationales.

Sur la question de savoir si « Angela Merkel incarne le pouvoir », l'homme qui pense à l'Elysée pas seulement en se rasant le matin répond, « un peu moins ces temps-ci, mais oui ! » Comme la réponse n'est pas digne d'un prof de cours magistral, il rajoute : « Vous avez déjà regardé son compte Instagram ? Croyez-moi pour y trouver du charisme, il faut vraiment se lever de bonne heure. » Quelle perspicacité redoutable ! L'Allemagne a enregistré un excédent budgétaire record en 2017, près de 39 milliards d'euros, alors que la France a présenté un déficit budgétaire record, 68 milliards d'euros ! En gros, pendant que Wauquiez et les valeureux futurs managers de Lyon cherchent le charisme de Merkel sur Instagram, les Allemands renflouent les caisses à fond la caisse !

Et dire qu'il aurait pu arrêter les dégâts là, non, il en a remis une couche. « Regardez comme c'est sympa. Il n'a pas l'air gentil, le Justin (Trudeau, le Premier ministre canadien) ? » Et il rit de bon cœur. « Son objectif, c'est, je suis à fond dans tout, tout est nickel, tout ripoliné, il n'y a pas un cheveu qui dépasse, je suis le mec cool, gentil, complètement dans le mainstream du média. » Rira bien qui rira le dernier !

Enfin, plan de com' a cinq cents et des propos qui ne cassent pas trois pattes à un canard. Seulement voilà, ça marche, les médias de France et de Navarre ont passé la semaine sur ces révélations nases de Quotidien, l'émission de Yann Barthès sur TMC. Ayant suivi les deux polémiques, je peux vous assurer celle-ci est d'un niveau pire que celle de Bassil-Berri! Pour se défendre, l'homme à la doudoune rouge n'hésite pas à parler de « méthodes de voyous », de « manipulation » et qu'il est tombé dans une « embuscade », alors que tout ce que la chaine française a fait, c'était de diffuser ses propos stupides, qui prouvent son immaturité politique!

Si l'enfer est pavé de bonnes intentions, la route de l'Elysée est pavée de belles conneries. Et ce n'est que le début, 2022 c'est dans quatre ans. Donc, on n'en a pas fini, surtout avec ceux qui sont complexés par Emmanuel Macron! Soi-disant, « pour faire cool, (Macron) fait comme moi, il se met en chemise, en bras de chemise, il n'est pas le seul! » Hehehe, c'est c'là Laurent, tout le monde te copie, tu es un modèle pour tout le monde! Wauquiez essaie de faire du Trump, sauf que n'est pas Trump qui veut. Pas de doute le marcheur en chef est né sous une bonne étoile! La droite n'a qu'à s'en prendre à elle-même. Dommage, j'aimais bien Laurent Wauquiez, du sang neuf, toujours de bonne humeur et il parle arabe.

• Palme de polystyrène de la stupidité à Donald Trump, mon dada, pour son pense-bête ↑ 😊


Polystyrène oui, lui aussi il ne mérite guère plus. Il est entré dans le classement pour avoir tenu gentiment, stupidement même!, une fiche devant les caméras, lors d'une rencontre avec des rescapés de la tuerie de Floride. Cinq choses à dire pour démontrer qu'il est touché par ce drame et qu'il réagira à cet acte barbare. Et pour bien montrer qu'il est à l'écoute, le 5e point rappelle explicitement au bouffon de la Maison Blanche qu'il doit prononcer la phrase clé : « I hear you ».

Au cours de cette rencontre, Donald Trump a envisagé étudier la possibilité d'armer les enseignants. Essayer d'imaginer les profs en train d'écrire sur le tableau, avec un revolver sous la ceinture, wel fared 3a khasroun. Non mais il n'y a pas de doute, le président américain aurait dû s'en tenir à son pense-bête, ce n'est point un hasard si on appelle ainsi la note contenant ce qu'on a à dire et à faire, surtout pour ne pas apparaître bête.

mercredi 14 février 2018

De la relaxe du « logeur de Daech » au procès du « Tribunal Spécial pour le Liban », en passant par le film « L'Insulte » : une même leçon de droit (Art.510)


Avec 100 avocats à la barre et 700 parties civils impliqués, ce premier jugement rendu cet après-midi à Paris, en rapport avec les attaques terroristes du 13-Novembre (2015), fera certainement beaucoup de mécontents qui feront certainement couler beaucoup d'encre. 


Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech"


Dans le box des accusés, il y avait Jawad Bendaoud, un Franco-Marocain, personnage tragicomique connu du grand public comme étant le « logeur de Daech », d'Abdelhamid Abaaoud précisément, l'homme considéré comme étant le coordinateur des attaques terroristes (un Belgo-Marocain, ayant mené les attaques des terrasses parisiennes), et de Chakib Akrouh (un Belgo-Marocain, un des terroristes qui ont participé aux attaques des terrasses), les deux ont été tués à Saint-Denis au cours de l'assaut d'une unité d'élite de la police française à l'aube du 18 novembre 2015.


Il avait tout contre lui. D'abord, le contexte tragique et ses dizaines de morts (130 personnes) et ses centaines de blessés, ainsi que ses milliers de personnes traumatisées et ses millions de gens choqués de par le monde. Ensuite, le casier judiciaire bien chargé. Enfin, la grave accusation, d'avoir mis « son » logement à la disposition des terroristes. Et pourtant, il est libre ce soir.

Le ministère public voulait l'emprisonner pour quatre ans, sauf que pour la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris « il n'est pas prouvé que Jawad Bendaoud a fourni un hébergement à des terroristes (…) afin de les soustraire aux recherches (policières) ». N'importe quoi diront les sceptiques, notamment d'extrême droite, comme ceux de Bloc identitaire. Ils ne manqueront pas de broder une nouvelle théorie du complot pour habiller Isabelle Prévost-Desprez pour l'hiver et disserter sur le laxisme des autorités françaises face au terrorisme islamiste. Ils rejoindront le camp d'extrême islamiste, qui brode depuis plus deux ans et sous-entend que les attaques terroristes en France sont les oeuvres perverses des services de renseignement français. Une théorie du complot qui a couté sa place à une ravissante jeune chanteuse française d'origine syrienne, Mennel Ibtissem, candidate à The Voice / TF1, contrainte de démissionner après la révélation d'anciens écrits controversés publiés après les attaques terroristes de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray. Avant que les deux camps ne se penchent sur leur sale besogne, ils devront se souvenir comment la France a fait connaissance du Jawad, un 18 novembre 2015, où il s'est fait interviewer fièrement par BFM-TV et l'AFP, expliquant calmement que l'assaut des policiers d'élite du RAID concernait « son » logement, qui n'était d'ailleurs pas le sien, mais celui de trois frères, des marchands de sommeil pour lesquels il travaillait.

Deux autres hommes étaient poursuivis à Paris. Mohamed Soumah, l'homme qui a joué l'intermédiaire entre Hasna Aït Boulahcen, la femme qui a cherché une planque aux terroristes (cousine du terroriste en chef, morte durant l'assaut du RAID à Saint-Denis), et Jawad Bendaoud. Il écope de cinq ans d'emprisonnement. Il y a aussi Youssef Aït Boulahcen (frère d’Hasna Aït Boulahcen). Il en a pour quatre ans.

La justice s'est prononcée. Le parquet fera appel. L'affaire n'est pas classée mais l'homme est libre. Certains trouveront la relaxe de Jawad Bendaoud révoltante, et d'autres considéreront les condamnations de Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen insuffisantes. Peut-être bien, mais c'est la loi. Et la loi ne peut pas être arbitraire, ni à la tête du client, ni soumise à aucune influence. Ce n'est pas l'émotion du moment et la présomption de culpabilité qui dictent le jugement, mais c'est la loi et les éléments de preuve. Ce sont ces principes qui régissent l'état de droit dans un Etat de droit. La France vient de donner une leçon magistrale en la matière au monde entier. Vaincre le terrorisme passe aussi par cela.

Et déjà le 13e anniversaire de l'assassinat de Rafic Hariri


Hasard du calendrier, nous commémorons aujourd'hui au Liban le 13e anniversaire de l'attentat qui a couté la vie à l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri, et à 21 autres personnes. Le procès est en cours devant le Tribunal Spécial pour le Liban à La Haye. Cinq membres du Hezbollah sont poursuivis dans l'attaque terroriste du 14 février 2005 par cette haute instance judiciaire créée par le Conseil de sécurité de l'ONU pour cette occasion. Ils sont en fuite et ont été élevés au rang de « saints » par le chef du Hezb, Hassan Nasrallah. Cela étant dit, tout le monde a sa petite idée sur la question. Les partisans du Hezbollah accusent Israël, et les autres, le trio infernal, la milice chiite libanaise, le régime syrien et le régime des mollahs.

Mais là aussi, à La Haye comme à Paris, il n'est question que du droit international, des lois libanaises et des éléments de preuve. Personne n'est dupe, ni Ariel Sharon (Premier ministre israélien de l'époque et mort depuis), ni Hassan Nasrallah, ni Bachar el-Assad, ni Ali Khamenei, ne sera inquiété, ni de près ni de loin par cet assassinat politique. On peut le regretter, mais c'est la règle du jeu. Après avoir épuisé les recours judiciaires, il faut savoir accepter le verdict de tout procès équitable tel qu'il soit. C'est l'autre élément fondamental d'un état de droit dans un pays démocratique. Tenez, c'est d'ailleurs la chute du film de Ziad Doueiri, L'Insulte, récemment nommé aux Oscars. Après s'être battus pour obtenir réparation, les protagonistes Toni Hanna et Yasser Salameh accueilleront le verdict avec sérénité, enfin, avec résignation au moins. 

dimanche 28 janvier 2018

Les pratiques indignes de certaines écoles privées au Liban, la ruée sur le Nutella dans des supermarchés de France et les toilettes « America » pour Donald Trump (Art.506)


Dans la série « Escales », je vous propose cette fois trois arrêts, au Liban, en France et aux Etats-Unis, et un seul thème, le surréalisme social.


1. Quand des établissements d'enseignement privés ont des pratiques indignes


C'est une école catholique fondée en 1930 par l'Ordre maronite de la Sainte Vierge dans le couvent de Notre-Dame de Louaizé à Zouk Mosbeh. Réservée aux élèves séminaristes au départ, elle est ouverte au public dans les années 1960. Depuis, elle n'a cessé de s'agrandir et de s'enrichir, les deux actions étant intimement liées, notamment durant la guerre civile libanaise et les déplacements communautaires qu'elle a occasionnée. Elle fut un temps dirigée par Béchara el-Raï (1975-1981), l'actuel patriarche maronite d'Antioche et de tout l'Orient.

Tout a commencé le mercredi 24 janvier. Les élèves de ce collège situé dans la région du Kesrouane reçoivent une lettre destinée à leurs parents. Elle est signée par le directeur de l'école, Ziad Antoun. Elle fait suite à la décision de l'Etat libanais d'augmenter les salaires dans la fonction publique (été 2017). La mesure concerne principalement le secteur public, mais la loi prévoit un alignement des salaires du secteur privé de l'éducation sur ceux du secteur public.

Pendant longtemps, les dirigeants politiques n'avaient pas la moindre idée de la façon de financer sainement la hausse des salaires publics, qui coutera plus de 800 millions de dollars aux contribuables libanais. Ils ont fini par décider de la financer essentiellement par la dette (on emprunte pour payer les salaires publics, voilà un Etat qui court à sa ruine!) et par l'instauration de diverses taxes (votées en octobre, comme la hausse de la TVA à 11% et l'augmentation des taxes sur les boissons alcoolisés et le tabac), sans se pencher une seconde sur les moyens de lutter efficacement contre le gaspillage de l'argent public, le manque à gagner de l'Etat libanais (au niveau de l'aéroport et des ports ou du vol du courant électrique par ex.) et les économies que l'on peut faire dans bien des domaines, alors que notre dette a dépassé les 77 milliards de dollars (150% du PIB). Bienvenue au Liban, pays du cèdre et des cigales.

Dans le secteur privé, dont l'efficacité est toujours encensée par les défenseurs du capitalisme sauvage (et dire qu'ils sont légion au Liban!), on sait très bien comment procéder au financement et qui paiera l'augmentation : les consommateurs en général, les parents d'élèves dans le cas particulier des écoles privées. C'est l'objectif de la démarche du directeur de Louaïzé. L'ennui c'est qu'il a envoyé une lettre qui pose problème à trois niveaux.

. Primo, rien n'est encore tranché, tout est sur la table des négociations! Si Ziad Antoun commence sa lettre par le reconnaître, « puisque les négociations (…) sont toujours en cours entre les personnes concernées... », alors comment peut-il préciser ensuite que « la direction (…) a décidé d'appliquer la nouvelle grille des salaires aux membres du corps enseignant » ? Non mais, il aurait fallu qu'il se relise quand même ?

. Secundo, Ziad Antoun fait savoir que « les frais de scolarité sont augmentés de 1 060 000 LL (soit plus de 700 $) », « à partir de l'année 2017-2018 » et qu'il faut « payer la somme due avant le 29 janvier (lundi) », trois âneries monumentales. 700 $? Non mais, il croit que les gens sortent leurs billets d'une imprimante Canon au jet d'encre, achetée 35 € sur Amazon! A partir de 2017-2018? La lettre est écrite en 2018, non mais c'est la meilleure! C'est tout simplement illégal. On ne change pas un contrat en cours de route sans l'accord de toutes les parties! Avant le 29 janvier? Il faut vraiment être imbécile, "peu capable de comprendre, de raisonner et manque d'intelligence", pour donner aux familles seulement 5 jours pour payer une somme qui vaut une fois et demi le salaire minimum libanais !

. Tertio, Ziad Antoun menace les familles, si elles ne règlent pas les sommes dues en temps et en heure, « la direction sera obligée de prendre des mesures sévères » contre les élèves scolarisés. Comme quoi? Les arracher de leurs cours et les jeter sur la route? Et pourquoi svp? Parce que leurs parents n'ont pas payé, non les frais de scolarité, mais une augmentation indue et arbitraire des frais de scolarité ? Cette phrase fait honte à celui qui l'a écrit et signé. Ziad Antoun devrait avoir d'autant plus honte que d'une part, la lettre émane d'un homme de religion, un père de l'Eglise catholique maronite, et d'autre part, que son signataire fait savoir que « si les parties concernées (les écoles privées, le corps enseignant et les parents d'élèves), se mettent d'accord pour ne pas appliquer la nouvelle grille des salaires, l'augmentation sera soustraite des frais de scolarité du 3e trimestre ». Mais alors bordel, pourquoi ne pas attendre l'issue des négociations pour décider ?

L'affaire Louaizé n'a rien d'unique, bien évidemment. C'est le casse-tête de toutes les écoles privées du Liban. Celles-ci s'ingénient pour trouver des solutions afin d'augmenter les salaires de leurs employés sans toucher à leurs trésors de guerre. Dans l'affaire de Louaizé ce sont les parents qui doivent casquer. C'est la procédure classique. Mais j'ai la connaissance de cas de professeurs dans plusieurs lycées qui laissent penser que ce n'est pas toujours le cas. Il y a quelques semaines, des profs qui enseignent le français depuis des années, apprennent, que dorénavant, leur salaire sera amputé d'une bonne partie, car leurs diplômes ne seraient pas conformes. Les lycées disent qu'ils n'y sont pour rien, c'est la faute du ministère libanais de l'Education. Et comme par hasard, cette affaire n'apparait qu'au moment d'appliquer la nouvelle grille des salaires dans le secteur privé de l'Education.

On peut multiplier les exemples à l'infini. Et encore, nous ne sommes pas penchés sur le scandale des tarifs astronomiques des cursus universitaires au Liban. Et puis sans aller aussi loin, non mais, est-il normal qu'un jeune couple libanais ait près de 1 400 $ à verser chaque mois de l'année scolaire (soit 12 000 $/an, autocar compris) pour scolariser deux enfants en bas âge dans une autre école catholique maronite de la même région, Collège Saint Joseph d'Aïntoura? Dans cette école l'uniforme est obligatoire. Il est facturé 400 $ et on ne peut pas l'acheter de Bourj Hammoud. Il n'est disponible que chez Rectangle Jaune svp où le prix d'une chemise dépasse facilement les 100 $. Et encore, c'est sans parler de la sélection d'entrée draconienne où le principal critère est économique, le métier des parents !

C'est tout simplement le grand délire, si l'on compare ces chiffres aux frais de scolarité des écoles, collèges et lycées privés français de France. Pour ceux qui sont hors-contrat, qui ne reçoivent aucune subvention et compensation de l'Etat, il faut compter entre 400 et 1 300 €/mois, soit 500-1 600 $ par mois (au taux de change actuel, qui est plutôt élevé), pour les meilleures d'entre elles et pour le bac svp ! Dans un très bon établissement en plein coeur de Paris, enfin dans le 16e quand même, comme celui de Passy Saint-Honoré, un lycée privé d'enseignement catholique associé à l'Etat par contrat, on ne débourse qu'entre 1 400 et 2 500 $ par AN (près de 1 110-1 440 €/an), selon le revenu parental et la taille de la fratrie. C'est hallucinant quand on pense aux 6 000 $/an pour un môme en 8e à Aïntoura, sachant qu'il ne coutera que 1 500 $/an, s'il était dans une école catholique sous contrat en France, comme à l'Institut Notre-Dame (banlieue parisienne).

Jésus Marie Joseph, mais ils leur arrivent de relire les Evangiles de temps à autre? « Jésus se rendit à Jérusalem. Il trouva, dans la cour du Temple, des marchands de bœufs, de brebis et de pigeons, ainsi que des changeurs d'argent, installés à leurs comptoirs. Alors il prit des cordes, en fit un fouet, et les chassa tous de l'enceinte sacrée avec les brebis et les bœufs ; il jeta par terre l'argent des changeurs et renversa leurs comptoirs, puis il dit aux marchands de pigeons: "Otez cela d'ici ! C'est la maison de mon Père. N'en faites pas une maison de commerce" » (Jean 2, 13-16). L'école n'est pas la maison de Dieu, mais les enfants le sont ! « Qui accueille en mon nom un enfant comme celui-là, m'accueille moi-même » (Matthieu 18, 3-5).

Jésus et les marchands du Temple
Vitrail de l'Eglise Saint-Aignan à Chartes (France)
Photo : Alain Pinoges, alias P.Razzo / Agence CIRIC

A décharge des établissements privés, il faut tout de même reconnaître que certains Libanais critiquent la politique financière de ces derniers, alors qu'ils ne sont pas prêts à renoncer à l'iPhone X ou au Galaxy Note 8, aux sacs de grandes marques ou au 4x4 de l'année. Mais ce n'est pas une raison d'ignorer le fait que la majorité des Libanais ne peuvent pas suivre la hausse constante des frais de scolarité dans un pays aussi cher que le Liban. Ainsi, il revient aux établissements d'évaluer les situations des parents au cas par cas, avant d'envoyer ces ultimatums indignes d'un établissement chrétien.

Etant donné la très mauvaise réputation des écoles publiques libanaises, qui veut
un meilleur avenir pour ses enfants sait qu'il faut impérativement les mettre dans une école privée. Or, les pratiques de certaines écoles privées au Liban sont indignes. Cette fracture sociale aggrave les inégalités entre les Libanais et menacent sérieusement les égalités des chances entre tous les enfants de la patrie. Ceci n'est pas bon pour la cohésion et la sérénité de la nation libanaise. Si l'Etat libanais est toujours incapable d'offrir des écoles de qualité à ses citoyens, il doit impérativement contrôler l'offre privée. Alors au lieu que ce gouvernement et ce Parlement ne s'attaquent qu'aux faibles et toujours aux mêmes, ils feraient mieux de s'atteler au scandale du puissant lobby des établissements d'enseignements privés au Liban.

Si certains établissements religieux et laïcs n'ont plus une éthique et des valeurs pour prendre en compte les difficultés financières des Libanais, il revient à l'Etat libanais de légiférer en la matière pour mettre un terme aux abus et aux dérives dans ce secteur. Nous sommes en période électorale, citoyens et médias doivent profiter de la situation pour exiger des candidats au partage du gâteau juteux de la députation, de présenter au-delà de leur belle gueule et des beaux slogans, leur vision du problème et un engagement clair concernant l'enseignement privé, primaire, secondaire et supérieur. Il faut finir avec le tarif unique, à l'école, au collège et au lycée, comme à l'université. Les frais de scolarité doivent être adaptés aux revenus et à la taille de chaque foyer et l'appétit des établissements privés vu à la baisse, surtout pour ceux qui sont dirigés par des congrégations religieuses.


2. « Catch » et crêpage de chignons, pour des pots de « Nutella »


Insulte, bousculade, échauffourée, catch et crêpage de chignons, les images ont fait le tour du monde. C'était la foire d'empoigne jeudi aussi, aux quatre coins de la France. La police a dû intervenir. Et pour cause, une ruée incroyable sur les pots de Nutella dans les grandes surfaces de la chaine française Intermarché. Rien à Paris. Pas parce que les Parisiens sortent de la cuisse de Jupiter, mais parce ce que l'enseigne n'est pas installée dans la capitale.

On a vendu en un quart d'heure ce qu'on vendait habituellement en trois mois. Objet du désir et de toutes les convoitises, le pot mythique en format XL de 950 g de cette potion magique était vendu à 1,41 € au lieu de 4,70 €. Une économie de 3,29 €, c'est le prix de 2 à 3 hamburgers de base chez McDonald's. Ce n'est pas rien. Et pourquoi cette comparaison? Parce que le fidèle du Nutella est aussi un adepte de McDo et le hamburger est un indicateur de la malbouffe.

Justement, on s'est bousculés sachant que le produit a beau être marron de couleur, le premier ingrédient du Nutella, est le sucre, qui n'est d'aucune utilité nutritionnelle particulière pour l'organisme. Le second, c'est l'huile de palme. Bien que végétale, cette matière grasse est particulièrement néfaste pour l'organisme (via le cholestérol, à cause de sa teneur en acides gras saturés) et l'environnement (l'extension de sa culture s'accompagne d'une importante déforestation). On est au 3/4 du poids et pas un gramme de noisette, de cacao et de lait! Ces trois ingrédients dont l'intérêt nutritionnel est incontestable ne constituent en réalité que le 1/4 du produit.

Le Nutella est d'un intérêt nutritionnel faible, mais c'est bon, il faut le reconnaitre. En tout cas, beaucoup se sont moqués du comportement primitif de cette populace, en oubliant que demain, on mettrait l'iPhone X à 300 € au lieu de 1 000€, le sac CC à 1 500 € au lieu de 4 500 € et la Cayman à 18 000 € au lieu de 55 000 €, avec de la pub, de la com et un stock limité, y'a pas photo, on verra le même genre de scènes chez Apple, Chanel et Porsche.

La nature humaine est la même, que l'on soit riche ou pauvre, éduqué ou pas, Français, Libanais ou Américain. Il y a quelques années, un employé de Wal Mart a trouvé la mort un Black Friday, piétiné par cette foule d'acheteurs de Long Island (New York), qui se ruaient dans les rayons pour effectuer ses achats de Noël.

Des scènes hystériques d'adultes qui se glissent sous les rideaux métalliques et accourent dans les rayons, à l'ouverture des magasins, est devenu un marronnier des journaux télévisés le premier jour des soldes. N'importe qui peut régresser et adopté un comportement non civilisé, tout est une affaire de conditions et de conditionnement. « Dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. » Sublime de vérité! C'était l'aveu sincère de Patrick Lelay, patron de la chaine française, dans un livre paru il y a quelques années. Bienvenue dans la stupide société de consommation.


3. Donald Trump voulait le « Paysage enneigé », il n'a eu droit qu'à « America »


Il voulait ça et il n'a eu que cela. Et pour être précis, disons qu'il voulait un Van Gogh et il n'a eu qu'un WC. L'affaire a été révélée jeudi 25 janvier par le Washington Post, comme les Pentagone Papers d'ailleurs. Tout a commencé avec cette demande formulée par Donald Trump au Solomon R. Guggenheim Museum de New York au mois de septembre. Il souhaitait emprunter une oeuvre de ce peintre de génie de l'école impressionniste, Vincent Van Gogh, « Paysage enneigé » (peinte à Arles en France), pour l'installer temporairement dans les appartements privés de la Maison Blanche.


C'est dans les usages, sauf que Nancy Spector, la conservatrice du musée, est une farceuse à ses heures perdues. Ne pouvant pas, ou ne voulant pas!, répondre à la demande spéciale du président américain, étant donné que l'oeuvre du peintre néerlandais installé en France ne sort du musée qu'à de rares occasions (elle devait partir pour Bilbao), elle lui a proposé une autre œuvre, d'art contemporain, « America », créée par Maurizio Cattelan, des toilettes pour être précis. Certes, l'oeuvre est en or massif de 18 carats svp, mais elle a la forme de toilettes quand même. En plus, ces toilettes ont déjà servi pendant un an au 5e étage du musée, lors de l'expo consacrée à l'artiste italien en 2016.

Maurizio Cattelan dénonce par cette œuvre satirique dédiée à l'Amérique, l'illusion que peut offrir la richesse et l'abondance. « Peu importe ce que vous mangez, un déjeuner à 200 $ ou un hot-dog à 2 $, le résultat est le même, au niveau des toilettes. » Hehehe, c'est une autre version d'un trait d'humour de l'artiste-chanteur libanais Elie Massaad: que l'on soit riche ou pauvre, petit ou gros, beau ou laid, l'enterrement est à 15h pour tout le monde.

Dans sa réponse, la conservatrice explique au président américain avec un sarcasme délicieux : « Ces toilettes ont été installée dans l'une de nos toilettes publiques pour que tout le monde puisse l'utiliser dans un merveilleux acte de générosité... Nous serions ravis de faciliter les modalités de ce prêt auprès de l'artiste, si le Président et la Première dame montrent de l'intérêt pour l'installer à la Maison-Blanche. Elle est, évidemment, d'une grande valeur et fragile, mais nous pourrions fournir toutes les instructions nécessaires à son installation et son entretien. Je joins une image pour votre référence. »


Hehehe, sacrée personnage! Une autre face de l'Amérique. Bon, vous l'avez compris Nancy Spector, comme Bakhos Baalbaki, ne porte pas Donald Trump dans son estime. Le 9 novembre 2016, elle a fait savoir : « Cela doit être le premier jour de la révolution pour reprendre notre pays bien-aimé de la haine, du racisme et de l'intolérance. Ne pleurez pas, organisez-vous. » Done my dear.

Ces toilettes en or massif valent plus d'un million de dollars. Et la morale de l'histoire, ou pour conclure cette anecdote avec une bonne dose de sarcasme, on pourrait dire que Donald Trump a voulu de l'art impressionniste pour impressionner et il n'a eu droit qu'à de l'art contemporain personnalisé et adapté, tout en symbole. Qui sème l'irrespect ne récolte que le mépris. Rarement une œuvre d'art n'a été aussi prédestinée. « America (First) » pour un « Shithole President », voilà tout ce que Donald Trump méritait !

mardi 16 janvier 2018

Est-ce que le Liban doit interdire le film « The Post / Pentagon Papers » de Steven Spielberg dans le cadre du boycott d'Israël? (Art.504)


On y est presque et il est regrettable d'en arriver là: interdire la sortie d'un film! Et même deux d'affilée. Nous ne pourrons peut être pas voir ni « The Post / Pentagon Papers », le dernier film réalisé par Steven Spielberg (avec Tom Hanks et Meryl Streep), ni « Jungle » le film de Greg McLean. Pas dans les salles de cinéma. En DVD, à 1$ pièce, plus vite que vous ne le pensez, au Souk du Dimanche et dans tous les magasins de copies illégales aux quatre coins du pays, et même gratuitement en streaming sur Internet. Vive l'efficacité de la censure en 2018! Nooooon! Si. Tfehhh! Peut être bien. Mais, avant de cracher en abondance, économisons notre salive et allons pour une fois au-delà de l'évidence, la dénonciation de la censure.

Et si nous commencions par voir pourquoi ces films sont censurés au Liban ! A vrai dire, on ne sait pas trop pourquoi. Enfin, c'est la confusion, la transparence n'a jamais été la devise des Libanais, peuple, politiciens et administrations. On dit c'est parce qu'il contiendrait des images d'un des grands films de Spielberg, La liste de Schindler, lui même interdit au Liban. On dit aussi c'est parce que le réalisateur est de confession juive. Ce n'est ni l'une ni l'autre, a priori. The Post serait censuré au Liban parce que le réalisateur américain a fait un don d'un million de dollars à Israël au cours de la guerre de Juillet 2006. L'accusation est grave. Alors, qu'est-ce qu'il faut en penser? Je vois deux angles de vue.

1. Nous devons séparer l'art de la politique
. Personne ne va voir un film motivé par les opinions politiques de son réalisateur ou de ses acteurs-trices, ou leurs engagements politiques, mais pour la qualité de l'oeuvre cinématographique elle-même. Elémentaire mon cher. D'autant plus, que Pentagon Papers (The Post) raconte l'histoire de la révélation par le Washington Post en 1971, de documents secrets émanant du Pentagone, sur les mensonges des Etats-Unis au cours de la guerre du Vietnam. Histoire passionnante pour les uns et une nouvelle occasion pour casser du sucre sur le dos des Américains pour les autres ! En plus, le don de Spielberg n'était pas destiné à l'effort de guerre de Tsahal. De cet angle de vue, la censure de The Post n'est donc absolument pas justifiée.

2. On ne peut pas séparer l'art de la politique. En donnant un million de dollars à Israël, alors que le Moyen-Orient était à feu et à sang, Spielberg avait choisi un camp. Comme son pays d'ailleurs. Qu'importe que cette guerre ait été déclenchée par la milice chiite du Hezbollah et que l'argent du réalisateur américaine soit allé pour venir en aide aux civils israéliens, rien ne prouve, l'Etat hébreux était pleinement responsable du déchainement militaire de son armée sur notre pays, pendant 33 jours, une hystérie responsable de plus de mille morts, des milliers de blessés, des centaines de milliers de déplacés et une bonne dizaine de milliards de dollars de dégâts et de pertes économiques. Spielberg ne pouvait pas ignorer que la réaction militaire israélienne sur le Liban, sa population et ses infrastructures, était disproportionnée et dévastatrice. Il aurait dû le dénoncer. Ce don pose donc problème. Peut-on aller voir le film de quelqu'un qui a contribué indirectement à soutenir ceux qui détruisaient massivement notre pays? De cet angle de vue, la réponse est non. Le bannissement de Pentagon Papers peut donc être justifié.

L'autre film banni au Liban, après une sortie en salles qui n'a duré que quelques jours, est Jungle du réalisateur australien Greg McLean. Il a été censuré parce que le film raconte l'histoire vraie de Yossi Ghinsberg! Et alors, WTF? Oui mais Yossi Ghinsberg est un aventurier israélien qui s'est perdu dans une zone inexplorée de la forêt amazonienne pendant trois semaines en 1981, à l'âge de 21 ans. Ayant frôlé la mort, il s'est engagé par la suite dans des actions sociales et humanitaires aux quatre coins du monde. Depuis, il fait beaucoup de conférences dans les deux hémisphères. Il est entrepreneur polyvalent. Il s'est basé un moment en Australie où il a créé une fondation qui vient en aide aux toxicomanes. En pleine Intifada en 2001, il a organisé un festival de musique en Israël, dans le but de favoriser la réconciliation israélo-palestinienne. Une de ses boites de design et de fabrication de meubles à partir de matériaux recyclés est basée à Ramallah. Mais alors bordel, pourquoi avoir retiré Jungle du circuit cinématographique libanais ? Une des productrices est israélienne. Peut-être aussi parce qu'il donne une bonne image de l'Etat d'Israël, allez savoir!

Interdire un film n'est pas vraiment le problème. Tous les pays du monde, y compris la France et les Etats-Unis, l'ont fait, le font et le feront, sous une forme ou une autre. Le Liban ne fait donc pas exception sur ce point, n'en déplaise à la propagande israélienne. « Des antisémites du Liban interdisent le film de Spielberg », c'est le titre d'un article paru sur Israël Valley, le site officiel de la « Chambre de commerce France-Israël ». Foutaises! D'une part, parce que les Libanais sont eux-mêmes des sémites, coucou ! Le terme et ses dérivés continuent à être abusivement attribués aux seuls personnes de confession juive. D'autre part, les auteurs confondent antisémitisme, antisionisme et anti-politique israélienne! Pas la peine de rentrer dans les détails de l'article, le texte est tiré du quotidien libanais, L'Orient-Le Jour, sans le citer. Pas beau ni pro les gars! Par contre, le site se donne la peine de préciser en bas de la page : « Titrage Israel Valley ». Merci pour la précision et l'imprécision.

Des centaines de films ont déjà été interdits dans le passé dans les pays les plus démocratiques, définitivement ou pendant un laps de temps, totalement ou partiellement, par décision des autorités politiques ou des professionnels du cinéma, à toute la population ou à une partie d'entre elle, les mineurs. Certains ont été revus, corrigés et rediffusés. La censure, on peut la voir aussi en France, en Grande Bretagne, en Italie, aux Etats-Unis et ailleurs, faut pas croire. Certes, c'était surtout à des époques lointaines. Mais pas uniquement. On la pratique parfois pour des motifs risibles. Tenez par exemple, justement en Israël, la Schtroumpfette a été effacée des affiches du film de dessins animés « Les Schtroumpfs et le village perdu ». L'image du personnage imaginaire pouvait irriter la sensibilité des personnes de confession juive à la pratique ultra-orthodoxe. Chez nous, c'est le nom de Steven Spielberg qui irrite la sensibilité des personnes de gauche à la pratique ultra-orthodoxe : il a été effacé des affiches du film « Le secret de la Licorne », diffusé au Liban, bien que sorti après 2006. Allez comprendre, mais bon, nous ne sommes pas à un paradoxe près !

Côté sérieux, la France n'est pas sans reproche, question censure officielle ou officieuse. Le millésime 2016 était un grand cru. A cause de son thème sur la jeunesse issue de l'immigration, le climat d'insécurité locale et le contexte lié à l'actualité internationale, on a décidé qu'il valait tout simplement mieux que le film Black d'Adil el-Arbi et Billal Fallah, ne sorte pas en salles, il y aurait un risque d'émeutes dans les banlieues. Pourtant Black est une version moderne et adaptée de Roméo et Juliette et West Side Story. Autre film qui n'a jamais vu le noir des salles de cinéma, Made in France de Nicolas Boukhrief. Ce film prémonitoire, tourné en 2014, raconte l'histoire d'un journaliste qui infiltre une cellule jihadiste d'al-Qaeda de la banlieue parisienne, qui commettra plusieurs attentats terroristes à Paris. Programmé pour le 18 novembre 2015, cinq jours après le 13-Novembre, la sortie sera reportée, puis annulée. Dans un autre registre, le visa d'exploitation de La Vie d'Adèle: Chapitres 1 & 2 fut également annulé dans un premier temps, à cause des scènes de sexes jugées trop réalistes. Mais finalement, il sera simplement interdit aux moins de 12 ans en France, et même au moins de 17 ans aux Etats-Unis. 5 ans de différence, la censure peut aussi prendre cette forme.

Nulle part sur cette planète, la liberté d'expression artistique, ou celle des opinions, n'est absolue. Tout est donc de savoir où placer la ligne rouge pour pouvoir décider quoi interdire et comment justifier l'interdiction. Dans les pays démocratiques, la censure d'Etat demeure quand même un acte exceptionnel de nos jours. Au Liban, et dans d'autres parties du monde, c'est loin d'être le cas. Chez nous, la censure liée à Israël est un sujet récurrent. Elle s'inscrit dans le cadre général du boycott de l'Etat hébreux par la Ligue arabe et l'état de guerre entre les deux pays. Mais, c'est un peu plus compliqué que ça, comme on le voit dans le cas Spielberg. Ainsi, la question que nous devons nous poser est celle de savoir s'il faut interdire les artistes internationaux qui soutiennent Israël, pays avec lequel le Liban est en guerre, qui d'une part, est responsable de la mort de dizaines de milliers de nos compatriotes (depuis 1948) et de milliards de dollars de dégâts, et qui d'autre part, viole la souveraineté libanaise régulièrement et impunément ? En somme, faut-il faire payer aux cinéphiles libanais, le soutien d'un artiste international à l'Etat hébreux ?

Pour beaucoup de Libanais la réponse est évidente: oui, pour les uns et non, pour les autres. Personnellement, je ne la trouve pas évidente de prime abord. Je suis partisan du boycott d'Israël pour diverses raisons, dont une partie réside dans la question précédente, pour l'arrogance générale et l'agressivité de ce pays, pour leur opposition au retour des Palestiniens réfugiés au Liban et leurs descendances sur leurs terres et la terre de leurs ancêtres, pour la politique de colonisation abjecte des Territoires palestiniens occupés, pour leur violation d'une douzaine de résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et pour leur tentative de s'accaparer la paternité du hoummos libanais. A défaut de nous unir pour préserver les Cèdres du Liban, unissons-nous au moins pour défendre l'un des fleurons de notre gastronomie !

Cela étant dit, une dernière réflexion pour la route, avant de conclure et de nous quitter. Prenons le cas d'un film réalisé par un metteur en scène arabe, qui aurait envoyé un don d'un million de dollars à Damas, en pleine guerre civile syrienne. Alors, que diraient les Libanais qui crient halte au boycott, dans un tel cas de figure? Hein? J'entends pas! Prenons le cas d'un autre film réalisé par un metteur en scène iranien, qui aurait transféré un million de dollars sur un compte d'une organisation de la Banlieue Sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, durant la même période, la guerre de juillet 2006. Alors, que feraient les Israéliens et les Américains dans un tel cas de figure? Ils autoriseraient la sortie du film en Israël et aux Etats-Unis, comme si de rien n'était? Incontestablement, non. Raison de plus pour que le Liban fasse mieux.

Toutes ces raisons réunies posent donc un problème de conscience à tous les Libanais et les poussent à réfléchir sur le sujet. Est-ce que ce type de boycott changera quoique ce soit? Non. Est-ce que c'est symbolique? Oui. Est-ce que c'est nécessaire? Pas vraiment, à cause des réponses précédentes et pour une raison supplémentaire: on ne boycotte pas un génie du cinéma international comme Steven Spielberg, point à la ligne. Minute! avant de revenir à la ligne, sachant d'une part, qu'il est l'auteur d'oeuvres monumentales comme La Liste de Schindler (Schindler's List, 1993), Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan, 1998), Arrête-moi si tu peux (Catch Me If You Can, 2002), Munich (2005), Le Pont des Espions (Bridge of Spies, 2015) et j'en passe et des meilleurs, et d'autre part, que son nouveau film Pentagon Papers (The Post) est nominé pour six Golden Globes dans les catégories suivantes : Meilleur Film, Meilleur scénario, Meilleur Acteur, Meilleur Actrice et Meilleur Musique. Il est accueilli avec tous les honneurs on dirait ! On peut faire du lobbying pour le dissuader de soutenir Israël ou même de le convaincre de boycotter l'Etat hébreux, mais pas de bannir ses propres œuvres artistiques qui n'ont rien à voir avec Israël. 

Par conséquent, le ministre libanais de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, ferait mieux de rejeter les recommandations du comité libanais de la censure, de rester sourd aux vociférations des militants qui vont dans ce sens et de laisser les Libanais eux-mêmes décider à titre individuel de voir The Post et Jungle ou de les boycotter.

Post-Scriptum (mercredi soir)

Après 48 heures de suspens, le ministre de l'Intérieur a décidé en début de soirée de ne pas laisser madame Anastasie se servir de ses ciseaux. The Post -Pentagon Papers sort au Liban comme prévu le jeudi 18 janvier. Mission accomplie. Quant à Jungle, personne n'en parle plus. Et pourtant, son retrait du circuit cinématographique libanais est effectif et ne fait pas vraiment honneur au Liban. Nouhad Machnouk n'a fait son devoir qu'à moitié, alors que "le contenu" du film colombiano-australien lui-aussi "n'a absolument rien à voir avec le Liban ou le conflit avec l'ennemi israélien".