mardi 21 juin 2016

Quel est le point commun entre Jésus-Christ, Basiliscus Vittatus et Christo ? Les trois marchent sur l’eau, mais pas pour la même raison ! (Art.367)


The Floating Piers, Christo (2016)
Quais flottants sur le lac d’Iseo, Italie
Photo AFP
Si voler est un rêve répandu dans l’histoire de l’humanité, à l’origine de l’aviation et du parapente, marcher sur l’eau l’est tout autant. Cela a permis le développement de la navigation maritime et fluviale, ainsi que la construction des ponts. Et pourtant, ce dernier rêve n’a pu être concrétisé que par trois protagonistes sur Terre. Force est de constater que les trois sont liés d’une façon ou d’une autre à Jésus-Christ. Comme par hasard ! 

Le Christ sauvant l'apôtre Pierre de la noyade
Lorenzo Veneziano (1370)
Musées nationaux de Berlin

Le premier, c’est évident le cas le plus célèbre. Jésus en personne, en chair et en os, a marché sur l’eau. Pierre aussi. Mais bon, « l’homme de peu de foi » à ses débuts, a failli « s’enfoncer » rapidement dans l’eau. Il fut sauvé in extremis par Jésus. L’épisode de la marche sur l’eau est relaté dans trois des quatre Evangiles. Comme pour tout ce qui relève des miracles, l’humanité est partagée sur ce qui s’est passé cette nuit-là sur le lac de Galilée où la "mer" était agitée. Il y a ceux qui croient vraiment que Jésus a marché sur l’eau, pour rejoindre ses apôtres sur la barque, afin de leur montrer la force de la foi qui permet de dominer la nature, et ceux qui n’y croient pas. Toujours est-il que selon Rudolf Bultmann, l’un des grands théologiens du XXe siècle, de nationalité allemande et de tradition luthérienne, cet épisode évangélique est théologouménique, c'est-à-dire qu’il s’agit d’une affirmation théologique présentée dans les récits bibliques comme un fait historique accompli par le fils de Dieu, comme le pensent les Chrétiens. Une parole d’évangile, comme on dit, à prendre ou à laisser, comme toute foi religieuse, juive, chrétienne ou musulmane.

Documentaire de National Geographic
L’autre célèbre protagoniste sur Terre qui marche sur l’eau depuis la nuit des temps, c’est Basiliscus Vittatus. Son cousin, Basiliscus Plumifrons, en est capable aussi. Non, ils n’ont rien à voir avec l’empire romain. Quand ils sont poursuivis par des prédateurs, ces lézards trouillards ont l’incroyable capacité de courir sur l’eau avec leurs deux pattes arrière à une vitesse de 10 km/h. Ils sont surnommés comme par hasard, les Lézard Jésus-Christ et Basilics Jésus. Ce sont des omnivores comme nous. La science nous dit que si un pauvre mortel se met en tête de vouloir marcher sur l’eau, il faudrait qu’il soit 15 fois plus puissant que la moyenne humaine et qu’il court à une vitesse de 110 km/h. Ah, ce n’est donc pas demain la veille que les migrants traverseront la Méditerranée et la Manche à pied. Ouf, l’Union européenne a donc une bonne marge de manœuvre encore et le Royaume-Uni n’a vraiment pas besoin de courir le Brexit après-demain, pour se prémunir d'un effroyable transit.

The Floating Piers (Les quais flottants) sur le lac d’Iseo, Italie
Photo Wolfgang Volz - Copyright Christo (2016).

Si on n’a ni force divine ni force physique pour marcher sur l’eau, il reste la force créative. L’idée de départ est simple. Si on met des pontons flottants sur l’eau, à l’instar de ce que l’on trouve parfois sur les débarcadères, on pourra réaliser ce vieux rêve. En pratique, il suffit de choisir un cadre splendide et de trouver les fonds. Ça sera le nord de l’Italie. Avec 15 millions d’euros, obtenus grâce à la vente de dessins et de maquettes préparatoires, des passerelles ont été construites sur le lac d’Iseo, afin de permettre de rejoindre l’île de Monte Isola (13 km²) et l’îlot de San Paolo, à pied svp, entre le 18 juin et le 3 juillet. Comme par hasard, c’est l’artiste américain d’origine bulgare, Christo, qui est à l’origine de ce projet imaginé dans les années 1970. Vous voyez qu’il faut être lié à Jésus-Christ pour marcher sur l’eau !

Pour ce faire, il a fallu recourir à 200 000 cubes de polyéthylène pour construire « The Floating Piers » (Les quais flottants), et à autant de vis géantes pour maintenir l’infrastructure flottante sur place. L’ensemble a été recouvert par un tissu jaune-orange cliquant, aux tons changeant selon l’heure de la journée et l’humidité. Il parait que le jour de l’inauguration, des gens ont dormi sur place afin d’être les premiers à poster leurs exploits nombrilistes sur Facebook et Instagram. On fait la queue, même sous un soleil de plomb, pour y accéder. Des dizaines de malaises ont été enregistrés par les secours. Dans la journée, les trois kilomètres de long et les 16 mètres de large sont noirs de monde. Des opposants à la famille Beretta, propriétaire de l'îlot de San Paolo (que l'on voit sur la photo principale de l'article) et célèbre fabricant d’armes italien depuis l'an de grâce 1526, ont saboté la ligne ferroviaire qui permet d’accéder au lac d’Iseo par le train. Une fois n’est pas coutume, pour l’Italie, la liaison a été rétablie en moins d’une heure. On compte jusqu’à 25 000 visiteurs par jour de semaine, 40 000 le weekend, 55 000 le premier jour. Malgré ce déferlement, il n’y a ni rambarde ni gilet de sauvetage, mais du personnel de sécurité sur le qui-vive et des maitres-nageurs aux aguets. L’entrée est gratuite et les voies sont ouvertes 24h/24. On raconte que certains amateurs se sont même déchaussés pour sentir les émotions fortes à travers les pieds. Jamais les visions de Renaud ne se sont révélées aussi prémonitoires que celles de sa chanson Hexagone. « En Espagne, en Grèce ou en France, ils vont polluer toutes les plages, et par leur unique présence, abîmer tous les paysages ». Il parlait des Français en 1975. Que dire aujourd’hui des hordes de touristes de toutes nationalités qui débarquent de ces paquebots d’horreur à Venise et ailleurs. Oui au tourisme individuel, discret et respectueux de l'environnement. Non au tourisme de masse et à l'envahissement.

« C'est un projet très physique, ce n'est pas une peinture ou une sculpture. Vous devez marcher dessus pour comprendre, ressentir les sensations avec la pluie, le soleil et le vent. » Christo est passé maitre dans l’art monumental et éphémère, via l’empaquetage de monuments, de bâtiments, de lieux, de parcs et de paysages. Il a toujours travaillé avec sa femme, Jeanne-Claude. Le couple a 22 œuvres à son actif. Voici les principaux.

- Rideau de fer (Iron Curtain). Mur de barils de pétrole érigé avec 240 barils couchés dans l’étroite rue Visconti à Paris en 1962. Le projet est réalisé illégalement dans la nuit, malgré l’interdiction de la Mairie de Paris. L’exposition n’a duré que 8 heures et lui a couté une garde à vue. Affaire classée sans suite svp.

Valley Curtain , Christo (Colorado 1972)
- Rideau de la Vallée (Valley Curtain). Réalisé avec 13 000 m² de nylon orange tendus entre deux massifs dans le Colorado en 1972. 800 tonnes de béton ont été coulées dans cette belle vallée, pour maintenir les câbles en acier. Mais l’artiste n’a pas pensé au vent, le décrochage est intervenu en moins de 24 heures. 

- Barrière qui court (Running Fence). 40 km de ruban de toile de nylon blanche de 5,5 m de haut, tendue dans la région de Californie en 1976. Expo de 14 jours. 

- Iles entourées (Surrounded Islands). Le projet a consisté à border 11 îlots artificiels avec 600 000 m² de polypropylène cousus. C'était dans la région de Miami en 1983. Expo de 2 semaines.

- Emballage du Pont Neuf. 41 000 m² de toile polyamide dorée, 13 000 m de corde et 12 000 kilos d’acier, pour emballer le plus vieux pont à Paris en 1985. 

- Pont de parasols (Parasol Bridge). Plus de 3 000 parasols de près de 9 m de diamètre, bleus et jaunes, plantés dans la nature au Japon et aux Etats-Unis en 1991. Expo de 18 jours.

- Emballage du Reichstag. 100 000 m² de polypropylène, recouvert d’une couche d’aluminium, et 15 000 m de corde, pour emballer le Parlement allemand à Berlin en 1995. Expo de 15 jours.

- Portes (The Gates). 7 500 portiques de tissu vinyle orange de 5 m de haut, érigés au Central Park à New York, 2005. Expo de 16 jours.

L'art ne se discute pas. Pourquoi pas, si ça peut amuser certains et impressionner d’autres. On a même la liberté de s’en foutre royalement, si les caprices de l’artiste depuis plus de 50 ans, aujourd’hui âgé de 81 ans, ne produisent pas autant de déchets à chaque fois ! On nous rassure que tout est recyclable. Comme si le recyclage se fait avec une baguette magique, sans énergie et sans pollution ! Pire encore, comme si l’excuse du recyclage donne le droit à certains gâteux de gaspiller les ressources de la Terre et des générations futures, pour étonner des mortels à l’émerveillement bien émoussé ! Non mais, ça servait à quoi de pomper l’air des consommateurs responsables pendant des semaines avec la COP21, la Conférence de Paris sur le climat, et l’absolue impérative nécessité de parvenir à un accord international qui soit accepté par tous les pays de cette perle de l'Univers, fixant la limite du réchauffement mondial de la Terre à 2 °C d’ici 2100, pour que six mois plus tard, de l’autre côté des Alpes, on autorise cette lubie insensée, grotesque et stupide ? L’excuse écologique du recyclage aidera les imbéciles-heureux à se déculpabiliser. Voilà un magnifique exemple d’égocentrisme humain qui se fout des enjeux environnementaux de la planète Bleue. Mais bon, comme création artistique contemporaine, on en a connu bien pire et plus nase. Mais beaucoup moins polluante ! Et ça change tout.

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Sur Christo et Jeanne-Claude 

In the Library: Process and Participation in the Work of Christo and Jeanne-Claude / National Gallery of Art
Exhibition, February 6 – April 14, 2017
« A selection of early documentary photographs for Christo, spanning the early 1960s in Paris to the beginning of the artists’ wrapping of public buildings in the United States. It then focuses on two large-scale projects, Wrapped Coast and Valley Curtain, depicting myriad details of preparation, construction, and final installation of the works, and the many people who worked on them and were fundamental to their successful completion. »

Christo and Jeanne-Claude / Artsy
« Christo and Jeanne-Claude page provides visitors with Claude's bio, over 21 of their works, exclusive articles, and up-to-date Claude exhibition listings. The page also includes related artists and categories, allowing viewers to discover art beyond our Claude page (…) Artsy features the world’s leading galleries, museum collections, foundations, artist estates, art fairs, and benefit auctions, all in one place. Our growing database of 500,000 images of art, architecture, and design by 50,000 artists spans historical, modern, and contemporary works, and includes the largest online database of contemporary art. Artsy is used by art lovers, museum-goers, patrons, collectors, students, and educators to discover, learn about, and collect art. »

mercredi 15 juin 2016

Bien sûr qu’Amin Maalouf a été naïf d’accorder une interview à la chaine israélienne i24news (Art.366)


Même les polémiques, on les fait qu’à moitié au Liban ! Alors que quatre choses frappent dans celle déclenchée autour de l’interview accordée par Amin Maalouf, romancier et académicien franco-libanais, à la chaine israélienne i24news, le 2 juin, on ne s’est occupés que de deux aspects du problème en ignorant deux autres.

1. Une partie de ceux qui étaient « contre » ont un flagrant penchant totalitaire

Rien de nouveau dans nos contrées d’Orient, mais tout de même. Ces médias de l’axe BeyrouthSud-Damas-Téhéran ont beau être moribonds sur le plan financier, cela ne les empêche pas de retrouver toujours de la vitalité pour empoissonner l’atmosphère général au Liban. C’est le cas du quotidien Al-Akhbar qui se demande si Amin Maalouf ne serait pas en fin de compte « Léon l’Israélien ». Le quotidien libanais se demande aussi, le plus sérieusement au monde, comment l’écrivain n’a pas trouvé de la gêne pour prêter une « allégeance symbolique à Israël » et se laisser interroger comme « un élève diligent, poli et obéissant » par une « présentatrice hystérique » ! Wlé el3ama wlo, de grâce ya chabeb, choisissez une colle à sniffer de bonne qualité. Du côté d’Al-Safir, on est moins véhément, mais on n’hésite pas à parler de « la trahison d’un intellectuel ». Dans Al-Modon, on évoque « l’orientaliste français ». Pour ce quotidien électronique arabe, « parler de sa libanité est une sorte de folklore destiné à la saison touristique et qui ne provoque que le rire ». Enno heik, khabit laze2, tout d’un coup, l’auteur de « Les Croisades vues par les Arabes », est devenu un étudiant franco-israélien qui a trahi son pays et égaré sa carte d’identité libanaise au fin fond du grenier de sa grand-mère ?

Rien d’étonnant la jabhet el soumoud wal tasaddé et pour un monde arabe habitué aux slogans creux. Parlons peu, parlons bien. Tout ce beau monde se place politiquement du côté de la tyrannie syrienne des Assad, père et fils, surnommés à juste titre, « les lapins du Golan », qui ont fait plus de morts au Liban et en Syrie, que toutes les guerres israélo-arabes depuis 1948. Il n'a jamais fait aussi bon de vivre sur le plateau du Golan que sous le règne des Assad. En tout cas, toute la surenchère autour de la Palestine et ce tintamarre sur cette affaire -qui ont culminé avec la réclamation de certains compatriotes et de ressortissants arabes des « excuses » et le « jugement » de l’académicien, « l'interdiction » de l'auteur de revenir au Liban et même sa « déchéance » de la nationalité libanaise pour servir d'exemple; à vrai dire, il ne manquait à cette vindicte populaire que la réclamation d'un « autodafé » des livres d'Amin Maalouf place des Martyrs!- doivent être mis sur le compte de l’expression désespérée d’une idéologie rendue caduque par l’impuissance chronique des pays arabes depuis la création d'Israël et par trois événements aigus qui sont survenus depuis. Primo, l’égarement des milices palestiniennes au Liban dès la signature de l'accord du Caire en 1969, avec la bénédiction des milices libanaises de gauche, car nostes croyaient que la route de Jérusalem passait par Jounieh (chef-lieu du réduit chrétien au cours de la guerre civile libanaise). Secundo, la poignée de mains historique de la Maison-Blanche en 1993, entre Yasser Arafat, Président du comité exécutif de l'Organisation de Libération de la Palestine et Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien. Tertio, l’écrasement dans le sang de la révolte du peuple syrien par Bachar el-Assad en 2011 et l’enlisement du Hezbollah dans la guerre civile syrienne et les faubourgs de Damas et d'Alep.

La dernière polémique stérile de ce genre -quoiqu'elle a été bien calculée par ses auteurs et très bénéfique pour eux sur le plan marketing- a eu lieu en septembre 2012, quand le groupe libanais Mashrou3 Leila avait refusé de jouer en première partie des Red Hot Chili Peppers, aux 90 millions d’albums vendus dans le monde et aux 1 364 791 872 vues sur YouTube, parce que les exubérants artistes de la Californie ont eu le malheur d’insérer entre leurs concerts d’Athènes et d’Istanbul, deux concerts, à Beyrouth et à Tel Aviv. Si on va avec cette logique jusqu'au bout, le Liban devrait vivre en isolement total et Mashrou3 Leila serait contraint de jouer qu'à Beyrouth et à Baalbek et non à San Francisco et à Los Angeles, justement, comme il le fait en ce moment.

2. Une partie de ceux qui étaient « pour » sont d’une grande naïveté et d'une certaine intolérance aussi

Tout simplement parce qu’ils ont du mal à comprendre qu’il existe des gens dans ce monde qui croient à la portée politique du boycott culturel, scientifique, universitaire, sportif et économique, et surtout, à son efficacité. Eh oui, c’est ce qui a contribué à mettre fin au régime d’apartheid en Afrique du Sud. 

En tout cas, partant du constat que les négociations entre Israéliens et Palestiniens sont dans une impasse et le resteront pour longtemps, que des militants de la société civile palestinienne et des altermondialistes ont lancé le 9 juillet 2005 une campagne de boycott d'Israël appelée « Boycott, Désinvestissement et Sanctions », connue sous le sigle BDS. Celle-ci est intervenue un an, jour pour jour, après la décision historique de la Cour internationale de justice qui a ordonné à Israël « de cesser immédiatement les travaux d'édification du mur (de séparation entre Israël et la Cisjordanie, érigé) dans le territoire palestinien occupé... (et) de démanteler immédiatement l'ouvrage situé dans ce territoire ». BDS s'est fixé trois objectifs : la fin de l'occupation et de la colonisation des terres arabes, l'égalité complète pour les citoyens arabo-palestiniens d’Israël et le respect du droit au retour des réfugiés palestiniens.

Il faut dire que de l’avis général, même de certaines personnalités israéliennes, la politique de répression et de colonisation d’Israël est intenable à long terme. Elle est même à haut risque, pas seulement pour les principaux concernés, les Palestiniens et les Israéliens, mais aussi pour toutes les populations du Moyen-Orient. Et comment ! Il y a trois semaines, le ministre israélien de la Défense, Moshé Yaalon, qui est loin d’être une colombe, c’est un ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, avait démissionné du gouvernement de Netanyahou car il a estimé que « des éléments extrémistes et dangereux ont pris le contrôle d’Israël ». Il a été remplacé par Avigdor Liberman, fondateur du mouvement Israël Beytenou (Israël notre maison), un immigré soviétique moldave d’extrême droite qui n’a retrouvé le chemin de la Terre promise qu’en 1978 !

Toujours est-il que le mouvement BDS existe, a sa raison d’être et des gens de par le monde militent activement pour le faire connaitre. En parallèle, d’autres le combattent. Depuis l’automne 2015, le pays de Charlie est l’une des rares démocraties dans le monde à sanctionner les campagnes de BDS visant à boycotter les produits israéliens commercialisés en France, pour cause de « provocation à la discrimination ». Au royaume de la liberté d’expression, ça fait tache ! Il n’empêche que malgré le lobbying sioniste pour redorer le blason d’Israël dans le monde à chaque violation du droit international, des résolutions de l’ONU et des droits de l’homme, commise par l’Etat hébreux, de grands noms soutiennent le principe du « Boycott, Désinvestissement et Sanctions ». Le plus célèbre d’entre eux est sans doute Roger Waters. Après la décision contestée de la justice française de sanctionner les actions BDS, le membre fondateur du groupe légendaire Pink Floyd a adressé une lettre au peuple français où il a rappelé que « BDS est jusqu’ici, la seule voie efficace vers une paix possible en Terre sainte, fondée sur le bien-être des Palestiniens et des Israéliens, partageant la liberté, la justice et l’égalité ». Le soutien le plus dérangeant pour Israël est incontestablement celui de Gideon Levy, journaliste et écrivain israélien. Alors que ce membre de la direction du quotidien Haaretz se définie comme un « patriote israélien », il ne cesse de dénoncer la politique de l’Etat hébreux dans une chronique hebdomadaire. Justement, dans celle du 1er mai 2016, il dit clairement que « le boycott est la seule voie pour mettre fin à l’occupation israélienne ». Dans une interview précédente, il affirme même qu’aujourd’hui « le seul instrument qui donne de l’espoir, c’est BDS. C’est une voie non-violente, légitime, qui s’est avérée très efficace contre l’apartheid en Afrique du Sud. Et il n’y a aucune raison de ne pas l'appliquer également envers Israël. Aussi longtemps qu’Israël continue de soutenir tous ces crimes, aussi longtemps que perdure l’occupation... BDS a un objectif très concret, c’est de mettre fin à l’occupation. C’est un objectif légitime, c’est un objectif moral. Je voudrais ne pas devoir dire cela, mais je ne vois rien d’autre qui puisse être plus efficace que cela. » Même son de cloche du côté de Rony Brauman, ancien président de Médecin Sans Frontières : « le BDS est une arme pacifique et efficace pour mobiliser les citoyens et influer sur le cours politique des choses ». Ce médecin français, né à Jérusalem, a même signé l’Appel juif pour le BDS, une pétition lancée en France au début du mois d’avril par Pierre Stambul, président de l’Union juive française pour la paix. Elle fut adressée au Premier ministre français, Manuel Valls. Les signataires affirment : « La guerre menée par l’État d’Israël contre le peuple palestinien n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire : c’est une guerre coloniale. Depuis des décennies, le peuple palestinien subit l’occupation, la colonisation... Le fait d’être juif/ve n’implique aucune obligation d’allégeance à Israël ni à sa politique criminelle... Je suis juif/ve et avant tout attaché-e aux droits, aux libertés et à la justice pour tous. A ce titre, j’appelle : à boycotter Israël parce que le crime prétend se faire en mon nom. Je refuse que le peuple palestinien paie pour des crimes (l’antisémitisme, le génocide nazi) commis par les sociétés européennes ; à boycotter Israël parce que les dirigeants occidentaux sont complices de la politique israélienne et que, sans sanctions, le rouleau compresseur colonial se poursuivra. »

Alors, avant de défendre le droit d’Amin Maalouf d’accorder une interview à une chaine israélienne, sans y apporter la moindre nuance, et de se déchainer pour étouffer toute critique qui peut lui être adressée, il faudrait : primo, se souvenir que nul détenteur de la nationalité libanaise n’est censé ignorer que le Liban est officiellement en état de guerre avec Israël ; secundo, réaliser l’ampleur de l’injustice qui frappe les Palestiniens de la Terre sainte et des pays d’accueil aux alentours (Liban, Syrie, Jordanie, etc.) ; et tertio, prendre conscience de l’espoir que constitue pour ces derniers, le principe du BDS, pour mettre fin à la colonisation des Territoires palestiniens occupés et garantir le droit de retour des réfugiés palestiniens du Liban (500 000 personnes) et des autres pays arabes sur leurs terres. La critique d’Amin Maalouf est non seulement recevable, mais elle est pleinement justifiée. La dérive totalitaire de la polémique, dans le camp de ceux qui sont « pour » comme dans le camp de ceux qui sont « contre », ne l’est absolument pas.

3. Personne ne s’est donné la peine d’enquêter sur i24news, une chaine d'information basée en Israël

Et pourtant, c’était la moindre des choses dans un tel contexte. I24news est une chaine d’information israélienne en continu, lancée à l’été 2013 et basée à Tel Aviv-Jaffa. La chaine diffuse ses programmes en anglais, en français et en arabe, dans le monde entier, via le câble, le satellite et internet. Pas en hébreux, pas en Israël. Pour des raisons réglementaires nous dit-on, sur un fond idéologique peut-être. De toute façon, son financier, le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi, né au Maroc, n’a jamais caché l’objectif de son projet : « montrer le vrai visage d’Israël au monde ». Mais pourquoi pas, sauf que pour désigner l’installation des Israéliens dans les Territoires palestiniens occupés de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est, sa chaine devrait parler de « colonies » plutôt que « d’implantations », à moins de considérer le droit international comme un essuie-mains et les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU comme un tapis-brosse. En tout cas, selon une info publiée par La Tribune, la cinquième fortune de France -16,5 milliards de dollars d’après le magazine Forbes (2015), 16,7 milliards d’euros d’après le magazine Challenges- l’homme le plus riche d’Israël et 57e fortune mondiale, agirait à titre personnel pour « des motivations sionistes sincères afin d'améliorer l'image d'Israël ». Voilà qui est clair. Lui aussi, il n’a trouvé le sentier de la Terre promise que récemment, vers 2009 svp. Enfin, il n’y réside que par intermittence. Le roi des holdings et des sous-holdings, à Guernesey et au Luxembourg, est un résident suisse since 1999 svp. Son nom figure dans les Panama Papers, bien évidemment. Mieux encore, en 2014, on apprend dans Challenges, qui tient l’info de son avocat, que Patrick Drahi a souhaité en 2013 renoncer à sa nationalité française et n’en garder que l’israélienne, mais qu’il n’a pas effectué les démarches administratives concomitantes dans les délais, ce qui fait qu’a priori, il est toujours Français. Oh, c’est pas très catholique ça ! Surtout que Patrick Drahi, pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler, est un homme discret qui est pourtant à la tête d’un empire en France, qui comprend des entreprises de réseaux câblés, de télécommunications et de médias, comme Numéricâble-SFR, L’Express, Libération, L’Expansion, BFM-TV, RMC, Stratégies, etc.

Et ce n’est pas tout. A sa prise de fonction comme PDG de la chaine, Frank Melloul, aux nombreuses connexions politiques en France, a affirmé que la mission d’i24news est de « couvrir l'actualité internationale avec un regard israélien ». Ça passe encore. Ce qui est plus grave, c’est ce qu’il a dit ensuite. « En 2010, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait affirmé à la tribune de la Knesset, qu’il espérait voir Israël disposer d’une chaîne comme France 24. Ce rêve va devenir réalité ». Je vous le dis, tout est politique au Moyen-Orient, surtout l’information. Pour le site d’info Orient XXI, dont la rédaction comprend des ex-rédacteurs en chef du Monde diplomatique, de L’Express et du Courrier international et dont le directeur n’est autre qu’Alain Gresh, « sur i24news, on défend Israël de manière sobre mais déterminée. Derrière le soft d’une chaîne à l’habillage soigné (...) il y a le hard : une ligne éditoriale tout à fait pro-israélienne ».

Toujours est-il que la chaine israélienne, qui avait une ambition de départ de supplanter Al-Jazeera, n’est pas en bonne santé financière. Il faut dire qu’elle peine à décoller avec une audience évaluée à 0,1% en France. Sur le plan interne, l’ambiance au sein de l’entreprise est exécrable. Pour le marketing, i24news se targue d’avoir des journalistes de « 35 nationalités... de coexistence », blablabla. En pratique, on y retrouve « humiliations, hurlements, flicage, licenciements minute et paranoïa ». On raconte qu'un jour, une journaliste s’est retrouvée menacer de passer au détecteur de mensonges parce que la direction l’accusait à tort « d’avoir entravé la diffusion d’une émission ». Bienvenue en Israël.

Evidemment qu’Amin Maalouf ne pouvait savoir tout ça. Il ne pouvait pas non plus faire une enquête approfondie sur la chaine israélienne. Lui tomber dessus avec une agressivité préméditée est malhonnête. Toutefois, à l’avenir, personne ne pourrait dire qu’il ne savait pas, surtout Amin Maalouf. Quand des députés arabes israéliens refusent de se rendre dans les studios de la chaîne i24news, les « Amin Maalouf » feraient mieux de réfléchir à deux reprises avant d’accorder une interview, même à distance, à un média aussi controversé. 

4. Personne ne s’est donné la peine de regarder l’émission entièrement

Il y a les pour et les contre, le débat est passionné, mais personne ne s’est donné la peine de visionner l'émission incriminée et d'en parler en détail ou ne serait-ce que de donner un lien pour que tout un chacun puisse l'évaluer. Bienvenue au Liban ! Des deux côtés, on répétait en boucle le contenu des dépêches des agences de presse. Alors qu’en est-il au juste ? Amin Maalouf est intervenu dans le cadre de l’émission « Culture » animée par Valérie Abécassis, autour du thème de « l’intelligence des lettres, des gens et des situations ». Il a été interrogé à distance, à l’occasion de la sortie de son livre « Un fauteuil sur la Seine » (Editions Grasset), il y a trois mois, qui parle des 18 académiciens qui l’ont précédé au fauteuil n°29 (Lévi-Strauss, Montherlant, Ernest Renan, Claude Bernard, etc.). Il sera aussi question de la mission principale de l’Académie française, de la rédaction du nouveau dictionnaire (9e édition en 4 siècles), du portrait de ses prédécesseurs et du rayonnement de la langue française dans le monde. Au cours de cette interview (5:20-15:15 et 20:43-30:10), la journaliste ne fera allusion à ses origines qu’à deux ou trois reprises (franco-libanais, né à Beyrouth) et l'écrivain n'abordera aucun sujet politique.

Par ailleurs, il faut savoir que l’émission avait commencé par un hommage à « Latifa Ibn Ziaten, une femme d’exception », comme on pouvait le lire en sous-titre, à l’occasion du lancement du projet documentaire sur elle : « Latifa, le cœur au combat ». Latifa c’est cette femme qui se définit comme une Française d’origine marocaine, de confession musulmane, qui a perdu son fils le 11 mars 2012 sous les balles du terroriste Mohammad Merah. Après cette tragédie, elle a décidé de parcourir la France, pour dénoncer ceux qui tuent au nom de l’islam et montrer son attachement aux valeurs de la République française. L’intervention de notre héros national a été précédée d’un reportage sur le Festival Vocal Music qui se déroule à Abu Gosh (près de Jérusalem) depuis 25 ans et qui selon son co-organisateur, frère Olivier, un moine bénédictin, rassemble « un public principalement juif, qui vient dans un village musulman, pour assister à un concert dans une église chrétienne ». L’interview d’Amin Maalouf sera suivie d’un reportage sur un clown américain, Jango Edwards, qui est venu jouer en Israël pour les enfants de Haifa, dans une ultime tentative de « changer un monde qui est devenu fou ». On retrouvera Amin Maalouf de nouveau pour une dizaine de minutes supplémentaires. Son deuxième passage sera suivi par l'incontournable pub pour le film « Peshmerga » de Bernard-Henri Lévy, qui à la surprise générale a été coincé dans la sélection du festival de Cannes et que je conseille de regarder avec des boules Quies bien enfoncées dans les oreilles, pour éviter la saturation de votre ouïe par la voix off et omniprésente, professorale et pompeuse, de BHL. L’émission se termine par l’extrait d’une chanson des trois sœurs A-Wa qui chantent « pour initier le monde aux sonorités du Yémen ».

Là, je crois que beaucoup de compatriotes seraient tentés de me dire, « mais enfin BB, avec un programme plein d’humanisme, de fraternisation et de bons sentiments, comment Amin Maalouf pouvait-il refuser d’accorder une interview à i24news pour le seul motif que la chaine est israélienne ? » A condition de zapper les points 2 et 3 du présent article, ce qui sera difficile pour ce dernier, je vous l'accorde, c’est défendable. Mais que voulez-vous, je vis au Moyen-Orient depuis 6 000 ans. Des civilisations ? J’en ai vu. Des religions ? J’en ai connu. Des guerres ? J’en ai vécu. Au cours de ma longue histoire, j’ai appris à me méfier des apparences. Dans cette contrée du monde, tout est politisé. La terre, l’eau et le gaz. Mais aussi, le falafel, le hommos et le baklawa. Ainsi que le patronyme, l’amour et la culture. Eh oui, bienvenue au Moyen-Orient !

Le gaz ? Les Israéliens se dépêchent de l’extraire énergiquement au large des côtes orientales de la Méditerranée, pendant que les Libanais s’affairent à construire des usines à gaz ! Le hommos ? Les Israéliens font tout pour s’accaparer la paternité du célèbre plat du Liban et de la Palestine ! La culture ? Limitons-nous à l’émission d’i24news. Tout ce qui est passé dans l’émission de Valérie Abécassis était politisé. Eh oui, croyez-moi, il n’y avait rien de subliminale.

Prenons le festival de musique. Certes, l’idée de rapprocher les gens est fantastique et le frère Olivier est un moine exceptionnel. Sauf qu’on n’a pas cessé dans le reportage de parler de « village arabe » et de « village musulman », alors qu’aucun arabe, musulman ou même chrétien, n’a été interviewé par i24news, le frère Olivier vient de l’abbaye Notre-Dame du Bec-Hellouin en Normandie (France), et la grande partie du reportage est consacré à l’un des invités israéliens, Avichaï Cohen, promu « pour mettre du jazz israélien dans les églises d’un village arabe » car « Jésus aime le jazz israélien », sachant que d’autres groupes internationaux joueront de la musique baroque et romantique, de l’opéra et du Léonard Cohen. Ça va un peu plus loin et plus franco avec le clown américain. L’artiste grand enfant est comme par hasard opposé au boycott d’Israël, hehehe. Ça sera bien souligné dans le reportage à deux reprises. Le comble c’est à la fin de l’émission avec ces trois femmes charmantes qui chantent en arabe. « Culture » les présente d’une manière très particulière. « On va descendre très très très très au sud de cette région compliquée. On va aller au Yémen avec les trois sœurs A-WA. » Dans l’intro on nous a déjà parlé des « trois sœurs qui ont su transmettre leur héritage yéménite ». Valérie Abécassis nous explique « qu’elles ont sorti de l’oubli les mélopées de leurs ancêtres. Elles publient leur premier album Habib Galbi ». La journaliste nous annonce même fièrement « qu’elles étaient venues jouer dans les studios de Culture à leur début » et conclut : « On est très heureux de savoir que ça cartonne pour elles en France ». Une dernière info, tout au long des présentations successives dans l'émission, le nom du groupe "A-WA" était prononcé "aïwa", qui signifie "oui" dans les dialectes arabes du Proche-Orient. Alors, question pour les lecteurs-champions : quelle identité donneriez-vous aux trois sœurs A-WA ? Des femmes arabes musulmanes du Yémen ! Faux sur toute la ligne. Enfin, je n’ai contrôlé ni leur filiation ni leur sexe. Par contre, je peux vous assurer que ce sont trois israéliennes de la famille Haim et de confession juive. A aucun moment dans l’émission, il ne sera précisé qu’elles le sont, israéliennes bien entendu. Elles se nomment : Tair, Liron et Tagel. Qu’est-ce que cela change sur le plan musical ? Rien. Le mariage du dialecte yéménite et de la musique électronique est superbe. Personnellement, je préfère « Lau Ma Al Mahaba » (Ah, sans l’amour) à « Habib Galbi » (L’amour de mon cœur). Mais là n’est pas le problème. La présentation des trois sœurs faite par i24news ne doit absolument rien à l'oubli, au hasard et à la culture pure. Hélas, elle a aussi un but éminemment politique. Tout a été fait pour laisser croire aux téléspectateurs francophones que ce sont des artistes arabes musulmanes qui n’ont aucun souci de se présenter en Israël et sur une chaine israélienne, alors qu’elles sont des israéliennes nées en Israël, de confession juive. Elles n’ont jamais connu le Yémen. D’après le site français Cool Israël, « l’un des vecteurs de propagande de l’ambassade israélienne à Paris » tel qu’il est décrit par Orient XXI, il n’y a aucune ambigüité, A-WA est « le groupe israélien qui va vous faire chanter en arabe ». Superbe projet musical, à condition de ne pas tromper les amateurs avec des présentations politisées.

Evidemment qu’Amin Maalouf ne pouvait pas connaitre tout cela à l’avance. Vous non plus. Maintenant il le sait. Vous aussi. Bon gré, mal gré, voici les faits. Chacun en disposera à sa guise. C’est ce qu’on appelle le libre arbitre. Le fondement même de toute démocratie.

jeudi 9 juin 2016

Le rapport avec la France est tout aussi difficile quand on se nomme Jean Reno que lorsqu’on s’appelle Karim Benzema ou Gérard Depardieu (Art.365)


Léon, un film de Luc Besson (1994)
Puisque j’aime beaucoup Jean Reno et tous ses personnages, pourquoi faut-il que Godefroy de Montmirail, le seigneur de Jacquouille la Fripouille, ait des déclarations lors de sa traversée du couloir des temps modernes, qui laissent quelque peu à désirer ?

Pour l’acteur français, « Ceux qui mettent en avant les lois par rapport à la religion peuvent s’intégrer. Mais ceux qui décident de rester dans une culture basée sur la religion auront des problèmes dans les écoles et les autres institutions de la République ». Précision utile, il ne parle pas des Mormons qui font horreur à Cantona ! Il y a peut-être un fond de vérité dans ce qu’il dit, mais en visant sans les nommer les personnes de confession musulmane et en généralisant, Jean Reno s’est exprimé avec un peu de naïveté, mais pas par islamophobie. En tout cas, ces propos publiés par El Mundo ont fait polémique de l’autre côté des Pyrénées. Et pourtant, ce n’était pas ce qu’il avait dit de plus choquant.

« Si vous regardez les gens qui arrivent en Europe, vous réalisez que ceux qui se sont intégrés sont les non-musulmans ». Minute ! Là, ce n’est plus de la naïveté, c’est de l’ignorance qui conduit un grand acteur comme Jean Reno aux confins de l’islamophobie, qui comme toute phobie, passe par la déformation de la réalité, la généralisation, la stigmatisation et la démagogie. Et là encore, ce n’est pas ce qu’il a dit de plus choquant au quotidien espagnol, au moins pour moi.

« Je ne suis pas totalement Français... Je ne dispose pas du type de personnalité qui peut être apprécié en France. Je ne m'appelle pas Gérard Depardieu... Les Français m'ont donné des médailles, ils me respectent et moi aussi je respecte la France, mais mes racines sont espagnoles, andalouses ». Et ça passe comme une lettre à la poste, à juste titre. Pas de vagues hexagonales, à juste raison. La fachosphère reste démobilisée, pourvu que ça dure. Mais à vrai dire, ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? Karim Benzema ! Justement, on en a parlé il y a quelques jours. « L’Algérie c’est le pays de mes parents, c’est dans le cœur. Mais bon après, sportivement, c’est vrai que je jouerai en équipe de France. Je serai là toujours présent pour l’équipe de France (...) c’est plus pour le côté sportif, parce que l’Algérie c’est mon pays, voilà, mes parents ils viennent de là-bas. Après, la France, c’est plus sportif. » Allez, faisons un pari, dans 48 heures top chrono, personne n’ira rappeler à l’acteur d’origine espagnole sa métaphore agricole prononcée à l’âge de 67 ans. Par contre Karim Benzema, 10 ans après, n’arrive toujours pas à se débarrasser de ce tatouage fait à l’âge de 19 ans. Peut-être parce qu'il n'y tient pas. En tout cas, être Français et fier de ses origines espagnoles ou italiennes, pas de souci. L’être de ses origines algériennes ou libanaises, peut soulever des soupçons. Et si on est musulman, ça pourrait compliquer la donne.

Et ce n’est pas tout. Reno qui avait l'habitude de « se considérer perpétuellement comme un immigré » vit à New York car « là-bas, tout le monde est immigré. De ce fait, j’ai moins l’impression d’être un immigré aux Etats-Unis qu’en France ». Pauvre chou, nous sommes pareils ! Ce n’est évidemment pas ce sentiment qui dérange, tout étranger l'éprouve et je le partage pleinement, mais c'est plutôt le traitement discriminatoire de ce genre de déclaration, selon des considérations liées aux origines et à la religion, qui agace.

La polémique a forcé Jean Reno à publier un communiqué le lendemain, mardi, où il a accusé le journal espagnol d’avoir déformé ses propos car en réalité, il a voulu tout simplement dire que « l'intégration pouvait être plus difficile lorsque la religion était placée au-dessus des lois de la République ». Il a assuré qu’il ne voulait pas exprimer d’aucune manière « l'incompatibilité de la religion (musulmane) avec les lois de la République ». Nous le croyons volontiers, mais nous ne pouvons pas nous empêcher de nous poser une question logique : pourquoi lui, Jean Reno, n’a-t-il pas pu « s’intégrer » comme il faut et « se sentir totalement Français », alors qu’il est « non-musulman », que cela fait plus de 46 ans qu’il est « arrivé en Europe » (ses parents avaient fui la dictature de Franco et s’étaient installés au Maroc), qu’il « met en avant les lois par rapport à la religion » et n’est pas « resté dans une culture basée sur la religion » ? Eh oui, la cohérence est un gage de crédibilité. Enfin, et si en fin de compte, le rapport avec la France est tout aussi difficile quand on se nomme « Juan Moreno y Herrera-Jiménez » que lorsqu’on s’appelle « Karim Benzema » ? Et même « Gérard Depardieu » ! La preuve, l’acteur français est citoyen russe depuis 2013. J'ai bien dit "aussi" et non "autant", nuance. La difficulté n'étant pas par ailleurs, de même nature, cela va sans dire.

Allez, place à la détente. Terminons cette note par une anecdote. Je me trouvais dans une rame de métro à Paris, très tard dans la nuit. Debout, tenant la barre centrale. Je discutais avec une amie, quand soudain un black balèze me balance : « Arrête de postillonner sur ma main ! » Aussitôt et sans plus tarder, je lui réponds : « T’as qu’à poser ta main ailleurs ! » Ohlala, des étincelles fusèrent de nos regards qui s’étaient croisés. Inutile de vous dire que nous étions à deux doigts de la bastonnade. Et tout d’un coup, le mec cogne son copain avec son coude et lui dit : « Putain, mais c’est Léon ! », en référence au tueur à gages et au grand cœur, du film culte de Luc Besson (1994). « Mais putain, c’est vraiment Léon ! », confirma le covoyageur. Eclats de rire communicatifs à toute la rame. Le comble c’est que les deux gars ne semblaient pas plaisanter. On a fini bras dessus, bras dessous. Nous avons bu au goulot et nous nous sommes postillonnés à gogo les uns sur les autres, dans la joie et la bonne humeur. Les années passèrent et je suis resté reconnaissant à Léon de m’avoir extirpé un soir d'un sale pétrin.

vendredi 3 juin 2016

L’affaire Benzema-Valbuena : « sexe, mensonges et vidéo » vs. « pression d'une partie raciste de la France » (Art.363)


Il y a des déclarations qui vous collent à la peau comme des tatouages. Difficile de s’en débarrasser après. Karim Benzema avait une de ces déclarations tenaces. Désormais, il en a deux. Avant d’en parler, petit rappel des faits à ceux et celles qui faisaient le tour du monde à la brasse et à cloche-pied au cours de l’année écoulée.

Un beau matin du mois de juin, il y a un an, presque jour pour jour, Mathieu Valbuena, un des Bleus, reçoit un coup de fil d’un inconnu lui réclamant 100 000 € pour lui restituer la vidéo de ses ébats amoureux avec sa compagne, qu’il a lui-même filmée (c’est ce qu’on appelle une sextape) et qui lui a été volée de son téléphone portable. Le joueur porte plainte et aussitôt les enquêteurs se mettent sur les traces des maitres-chanteurs. Six conversations téléphoniques permettent d’identifier plusieurs d'entre eux. Le 5 octobre, alors que les Bleus s’entrainent à Clairefontaine pour affronter le Danemark, Karim Benzema, un autre pilier des Bleus, aborde Valbuena au sujet de la sextape. Un mois plus tard c’est la garde à vue, Benzema est mis en examen. L’attaquant du Real Madrid s’en défend. Une semaine après, Europe 1 puis l’Equipe, révèlent le contenu d'un enregistrement qui aurait eu lieu entre Benzema et un ami d’enfance, Karim Zenati, qui serait lié aux maitres-chanteurs, où on l’entendrait dire « je pense qu’il nous prend pas au sérieux ». Pire encore, on apprend de cette conversation au « ton amicale », que Benzema aurait déclaré à Valbuena : « moi je vais t’arranger la sauce. Faut que tu vas voir le mec. Il va venir. Il va te parler. Mais je te donne ma parole que y a pas d’autre copie (de la sextape)... si tu veux que la vidéo elle soit détruite, mon ami, il vient te voir à Lyon, tu vois directement avec lui... La vidéo, je l’ai vue il y a une semaine, avant de venir... Moi, mon but, il s’arrête là. Maintenant, mon ami, il prend la relève, c’est lui qui connaît la personne qui a ta vidéo, moi, je la connais pas. Maintenant, tu veux régler tes histoires, donne ton numéro, je lui donne et tu vois avec lui ». Pour se défendre, Karim Benzema affirme avoir servi d’intermédiaire, tantôt pour aider son coéquipier, tantôt pour aider son ami d’enfance.

Au vu de tous ces éléments, disons comme le stipule l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, « toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées ». Toutefois, cela ne nous dispense pas de nous poser des questions et d’aborder l’affaire avec un peu de bon sens. La première question qui m’est venue à l’esprit quand j’ai entendu parler de ce scandale, c’est comment diable, peut-on mêler son propre nom, de prêt ou de loin, de son plein gré, à un odieux chantage, à cause d’un ami d’enfance, quand ce nom est hissé aussi haut que celui de « Karim Benzema » ? Un homme qui vaut 35 millions d’euros (prix de son transfert en 2009 de l’Olympique lyonnais au Real Madrid), qui n’a que 28 ans, dont 10 passés avec les Bleus, joueur français de l'année à trois reprises, joueur en activité au plus grand nombre de sélections en équipe de France, meilleur buteur en activité de l'équipe de France, 8e meilleur buteur de l'histoire de l'équipe de France, 8e meilleur buteur de l'histoire de la Ligue des champions, 3e meilleur buteur en activité de la Ligue des champions, 4e joueur français le plus nommé pour le ballon d'or dans l'histoire du football, et j’en passe et des meilleurs. Peu importe l’issue de l’affaire, deux mots : quel gâchis ! En tout cas, les faits sont là. Mais enfin, il faut prendre vraiment les gens pour des cons, pour tenter de leur faire avaler que l’ami d’enfance qui a contacté Benzema au sujet de la sextape l’aurait fait pour autre chose que pour faire pression sur Valbuena afin qu’il paie les maitres-chanteurs.

Les choses étant ce qu’elles sont, la Fédération Française de Football (FFF) décide le 13 avril 2016 d’écarter Karim Benzema de l’Euro 2016, le Championnat d'Europe de football, un mini Mondial qui se déroulera en France entre le 10 juin et le 10 juillet. « Les éléments actuellement disponibles dans ce dossier ne permettent pas d'établir clairement l'implication des différents acteurs... Il n'existe aucun obstacle, sur le plan juridique, au fait qu'il (Karim Benzema) soit sélectionné. Le Président de la Fédération et le sélectionneur (de l’équipe de France) tiennent à rappeler que la performance sportive est un critère important mais pas exclusif pour décider de la sélection au sein de l’Equipe de France de football. La capacité des joueurs à œuvrer dans le sens de l'unité, au sein et autour du groupe, l'exemplarité et la préservation du groupe sont également prises en compte... Il en résulte que Noël Le Graët et Didier Deschamps ont décidé que Karim Benzema ne pourra pas participer à l'Euro 2016. » Dans ce contexte, il est difficile de comprendre comment peut-on contester sérieusement et impartialement la décision de la FFF, si on se donne la peine de se renseigner pour savoir ce que la justice française reproche précisément à Karim Benzema ? Est-ce que tous ces défenseurs zélés du footballeur ont imaginé la moitié d’un quart de seconde l’ambiance exécrable qui pourrait régner dans l’équipe de France, alors qu’un des coéquipiers est accusé de « complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs » visant un autre coéquipier ? La contestation de la décision de la FFF est tout simplement hallucinante. Elle a essentiellement des motivations communautaires et identitaires bien regrettables.

Karim Benzema doute de la probité des responsables sportifs français. Pire encore, dans une interview accordée au quotidien sportif espagnol, Marca, et publiée le 1er juin, la star du Real Madrid décide de se faire un deuxième tatouage qui lui collera à la peau pour longtemps. « Deschamps a cédé sous la pression d'une partie raciste de la France. Il faut savoir qu'en France le parti d'extrême droite est arrivé au deuxième tour des dernières élections. » C’est c’là oui, il faut le savoir car ceci explique cela !

Voyons un peu les faits et les chiffres. Karim Benzema joue dans l’équipe de France depuis 2007, alors que Didier Deschamps est sélectionneur depuis 2012. Si on rentre dans les performances et les détails, on s’aperçoit que Karim Benzema est le « joueur en activité au plus grand nombre de sélections en équipe de France » et le « 14e joueur au plus grand nombre de sélections de l'histoire de l'équipe de France » avec 81 sélections dont 36 sélections effectuées par Didier Deschamps lui-même, soit 45% de l’ensemble. Karim Benzema est aussi le « meilleur buteur en activité de l'équipe de France » et le « 8e meilleur buteur de l'histoire de l'équipe de France » avec 27 buts dont 13 buts marqués dans des matchs effectués sous la sélection de Didier Deschamps, soit la moitié de tous les buts de sa carrière en équipe de France. Karim Benzema est également le « 4e joueur français le plus nommé pour le ballon d'or dans l'histoire du football » avec 6 nominations en 2008, 2009, 2011, 2012, 2014 et 2015, donc 3 fois sur 6 il l’a été alors que Didier Deschamps trônait à la tête de l’équipe de France. Karim Benzema a été par ailleurs, le « joueur français de l'année », en 2011, 2012 et 2014 », donc 2 fois sur 3 sous la sélection de Didier Deschamps. Pour ceux qui pourraient être tentés de ne pas comprendre, cela signifie que la moitié de la carrière de Karim Benzema en équipe de France, il la doit à Didier Deschamps, qui lui a permis de réaliser ses performances et ses records. Alors de là, il faut être sacrément de mauvaise foi pour découvrir soudainement que Didier Deschamps est un homme vulnérable devant la « pression raciste » d’une partie de la France.

En fait, l’idée de l’élimination de Benzema pour une soi-disant motivation raciste vient d’Eric Cantona. Dans une interview accordée à The Guardian le 26 mai, celui qui aurait pu faire une toute aussi belle carrière à la criée du port de Marseille, a claironné : « Benzema est un grand joueur. Ben Arfa est un grand joueur... Mais Deschamps, il a un nom très français. Peut-être qu'il est le seul en France à avoir un nom vraiment français. Personne dans sa famille ne s’est mélangé avec quelqu'un d’autre, vous savez. Comme les Mormons en Amérique. » Propos typiquement racistes, d’un Français de parents ayant des origines espagnoles et italiennes envers les « Français de souche ». Mais comme c’est dans ce sens, ça ne fait pas grand bruit.  Plus loin, « King Eric » comme on le surnomme outre-Manche, rajoute : « Je ne suis pas surpris... Ils (Benzema et Ben Arfa) ont des origines. J’ai le droit d’y penser... (à) leur origines nord-africaines. Donc le débat est ouvert ». Oui il a le droit, mais le débat a été rapidement refermé à juste titre par Noël Le Graët, le président de la FFF : « Attaque minable... Je trouve ça stupide ». Il ne faut pas trop en vouloir à Eric Cantona, la star française de Manchester United n’a jamais digéré la bourde d’avoir pris sa retraite en 1997 car il ne misait pas un centime sur les chances de l’équipe de France de remporter la Coupe du monde de football en 1998. Alors de temps à temps, il nous fait sa crise.

Pour le comédien Jamel Debbouze, « Karim Benzema, et par extension Hatem Ben Arfa, paient la situation sociale de la France d’aujourd’hui ». Ah bon, et pourquoi pas Najat Vallaud-Belkacem, la ministre française de l’Education, Myriam El-Khomri, la ministre française du Travail et de l’Emploi, Rachida Dati, l’ex-ministre de la Justice et députée européenne, Zinédine Zidane, l’ex-star de l’équipe de France, et tant d’autres ? « Ces gamins (Benzema et Ben Arfa) représentent en plus tellement de choses, notamment en banlieues ». Justement, parce qu’ils représentent tant dans les banlieues et pour les Français d’origine maghrébine et les Arabes vivant en France, que l’implication de Benzema dans le scandale de la sextape est une erreur monumentale de la part du footballeur. « N’avoir aucun de ‘nos’ représentants en équipe de France... » Stop, et pitié, épargne à la France cette dérive communautaire nauséabonde !

D’un autre côté, Mourad Boudjellal, Français d’origine algérienne aussi, ne croit pas que la non-sélection de Benzema ait été motivée par des considérations racistes. Le président du Rugby club toulonnais, triple champion d'Europe et champion de France, a même des mots très durs à l’égard de Karim Benzema. « Dans la déception... je crois qu’il (Benzema) n’a pas mesuré la dangerosité de ses propos parce que, s’il souhaite devenir un fonds de commerce des recruteurs de Daech, il ne fallait pas s’y prendre autrement... Sur des jeunes des cités qui sont en manque d’idéal, ça devient un excellent exemple pour certains recruteurs, de leur dire "regarde, même si tu deviens le meilleur dans ton sport, comme au football, regarde Benzema, tu es rejeté". C’est vraiment un appel à dire "Révoltez-vous contre ce pays" ». Merci d’avoir mis les points sur les i.

On a souvent reproché à Benzema de ne pas chanter la Marseillaise. Zidane et Platini ne la chantaient pas non plus. Certes, ce n’est pas un drame. Mais ce n’est pas une raison valide non plus. En tout cas, rien ne justifie le comportement des uns et des autres, à partir du moment où tous les trois sont des citoyens français. Ces footballeurs sont bien placés pour savoir à quel point ce point est exploité par l’extrême droite justement. Le match amical entre la France et l’Algérie en octobre 2001 est encore dans certaines mémoires. Le sifflement de la Marseillaise et l’envahissement du terrain par les supporteurs d’origine algérienne, qui a entrainé l’arrêt du match, a laissé de très mauvais souvenirs. Le rapport de Benzema avec la Marseillaise s’est compliqué davantage peu de temps après les attaques terroristes de Paris (novembre 2015). Alors qu’on venait de jouer l’hymne national français au stade Santiago-Bernabeu pour rendre hommage à la France, sous un vif applaudissement du public, l’attaquant du Real Madrid ne parvient ni à retenir sa production salivaire abondante, même à l’arrêt, ni à l’avaler d’ailleurs. Il crache sur la pelouse. Pas de chance, la caméra était braquée sur lui. Récupération immédiate et différée par la droite extrême (ex. Nadine Morano) et l’extrême droite (ex. Marion Le Pen). Le joueur français dira plus tard : « Je crache à la fin, comme à tous les matchs, comme tous les joueurs... C’est lamentable de me faire passer pour quelqu’un qui ne respecte pas le pays, les morts. Ça, ça fait mal. » Et pour la Marseillaise ? « Si c’était obligatoire, je la chanterais ». En attendant, pas la peine de s’attarder trop sur ce point. Si un chanteur engagé-enragé comme Renaud peut se permettre de dire que « La Marseillaise, même en reggae, Ça m'a toujours fait dégueuler », la coutume veut qu’on chante cet hymne nationale au début d’un match de foot joué au « nom de la France ». S’il est libre de ne pas respecter cette coutume sportive, il faut aussi reconnaitre que les Français sont tout aussi libres de juger son comportement à sa juste valeur.

Alors que Karim Benzema est à peine majeur, la Fédération algérienne de football tente de le séduire. Mais il choisit de jouer en France. « L’Algérie c’est le pays de mes parents, c’est dans le cœur. Mais bon après, sportivement, c’est vrai que je jouerai en équipe de France. Je serai là toujours présent pour l’équipe de France (...) c’est plus pour le côté sportif, parce que l’Algérie c’est mon pays, voilà, mes parents ils viennent de là-bas. Après, la France, c’est plus sportif ». Dix ans plus tard, cette déclaration maladroite lui colle encore à la peau. C’était son premier tatouage. Là aussi, ce n’est pas la peine de s’y engouffrer avec la malhonnêteté des racistes et des xénophobes, mais une chose est sûre, Karim Benzema n’a pas su se faire aimer de tous les Français. Mieux vaut tard que jamais.

Toujours est-il que personne ne conteste l’existence du racisme et de la xénophobie en France. Evidemment que ces deux maux touchent le monde sportif. Mais de là, à les voir partout, désolé, je ne marche pas. Je m’exprime en connaissance de cause. Je suis un Libanais de France et un Arabe d’Europe, depuis près de 30 ans. Quand on s’est rassasié de l’amour de la France, de l’Europe et de l’Occident, aux seins ou aux biberons, comme ce fut mon cas, je peux vous rassurer, on est totalement immunisé contre toute expression raciste ou xénophobe dont on pourrait faire l’objet. En tout cas, parlons-en de ces maux. Mais avec prudence et sans sélectivité, surtout nous autres qui sommes d’origines étrangères. Parlons notamment de ces maux qui règnent dans nos pays d’origine. Comme dans les pays arabes, du Machreq au Maghreb, dans toutes les populations et communautés. Alors, quand on se sent Algérien ou Libanais et on a de l'amour pour l'Algérie ou le Liban, c’est pour le meilleur et pour le pire. Dans ce pire, il y a le racisme et la xénophobie, hélas. Et pour le meilleur, nous devons les combattre, au lieu de les invoquer à tort et de travers, pour camoufler nos erreurs, justifier nos bourdes et excuser nos échecs dans des contrées aussi cosmopolites, ouvertes et tolérantes que la France, l’Europe et les pays d’Occident.