vendredi 14 septembre 2018

Rachid Taha est mort : hélas, même les grandes stars s'éteignent un jour ! (Art.558)


Rachid Taha ce n'est pas seulement « Ya rayah », c'est entre autres, « Algerian tango », « Barra barra », « Douce France », « Voilà voilà » et « Zoom sur Oum ». 


L'avoir chanté tant de fois à tant de monde, n'a pas dissuadé Rachid Taha de renoncer à partir à son tour, une fois pour toutes de surcroit. Et c'est maintenant à notre tour d'invoquer l'au-delà pour savoir : « Ya rayéh, wein mséfar? » Toi qui pars, où voyages-tu comme ça? Nous le faisons le cœur lourd sachant que lui, n'a aucune chance de « revenir », comme l'émigré de sa chanson.

Rachid Taha lors du tournage du clip "Now or Never" (2013),
un hommage à Elvis Presley

Beaucoup de gens connaissent le chanteur, mais peu savent à quel point cet artiste était une star internationale. Rachid Taha avait beau être de parents algériens et vivre depuis l'âge de 10 ans entre l'Alsace, les Vosges et Seine-Saint-Denis, s'exprimant, écrivant et chantant dans les langues d'al-Moutanabbi et de Molière, il vendait plus de disques au Royaume Uni, qu'en France ou en Algérie. Disons que nul n'est prophète en son pays, même adoptif.

Ses premiers pas, il les a faits avec « Carte de séjour », un groupe beur lancé en éclaireur dans les années 1980. Ses derniers avec « CousCous Clan », une organisation musicale transnationale franco-algérienne montée comme un pied de nez aux suprémacistes américains du Ku Klux Klan, qui s'est produite à Marseille le 1er septembre. Et entre les deux deux et en parallèle, une magnifique carrière en solo, rythmée par de grands tubes. Ya rayah (1998 / clip), un chef d'oeuvre de l'artiste algérien Dahmane el-Harrachi, à l'intention des émigrés d'ici, d'ailleurs et de tous les temps. « Combien de pays habités et de terres désertes as-tu vus ? Combien de temps as-tu gaspillé ? Combien vas-tu en perdre encore et qu’abandonneras-tu ? Ô toi l'émigré, tu ne cesses de courir dans le pays des autres, sais-tu vraiment ce qui se passe? Le destin et le temps suivent leur cours, mais tu l'ignores. Ô voyageur, où vas-tu ? Tu finiras par revenir. Combien de gens peu avisés l'ont regretté avant toi et moi. » Un thème aussi intemporel qu'universel qui a fait de cette version de Rachid Taha un immense succès mondial, au ton musical pop-chaabi-raï, mise en scène dans une ambiance théâtrale à la Kusturica,.

Dans la biographie de Rachid Taha, on trouve aussi Rock the Casbah (2004 / clip), une reprise des Clash, meilleure que l'originale de l'avis même du chanteur du groupe britannique Mick Jones; Douce France (1997 / clip), une reprise de Charles Trenet, une façon de signifier urbi et orbi qu'il y a des immigrés intégrables, à condition que la France veuille bien d'eux ; Algerian Tango (2013 / live) une chanson haute en couleurs avec Mick Jones à la guitare ; l'album live 1, 2, 3 Soleils (1998 / live), qui reprend le concert exceptionnel du trio algérien Khaled-Faudel-Taha (qui contient la chanson hommage à Abdelkader, l'émir sunnite qui lutta avec héroïsme contre l'invasion française de l'Algérie au 19e siècle, mais qui deviendra plus tard un ami de la France, après être intervenu pour sauver de nombreux chrétiens de Damas des grands massacres déclenchés par la communauté druze en 1860, au Liban et en Syrie, visant notamment la communauté maronite) ; et j'en passe et des meilleures.

Toujours est-il qu'en 2016, c'est la consécration, Rachid Taha décroche la Victoire de la musique pour l'ensemble de sa carrière. De toutes ses chansons, s'il faut n'en choisir que quelques unes, mon Top 3 inclura à part Ya rayah, Barra barra de l'album Made in Medina (2000 / live).

Sur le plan littéraire, Barra barra est une superbe illustration du monde d'aujourd'hui, quand on se trouve « enfermer dehors », pour reprendre le titre d'un film d'Albert Dupontel. Rythmée par des envoûtants youyous, Barra barra évoque à la fois les problèmes des sociétés modernes, où règnent l'arbitraire, la jalousie, la haine et le manque de confiance, mais aussi les problèmes environnementaux, concernant le dérèglement des mers et des rivières, et la destruction de la faune et de la flore, ainsi que les problèmes géopolitiques, avec les guerres et les destructions, le sang qu'elles font couler et les murs qu'elles laissent entre les gens.

Sur le plan musicale, c'est une magnifique illustration de ce qu'était l'artiste, comme Bakhos Baalbaki et comme tant d'autres émigrés, qui ont la chance et le malheur de vivre tirailler entre deux mondes, à cheval entre l'Orient et l'Occident, le Sud et le Nord.

Il faut attendre 2013, pour que l'artiste algérien exprime clairement ce tiraillement dans la délicieuse chanson Zoom sur Oum (studio), qui figure incontestablement sur mon Top 3 : « Quand je m’oxyde du manque d’Orient, Qu'aucun soleil ne m'emmène, Vers des chats aux yeux persans, Qu'aucun vent ne vient d'Aden, Pour me sabler le champagne, Qu'aucun tapis ne m’envole, Vers les barrières les montagnes (...) Quand je m’oxyde de l’Occident, Quand tout est gris, quand tout est terne, Qu'ici la vie montre les dents, Voudrait se croire éternelle, Quand le désert parle à mon âme, Me dit le vent vient du Levant, Et que j’entends c'est 'je j’attends' (...) Je zoume sur Oum le temps d’une mélopée, Je zoume sur Oum et ça me désoriente, Je zoume sur Oum le temps de me sentir en paix, Je zoume sur Oum et ça me désoriente ».

Bien qu'on l'associe à la musique du monde, quand ce n'est pas au raï, Rachid Taha est avant tout une grande figure du rock, comme le prouvent l'écrasante majorité de ses chansons, on peut dire qu'il a créé la pop-arabe, et ses nombreuses collaborations musicales avec des grands noms de la scène internationale. Avec Brian Eno par exemple, le producteur du groupe mythique U2 et des légendes comme David Bowie et Coldplay. Eno est un grand fan de Taha. Il a joué avec lui sur scène et ils ont travaillé sur plusieurs albums en studio, sur « Tékitoi » déjà (2004), qui contient le tube Rock the Casbah, ainsi que sur « Zoom » récemment (2013), qui reprend la reprise d'Elvis, (It's) Now or Never (clip), et rend hommage à Oum Koulsoum, Zoom sur Oum (chantée en live à Barcelone en 2014 ; plus une superbe chanson en bonus, au texte, à la mélodie et au rythme enivrants, Qalbi wou qalbik majrouh). Les deux complices ont tenté de prouver, comme l'a expliqué le musicien britannique avec sarcasme, « qu'une bande de musulmans et de soi-disant chrétiens pouvaient facilement travailler ensemble ». 

Rachid Taha a aussi collaboré avec Hans Zimmer, le compositeur de la musique de films légendaires comme La ligne rouge (Terrence Malick, 1999), Gladiator (Ridley Scott, 2000) et La Chute du Faucon noir (Black Hawk Down, Ridley Scott, 2001). Justement, pour ce dernier film qui raconte un épisode sanglant de la guerre en Somalie, la bataille de Mogadiscio (3-4 octobre 1993) où 1 000 Somaliens et 19 Américains ont été tués, le musicien américano-allemand a fait appel à l'artiste algérien pour adapter la chanson Barra barra au film anglo-américain et occuper la deuxième piste de la bande-son.


Ce qui frappe quand on lit, écoute et regarde les interviews de Rachid Taha, c'est cette grande ouverture d'esprit. « Mon père voulait qu’on ait une bonne éducation, à l’européenne… J’ai été aussi quatre ans chez les bonnes sœurs, j’étais même premier en catéchisme (...) Je ne vois plus de différence radicale entre religions chrétienne et musulmane : elles reposent chacune sur le respect de l’autre, la bonté, la générosité. Mes parents ne m’ont jamais enseigné la haine, mais la tolérance (...) Je lis un peu le Coran, c’est subtil, plein de poésie ; seulement, il n’est pas donné à tout le monde de le comprendre, il y a beaucoup de charlatans (...) On n’enseigne guère l’Holocauste aux petits arabes, de peur qu’ils détestent un peu moins les juifs » (Télérama 2007). Oh, ce franc-parler peut couter très cher du Maghreb au Machrek. Mais encore,  « Le raï c'est le contraire de l'intolérance. C'est la joie de vivre, c'est la liberté. "Raï" veut dire mon opinion. Chaque se fait son opinion. Voilà le raï. C'est le contraire du fascime. C'est le contraire de toutes les dictatures » (TV5-Monde).

Si le chanteur est très connu, l'homme engagé l'est un peu moins. Et pourtant, dans ce domaine également, il avait de l'énergie à revendre. Il était très critique de la France. Mais bon, qui aime bien, châtie bien. « Les Noirs, eux, ont plutôt de la chance : ils ont l’image d’athlètes rigolos, bons danseurs, grands baiseurs, ils ont même des héros dans les séries américaines... Ici, beaucoup de Français n’ont toujours pas digéré la guerre d’Algérie. L’Arabe inquiète. On ne peut pas se fier à ce fourbe, potentiel terroriste, fils de fellagha qui peut vous égorger pour rien. » Et encore c'était en 2007 ! « La situation s’aggrave », il ne croyait pas si bien dire. « Il faut bien reconnaître que la gauche est en partie responsable de ce qui se passe. La génération des 25 ans qui ne trouve ni boulot ni logement dès qu’elle mentionne un nom aux consonances maghrébines... ». Enfin, de la gauche ne subsiste que comandante Mélenchon.

Cela étant dit, Rachid Taha n'était absolument pas tendre avec l'Algérie non plus. « Et notre racisme envers les femmes ? La soumission à laquelle la famille et un islam mal compris les contraignent, l’obligation du voile ! Tant que les femmes restent asservies, la démocratie ne peut exister. Prenez les mariages arrangés, qui demeurent la règle chez nous. Quand il n’y a pas d’amour au départ, quand le géniteur est trop souvent un violeur, les mères ne peuvent se réfugier que dans leur foi et tombent amoureuses du premier homme doux avec elle : leur fils aîné ! Du coup, elles surinvestissent sur lui, mettent leurs filles éventuelles au service du grand-frère, en font un macho. Et parfois même un intégriste tant leurs relations sont sublimées : pour le fils, la mère si dévouée, si pieuse est devenue une sainte, dont il se rêve le prophète. » Pas besoin de sociologues avec Rachid Taha. Ce qui est fascinant dans cette explication, c'est qu'elle est valable dans tout le monde arabe, à quelques nuances bien entendu, en Algérie comme au Liban, chez les chrétiens comme chez les musulmans.

Rachid Taha a grandi en mode stéréo, Oum Koulsoum dans un oreille et les Led Zeppelin dans l'autre. Authentique et généreux, joyeux et charismatique, il avait l'esprit créatif, une voix rauque et chaleureuse, il était un chic type, un gentleman, un forgeron des mots et du verbe haut. Il se rêvait en philosophe et en poète, en Khalil Gibran et en Omar Khayam, en Jean Genet et en Pier Paolo Pasolini. C'était un homme de courage, un penseur éclairé, un écorché vif, un artiste en colère. La tragédie de sa vie, c'est l'Algérie. Ce point est crucial pour comprendre qui était vraiment Rachid Taha et ce qui l'animait. Et là encore, beaucoup de personnes d'origine algérienne ou libanaise se reconnaitront dans ses paroles. « J'avais trop de colère contre ce pays qui n'avait pas été capable, malgré ses richesses, de nourrir son peuple, qui avait obligé des gens comme mon père à émigrer, à être humilié à l'étranger, à y subir des douleurs énormes. Jusqu'à n'avoir même plus la force de revenir. » Un témoignage poignant. C'est ce qui le poussera à ne pas mettre les pieds dans son pays natal de 1989 à 2006.

C'est à cette époque qu'il décide d'entreprendre des démarches administratives pour obtenir la nationalité française. Mais qu'on le veuille ou pas, certaines blessures ne cicatrisent jamais. Le souvenir d'un oncle tué par l'armée française durant l'absurde guerre pour que l'Algérie demeure française, finit pas convaincre l'artiste de rester Algérien. Mais qu'on ne s'y trompe pas, Rachid Taha a largement prouvé son attachement à la France, toujours avec un brin de fantaisie. « J’adore la France... Parce que c’est encore un vrai pays démocratique qui s’est construit sur un beau slogan publicitaire : Liberté, Egalité, Fraternité. Et puis les femmes y sont plus belles qu’ailleurs... Vous n’avez pas remarqué comme on s’embrasse ici ! Pour un oui, pour un non. C’est le côté arabe de la France. C’est déjà un début. » Il l'a même résumé dans une belle formule dans le documentaire réalisé à son retour dans le pays de son enfance, Rachid Taha en Algérie : ma parabole d'honneur (Pascal Forneri, 2006), où beaucoup comme moi, se reconnaitront : « Algérien pour toujours, Français pour tous les jours ».

Et que serait Rachid Taha sans cette maladie qui l'accompagna durant toute sa vie artistique, le syndrome d'Arnold Chiari, une malformation du cervelet, asymptomatique jusqu'à l'âge de 27 ans, mais qui était à l'origine de graves troubles neurologiques qui pouvaient survenir même sur scène. Au lieu de vivre cette loterie du destin comme un handicap, cela a doublé sa détermination, dans ce domaine aussi, pour se battre et changer les choses. En octobre 2017, il révèle l'info au quotidien algérien al-Watan afin de « sensibiliser les gens à cette maladie et surtout, prévenir et se prémunir des mariages consanguins », pratique qu'on retrouve dans le monde arabe, communautés chrétiennes comprises.

Un des premiers enregistrements live de Ya Rayah, en direct dans "Le cercle de minuit", émission du 29 novembre 1993 sur France 2 (archives INA)

Une dernière anecdote. L'artiste algérien était connu également pour son humour. Pour celles et ceux qui trouvent que les mères méditerranéennes sont trop possessives -et comment, que ceux qui pensent le contraire osent lever le doigt!- voici le conseil d'un connaisseur, un testament. « Ma mère m’a eu à 15 ans et je ne l’ai jamais appelée maman, mais Aïcha. Ça m’a aidé à trouver très jeune un meilleur couscous que le sien ». Excellent.

Voilà voilà, comme l'a dit Rachid Taha, dans la dernière chanson de ce qui est désormais son dernier album studio, Zoom, un sublime opus contre la montée de l'extrême droite et de la xénophobie, mis en scène avec la participation de noms connus comme Mick Jones, Eric Cantona, Oxmo Puccino et Agnès B. Et dire qu'il l'a écrit il y a plus de vingt ans. Le msafir a profité d'une crise cardiaque pour tirer sa révérence. Il a été enterré vendredi dans sa ville natale, près d'Oran, par son père et sa mère, qui ont dû ressentir l'une des pires douleurs qu'on puisse éprouver sur Terre. Il laisse un autre testament à l'émigré qui rêve d'un autre monde. « Ô voyageur, je te donne ce conseil à suivre sur le champs. Vois ce qui te convient avant de vendre ou d'acheter. Ô dormeur, tes nouvelles me sont parvenues, ce qui t'est arrivé m'est arrivé. C'est ainsi que le coeur revient à son créateur le Très Haut ». Sublime. Repose en paix Rachid Taha et à un de ces jours sous d'autres cieux. Hélas, même les grandes stars s'éteignent un jour. 

dimanche 19 août 2018

C'est aux juges et non aux policiers et militaires de constater et de sanctionner les éventuels abus en matière de liberté d'expression au Liban (Art.553)


Il est temps de légiférer sur la question. Tout politicien qui ne s'exprime pas sur le sujet doit être considéré comme complice des violations graves des droits de l'homme commises actuellement au pays du Cèdre.


Non mais, à ce rythme, on va finir par regretter Suzanne el-Hajj! Elle, au moins, était jolie et faisait son travail avec moins de zèle quand même. Enfin, trêve de plaisanteries, sauf que c'est le grand délire ces derniers temps. Pour un oui ou pour un non, « allo mar7aba, 3azminak-nik 3a fenjann kahwé ». Dernière nouveauté, la police libanaise d'internet passe ses coups de fil via WhatsApp. On aura tout vu au Liban.

Superbe caricature de Plantu, datant de 1988, pour illustrer les relations conflictuelles entre les militaires et les médias traditionnels. En 2018, on peut rajouter les politiciens du côté des militaires/policiers et les réseaux sociaux du côté des médias.

Personne n'est à l'abri au Liban et personne ne sait d'où vient la menace dans ce pays.

Ni un journaliste chevronné des médias traditionnels, Marcel Ghanem (chaine LBCI), à qui le ministre de la Justice Salim Jreissati (Courant patriotique libre), et plus tard la justice (janvier 2018), reprochait d'avoir laissé des invités saoudiens de son talk show accuser Michel Aoun, Nabih Berri et Gebran Bassil d'être des « partenaires du Hezbollah dans le terrorisme », à cause de leur positionnement politique favorable à la milice chiite libanaise.

Ni une jeune journaliste sur internet, Safaa Aïyad (Al-Modoun), convoquée devant le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité (juin 2018), pour avoir dénoncé l'usage d'un hôpital publique à des fins électorales par un député d'Amal (Nabih Berri).

Ni un jeune militant de la société civile, Hadi Damien, le coordinateur de la marche des fiertés à l'occasion de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie (mai 2018), accusé par les Forces de sécurité intérieure, d' « incitation à la débauche » et d' « atteinte aux bonnes mœurs ».

Ni une jeune militante du Parti socialiste, Yara Chehayeb, convoquée devant le Bureau (août 2018), pour avoir osé évoquer les « complexes psychologiques » de Gebrane Bassil, le gendre de Michel Aoun.

Ni même un ado de 15 ans, Youssef Abdallah, interrogé par les renseignements de l'armée pendant 38 heures (juin 2018), pour avoir mis comme photo de profil une image peu flatteuse du président de la République justement. Il n'a été relâché qu'après avoir signé avec son père un document dans lequel il s'engage à ne plus jamais insulter Michel Aoun et le Courant patriotique libre à l'avenir. Le cas a été dénoncé récemment par Amnesty International.

Comme l'a bien dit le père du jeune Youssef,  « ce n'est pas le Liban et nous ne sommes pas en 2018 ». Enfin, si, hélas!

Depuis le mois de juin, le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité ne chôme pas. C'est que les politiciens susceptibles, hommes d'affaires à leurs heures perdues, sont déterminés à ne pas laisser ceux qui y travaillent partir en vacances. Pour le festival estivale de 2018, on retrouve trois activistes libanais appelés à comparaitre devant le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité (Bureau), la police libanaise d'internet, pour des écrits publiés sur les réseaux sociaux.

À Imad Bazzi, on reproche d'avoir critiqué le projet balnéaire de Ramlet el-Baïda, cette aberration environnementale aux nombreuses irrégularités connue sous le nom pompeux d'Eden Bay, en appelant les internautes à laisser des commentaires négatifs sur les sites communautaires de tourisme comme TripAdvisor, en indiquant que cette "jannit 3adan" des temps modernes, se situe sur une plage publique en violation des lois libanaises et que la baignade se fait dans un environnement pollué par les égouts.

Wadih el-Asmar, lui, ne sait toujours pas trop exactement ce qu'on lui reproche. Eh oui c'est la spécialité de la maison, on vous convoque, mais vous ne savez pas pourquoi! Du coup, il a décidé de garder le silence, un droit garanti par la loi. Par le passé, ce militant des droits de l'homme a dénoncé vigoureusement le discours politique raciste et haineux à l'égard des réfugiés syriens au Liban. Oh, détrompez-vous, c'est largement suffisant pour figurer sur une blacklist.

François Maraoui, libanais depuis plus de 10 ans comme on dit à l'Etat civil, a eu le culot de dévoiler le nom d'un Syrien qui aurait obtenu d'une manière imméritée la nationalité libanaise, accordée par le trio Aoun-Hariri-Machnouk, via un décret top-secret pendant un laps de temps qui s'est révélé être entaché de nombreuses irrégularités. Non mais, on ne badine pas avec les données personnelles au Liban.

Bazzi, Asmar et Maraoui, doivent donc faire face à des ennuis dont ils se passeraient bien, par contre, Charbel Khalil, ma3 kel jaleghto, wou satlento wou ta2elit dammo, ses bêtises et toute sa lourdeur légendaires depuis des lustres, il n'a jamais été inquiété par qui que ce soit des services administratifs de l'Etat libanais. Nul ne sait d'où vient son immunité, mais, tout le monde a constaté qu'il était très gentil avec le CPL, comme par hasard.


Toujours est-il qu'à cette occasion, il est important de rappeler trois évidences :

1. La liberté d'expression est un droit fondamental garanti par la Constitution libanaise, les lois en vigueur au Liban et la Déclaration universelle des droits de l'homme, un document rédigé par la Commission des droits de l'homme des Nations unies en 1948, dont le rapporteur n'était autre que Charles Malik, un des grands hommes de notre patrie. L'article 19 stipule que « tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ». On ne pouvait pas l'exprimer plus clairement! Les rédacteurs du texte étaient visionnaires puisque ce droit peut être étendu aux publications sur internet et à travers les réseaux sociaux.

2. Quiconque s'estimant être lésé par quelqu'un doit toujours avoir la possibilité de saisir les autorités compétentes et de demander réparation. C'est aussi un droit fondamental qu'il ne faut pas piétiner, sinon, ça serait une autre violation des droits de l'homme à rajouter à la longue liste.

3. Le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité et de la protection de la propriété intellectuelle, tant décrié, ne fait que son boulot. Quand il reçoit une plainte, il est censé donner une suite, selon les règles et les usages en vigueur au Liban.

Le problème est donc ailleurs. Etant donné la multiplication des affaires ces derniers temps, voici quelques pistes de réflexion, pour éviter les dérapages à l'avenir :

1. Nulle part au monde la liberté d'expression est absolue, sauf dans la tête de certains qui croient que tout est permis sur internet. Désolé d'avoir encore à le rappeler, mais on lit tellement de propos naïfs sur le sujet au Liban, qu'il est nécessaire de temps à autres d'expliquer comment ça se passe dans les vraies démocraties et les Etats de droit. La Cour européenne des droits de l'homme reconnaît le droit des Etats à restreindre la liberté d'expression dans certains cas précis concernant « la sécurité nationale, l'intégrité territoriale ou la sûreté publique, la défense de l’ordre et la prévention du crime, la protection de la santé ou de la morale, la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire ». Ces restrictions sont considérées comme des « mesures nécessaires dans une société démocratique ». Les limites de la liberté d'expression doivent être clairement définies dans la législation. Rien en dehors des lois ne peut justifier une restriction à la liberté d'expression. Ce n'est pas une mince affaire mais c'est primordial d'être clair sur ce sujet car ce sont ces limites qui détermineront la recevabilité des plaintes. Pour ce faire, il faut partir du principe que de telles limites doivent demeurer exceptionnelles, afin de ne pas dénaturer la liberté d'expression. Dans ce domaine, on s'inspirera de la France et des Etats-Unis plutôt que de l'Iran et de l'Arabie saoudite, cela va sans dire.

2. Quiconque est convoqué devant le Bureau ou tout autre autorité libanaise, doit avoir le plein droit de refuser de comparaitre. Un mandat d'amener dans le cadre de la liberté d'expression, pour un écrit sur les réseaux sociaux ou des propos dans une émission (comme ce fut le cas pour Marcel Ghanem), est grotesque dans une démocratie. Ce procédé doit être banni par la loi et limité à de très rares situations (trouble à l'ordre publique, risque sécuritaire, danger imminent, etc.).

3. Personne ne doit rester la moitié d'un quart de seconde en prison pour s'être exprimé librement. La garde à vue dans le cadre de la liberté d'expression, sauf dans de rares cas (apologie du terrorisme, appel au meurtre, etc.), est abusive. Elle relève de l'intimidation. C'est une atteinte grave aux droits de l'homme. Un tel procédé est abjecte dans une démocratie digne de ce nom. Si l'infraction est caractérisée, la sanction doit être uniquement d'ordre financière, une amende et rien de plus (sauf pour les exceptions).

4. Il faut redéfinir et réorganiser le travail de tous les services de l'Etat amenés à interroger les Libanais, notamment le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité, pour éviter à tout prix qu'ils ne se transforment progressivement en organes de répression entre les mains des politiciens au pouvoir, afin de restreindre la liberté d'expression au Liban, justement, par l'intimidation.

5. De l'intimidation, parlons-en. Il n'est pas légitime, encore moins légal, que le dit Bureau, et les autres organes du même genre de l'Etat libanais, des renseignements des Forces de sécurité interieure et de l'armée, comme de la Sûreté générale et la Sûreté de l'Etat, s'accordent des droits illégaux comme ceux de convoquer les Libanais manu militari pour s'être uniquement exprimés ici et là, de les garder à vue pendant des heures (voire des jours), d'empêcher tout avocat ou un parent d'entrer en contact avec les personnes arrêtées, de les obliger à donner les mots de passe de leur boite emails et de leurs comptes sur les réseaux sociaux, de les forcer à effacer leurs publications, de les contraindre à s'engager par écrit à ne plus dire ceci et de ne plus faire cela (des documents irrecevables devant un tribunal!), de leur interdire de s'exprimer pendant un laps de temps, et j'en passe et des meilleures, pour une raison très simple, tous ces procédés relèvent des compétences des juges, et non des policiers et des militaires ! Les confier à ces derniers, comme c'est le cas au Liban, mis à part que c'est illégal, constitue une atteinte grave aux droits de l'homme. C'est une nuance qui semble échapper à beaucoup de Libanais, y compris ceux qui sont #koullouna_xyz (tous Marcel, Yara, Wadih, François, etc.) et #dodd_el_kame3 (contre la répression). Quant à garantir l'indépendance de la justice libanaise, des influences politiciennes, c'est loin d'être gagné, comme l'ont démontré magistralement les ennuis judiciaires de Marcel Ghanem. C'est le ministre de la Justice lui-même svp, Salim Jreissati (CPL), qui a mis en marche la machine judiciaire contre le journaliste de la LBCI. La meilleure!

Ce qui est particulièrement étonnant dans ces histoires de convocation à répétition devant le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité et les autres organes du même genre (Sûreté, Renseignements, etc.), c'est le mutisme de la classe politique libanaise, toutes tendances politiques confondues. C'est à croire que les politiciens de tous bords préfèrent la politique de l'autruche. On dirait que ça arrange les politiciens libanais que les choses ne soient pas toujours très claires, parce qu'un jour ou l'autre, certains d'entre eux pourraient en avoir besoin, eux aussi, à leur tour, pour faire taire des critiques désagréables. Alors, ne perdons pas d'énergie à attaquer le Bureau de la lutte contre la cybercriminalité, ainsi que les services de renseignements et de la sûreté. Ils sont les symptômes du dysfonctionnement général de la démocratie libanaise et de l'état de droit au Liban, non la maladie elle-même, celle peut affecter tous les Libanais d'une manière ou d'une autre, un jour ou l'autre. Concentrons-nous sur les politiciens libanais, députés et ministres. C'est à eux que revient la tâche de légiférer de toute urgence pour mettre un terme définitive aux dérapages. Désormais, à chacune de leur apparition, il faut leur poser invariablement la même question : que comptez-vous faire pour éviter les convocations abusives et les procédés illégitimes en matière de liberté d'expression au Liban ? Tout politicien qui ne s'exprime pas clairement contre les violations des droits de l'homme décrites précédemment, doit être considéré comme complice. Ces différents organes de l'État libanais, dont le fameux Bureau de la lutte contre la cybercriminalité, n'ont pas vocation à devenir des outils de répression du peuple libanais, entre les mains de politiciens incapables d'entendre une voix dissonante. Ils ont été créés pour sauvegarder les droits de l'homme et les libertés fondamentales des Libanais et non pour bâillonner les citoyens

lundi 16 juillet 2018

Cocoricooooooo, la France remporte la Coupe du monde de football (Art.546)


L'Equipe de France (r)emporte sa deuxième Coupe du monde de football, sous les paillettes de gouttes d'une pluie battante. Un moment magique immortalisé par cette magnifique photo de Jewel Samad pour l'AFP

Cocoricooooooo. Qu'on aime le foot ou pas, une chose est sûre et certaine, cette finale du Mondial n'a laissé que les dernières tribus isolées d'Amazonie indifférentes. Wlak niyél alboun, elles n'étaient même pas au courant. Comme nous l'avons tous constaté, c'est toujours l'événement le plus fédérateur de l'histoire de l'humanité et ça le restera encore pour longtemps. Pour s'en rendre compte, permettez-moi de vous faire remarquer que si les Extraterrestres avaient décidé d'entrer en contact avec nous autres Terriens aujourd'hui entre 17h et 20h, heure de Paris, une bonne partie de la Terre était aux abonnés absents. Ils devront réessayer plus tard et peut-être qu'ils ne le feront pas. Nous aurions raté cette occasion exceptionnelle à cause d'un ballon. Vous vous rendez compte?

« La vraie France est de retour », pour le grand bonheur de la majorité des Français, Franco-Libanais et Francophones, et au grand dam d'une frange de Français, Franco-Libanais et Francophones, qu'il faut tous déchoir de leur nationalité française sur le champ, au singulier comme au pluriel, pour une telle défaillance patriotique et cette haute trahison footballistique! Mais nooon, je plaisante! Il n'empêche ce point mérite la parenthèse: qu'est-ce qu'elle a cette belle équipe française qui a déplu à tant de gens? Chut, gardons cela secret, jorsa, c'est une honte. Je n'en dirai pas plus, mais je n'en pense pas moins.

Mais si, il faut en dire. Les commentaires déplacés lus et entendus ici et là, en France et ailleurs dans le monde, malgré la belle victoire des Bleus, se classent en trois catégories: des réactions de mauvais perdants (de gens qui soutenaient la Croatie), avec un sous-groupe de fans arabes de Karim (tenant de la théorie "la France sans Benzema n'ira nulle part"); des commentaires racistes anti-noirs (les blagues de Français d'extrême droite et de certains Libanais, du genre "Félicitations à l'Afrique", "La France a gagné mais elle devrait donner la Coupe à l'Afrique"); des commentaires racistes anti-blancs et anti-France (les remarques de certains Arabes et Africains du genre "c'est grâce aux Africains que la France a remporté la Coupe"). Affligeant de stupidité! La France n'a gagné que grâce à des Français et parce qu'elle ne faisait qu'Un, une nation unie derrière une équipe soudée.

La France remporte une deuxième Coupe du monde, 20 ans après la première, gagnée face au Brésil. Et un, et deux, et trois-zéro! Pour 2018, nous avons eu droit à un millésime spécial. 6 buts pour une finale, c'est beaucoup. Et pourtant, le match ne restera pas dans l'histoire, de l'avis même de Didier. Par contre, la victoire de la France le restera, bien évidemment. Comme l'a dit Hugo, « la seule vérité, c'est celle du résultat ». Il n'empêche, si la Croatie l'emporte sur la possession du ballon (66% vs. 34%), c'est bien la France qui a eu le plus d'occasions de marquer (6 tirs cadrés vs. 4). Pas de doute, les Français méritaient amplement cette grande victoire.

Les joueurs français de 2018 n'avaient en moyenne que six ans en 1998. Pour gagner il fallait marquer. Et pour y parvenir, il fallait afficher une grande harmonie au sein de l'équipe et avoir une machine bien huilée. Et pour ce faire, il fallait un dynamisme national pour booster les joueurs. Ce n'est pas par hasard qu'on soit favorisé lors des matchs à domicile ou quand on organise le Mondial. Les rassemblements des Champs-Elysées, de l'Hôtel de Ville et du Champ-de-Mars à Paris pour la demi-finale comme pour la finale, ont été déterminants. Ils ont donné des ailes aux Bleus!


Bravo à tous les Français pour cette belle performance, et à Didier Deschamps en particulier, qui défilera avec la Coupe pour la deuxième fois de sa carrière, la première en tant que joueur, la seconde en tant que coach. Il n'y a que deux autres hommes au monde dans son cas, le légendaire Franz Beckenbauer (Allemagne) et Mario Zagallo (Brésil). Beaucoup de gens doutaient de lui il y a quelques semaines encore. Just saying. Un bravo spécial à Hugo Lloris, un gardien de but extraordinaire et un gentilhomme de capitaine, pour son geste humaniste de laisser Mandzukic marqué le 2e but de la Croatie, he he he, et le joueur qui court plus vite que son ombre, Mbappé, un nom à retenir. Après Pelé, il est le seul si jeune joueur de l'histoire du foot à marquer dans une finale. Il n'a que 19 ans et une belle carrière devant lui. On peut parler également de Griezmann et Pogba, de Giroud et Rami, de Varane et Matuidi, et j'en passe et des meilleurs.

La présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarović, félicitant et consolant Luka Modric
Il a été sacré meilleur joueur de la Coupe du Monde 2018 
Bravo aussi aux Croates, qui démontrent magistralement au monde entier, qu'on peut être un petit pays de 4,2 millions d'habitants, frayer son chemin jusqu'à la finale et avoir la Coupe à portée de main. Désormais, aucun pays au monde, Liban en premier, n'a d'excuses de ne pas aller aussi loin. Et puis, qui n'a pas eu envie, au moment de la distribution des médailles, d'avoir Kolinda Grabar-Kitarović comme présidente? Ah mais, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Personnellement, je me serais mis en quatre et j'aurai coupé la Coupe en deux, pour lui en donner la moitié et récompenser la belle équipe de son si beau pays, mais aussi pour être retenu dans ses bras quelques instants, comme elle l'a fait avec tout le monde sans aucune discrimination, Croates, Français, arbitres et Macron compris. Une sacrée présidente!


A propos de ballon, une anecdote pour rire. On raconte dans les réunions de famille chez les Baalbaki, que mon grand frère était fasciné par le ballon rond quand il était petit. Intrigué même. Il se demandait quel était ce mystérieux système qui faisait bondir cet objet! Pour le savoir, il s'est creusé sa tête de gamin nuit et jour pendant une semaine durant, en vain. Et puis un beau matin, il s'est levé à l'aube, réveillé par une idée de génie qui devait l'amener à pousser ses investigations plus loin. Il a dérobé le couteau de cuisine, est allé au fond du jardin et a commis l'irréparable : couper le ballon afin de découvrir « le système ». Qu'elles furent grandes sa surprise et sa déception de s'apercevoir qu'il n'y avait rien dedans! Aucun système, que du vent. Du vent qui passionne les foules et génère un business incroyable, comme l'a prouvé la 21e édition de la Coupe du monde de football. Food for thought.

La Planète bleue n'a jamais aussi bien porté son appellation qu'aujourd'hui. A force d'entendre « Allez les Bleus », les joueurs français ont cru qu'elle l'était rien que pour eux ! Chut, c'est le secret de leur victoire. C'est fini et qu'importe qui l'emporte, cette nuit, le monde entier est une fête, la France tout particulièrement. Hélas, pas le Pakistan et d'autres contrées du monde. Et ce ne sont certainement pas quelques racailles en cavale sur la plus belle avenue du monde qui nous la gâcheront. La Terre continuera de tourner, tel est l'état du monde depuis la nuit des temps.

Alors, à la prochaine, au Qatar et en automne, une double aberration à plusieurs niveaux, surtout sur les plans écologique (construire des stades jetables et les climatiser!) et humain (des milliers de travailleurs étrangers sont condamnés à mourir d'épuisement pour faire de ce caprice une réalité concrète!). On aura le temps d'y revenir à l'avenir. Il n'empêche que j'ai bien aimé le geste galant de l'émir cheikh Tamim ben Hamad al-Thani dans la tribune présidentielle tout à l'heure. Il est francophone svp, ainsi que ses enfants. Il a cédé sa place à la Première dame française pour qu'elle soit à côté de son mari. C'est calculé, mais c'est beau quand même.

A propos, quand on y pense à toute cette histoire, on se dit que Macron est vraiment né sous une bonne étoile, le maillot des Bleus en portera même la trace. Le comble c'est qu'il y est pour rien. Non mais quel millésime ! Sacré Juncker, il ne croyait pas si bien dire au président français lors de son discours devant le Parlement européen, la vraie France est de retour. Et comment!
Le président de la République, Emmanuel Macron, alias Jupiter, après le premier but de la France. Superbe photo d'Aleksey Nikolskyi (Sputnik - AFP)
Accueil triomphale de l'équipe de France sur les Champs-Elysées à Paris, lundi 16 juillet

lundi 9 juillet 2018

Affaire des policières en short au Liban : comment attirer les touristes occidentaux quand celui qui en a la charge n'est pas conscient de leurs besoins ! (Art.543)


Des policières en short, serré et pas très couvrant, ça ne court pas les rues. Sans doute, sauf à Broumana, une commune du Mont-Liban. 


La nouvelle police municipale de Broumana :
une idée avant-gardiste ou ringarde ?
Incontestablement sexiste.

 1  Qui est vraiment Pierre Achkar : un avant-gardiste ou un ringard ?


Ce n'est ni une blague ni une affaire d'Etat, c'est l'idée simpliste du président d'une municipalité libanaise. Pierre Achkar voulait provoquer un « choc » dans l'opinion publique. C'est fait. Sur le fond, il se réfugie derrière des arguments économiques, « attirer l'attention » sur une ville touristique et créer des « emplois ». Done. Et il aurait dû s'arrêter là. Eh bien non, Pierre Achkar ose avancer une argumentation patriotique pour expliquer son choix. « Le but est de transmettre un message spécialement aux Occidentaux, parce qu'au Liban, nous avons besoin de changer la sombre image que nous avons en Occident, afin de séduire les touristes occidentaux. » Rou7 ya ghadanfar! Eh bien c'est raté.

Oublions l'histoire du short un instant, concentrons nous sur le promoteur de cette idée. Qal chou, « changer la sombre image que nous avons en Occident », la bonne blague! Pierre Achkar a mené la bataille municipale en 2010 sous le slogan « Broumana Unie », la liste des familles locales et du Courant patriotique libre (CPL) svp, dont le président de l'époque Michel Aoun avait conclu 4 ans auparavant une entente avec une milice armée illégale, considérée comme terroriste par la majorité des pays occidentaux, qui ternit l'image du Liban et fait fuir les touristes occidentaux justement. En 2016, sa liste n'avait tout simplement pas de concurrent. Pierre Achkar s'en est félicité attribuant ce succès en partie à l'efficacité de ses mesures sécuritaires, la surveillance de la population et le fichage des Syriens comme des Libanais. « La municipalité surveille également les déplacements des habitants de la région et dispose de données sur l'ensemble de la population et de ses mouvements, ce qui rend la zone aujourd'hui très sûre. » Pendant que les midinettes distraient la population, Big Brother surveille! Très sûre peut-être, mais nauséabonde aussi.

Pour Pierre Achkar, les principaux problèmes du secteur hôtelier, ce sont « les taxes ». Mais voyons! Et devinez qui était pour accorder la « résidence à vie » au Liban à tout étranger qui achète un appartement de 300 000 $, dès octobre 2017 svp, ce qui donnera quelque mois plus tard le fameux « article 49 »? Eh oui, c'est Pierre Achkar. La spéculation immobilière, le blanchiment d'argent, l'implantation d'une frange de réfugiés sont les cadets de ses soucis. Allez, encore une : qui est pour « modifier les lois protégeant le littoral » afin d'offrir ce qui reste de nos côtes aux rapaces et aux investisseurs? Bravo, c'est Pierre Achkar.


 2  Pourquoi embaucher de jeunes femmes pour les déguiser en policières et les habiller en short pose problème ?


La démarche de la municipalité de Broumana pose problème à deux égards.

• Pierre Achkar n'a pas dû se concentrer plus de trois minutes sur son dossier, perdant le nord en cours de route, au point d'oublier la fonction principale des policières municipales qu'il embauchait : assurer la sécurité intérieure des résidents, organiser la circulation des visiteurs dans la ville et faire respecter les règlements municipaux. Ce n'est certainement pas à une police féminine de relancer la fréquentation touristique au Liban.

• Pour le président de la municipalité de Broumana, « s'arrêter uniquement sur la tenue est ridicule et ne mérite pas une réponse ». Et pour cause, question sexisme, Pierre Achkar semble être un expert en la matière. Si « le short n'est pas une honte », pourquoi les hommes policiers restent en pantalon? Et pourquoi des midinettes et pas des personnes plus âgées, des minces et pas des rondes, des brunes et pas des blondes, des cheveux longs et pas courts, etc. ? Et puisqu'on y est, pourquoi les filles posent et lèvent légèrement la jambe, alors que les hommes sont droits dans leurs bottes? Pourquoi on a la vague impression que ces policières servent de potiches? Wlak depuis quand ces critères superficiels servent à la sélection des policières en Occident? On a là que des stéréotypes sexistes qui font honte -pas au Liban, loin de là!- mais à celui qui en fait la promotion, Pierre Achkar.


Hélas, le président de la municipalité de Broumana a raté une bonne occasion de se taire. Bien sûr que la tenue n'est qu'une convention sociale. Les policières peuvent être en short ou en jupe, et pourquoi pas, en maillot, du moment où on n'oublie pas l'essentiel, comme l'a fait Pierre Achkar, elles sont censées assurer la sécurité des citoyens et faire respecter les lois en vigueur. L'idée serait mieux passée, s'il avait su garder le silence et s'il n'avait pas justifié l'extravagance vestimentaire à caractère sexiste, par une argumentation rachitique et stupide.

 3  Ce qui attire les touristes occidentaux c'est un cadre de vie agréable, des transports confortables et des hôtels abordables, entre autres


Oublions l'instabilité politique dans notre pays et le facteur sécuritaire. Sinon, ce n'est même pas la peine de penser ne serait que la moitié d'un quart de seconde aux moyens d'attirer les touristes. Oublions aussi le Hezbollah, une milice classée terroriste par la majorité des pays arabes et occidentaux. Oublions que nous avons deux voisins pas commodes, la Syrie et Israël. Oublions les zones de non-droit et les zones de droit privé aux quatre coins du Liban, notamment la Banlieue-Sud et les douze camps palestiniens. Oublions la guerre civile de nos voisins et le 1,5 million de déplacés syriens réfugiés au pays du Cèdre. Oublions également que notre pays ne dispose ni d'eau ni d'électricité 24h/24 depuis trente ans. Oublions dans la foulée la crise des déchets qui est comme une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Oublions la pollution de l'air, des terres et de la mer. Oublions la double peine qui frappe le pays où coulaient jadis le lait et le miel avec la défiguration des montagnes pour construire des immeubles et des maisons laids. Oublions Escherichia Coli et ses friends. Oublions ta2élit el dam, wel manyaké, wel ghalaza, wel satlané. Et supposons que sur tous ces paramètres, le Liban est la 8e merveille de l'Histoire de l'humanité et se tient prêt à accueillir le monde. Pour plus d'efficacité, je vous propose de n'aborder que trois paramètres sur lesquels nous pouvons agir aisément et qui peuvent avoir des conséquences importantes sur la fréquentation touristique.

Si la chaleur au Liban en général et à Broumana en particulier impose le port d'un short l'été par les fonctionnaires de police de sexe féminin, non seulement il faut que ça soit un choix et non une obligation, mais en plus, il faut mettre hommes et femmes à pied d'égalité. Eh oui! Et si à cause du changement climatique, cette chaleur devient étouffante et impose le port du maillot un jour, il conviendrait d'anticiper cette évolution néfaste en boisant toutes les rues et routes du Liban avec de grands arbres -ficus, peupliers, eucalyptus, platanes, pins, noyers et cèdres du Liban- qui offriront aux policiers comme aux citoyens, une ombre précieuse et rafraichissante.

Nous ne disposons à Beyrouth que de 0,4 million m² de verdure pour 1,4 million d'habitants, alors qu'à Paris, les 2,2 millions de résidents disposent de 24 millions m² de verdure, et les 3,4 millions de résidents de Berlin en ont 64 millions m². Alors au lieu de perdre son temps sur cette attraction folklorique, Pierre Achkar aurait mieux fait de lancer un ambitieux projet de boisement des rues et routes de sa commune, qui ne manquera pas de séduire les touristes occidentaux.

Parmi les autres facteurs rédhibitoires pour des ressortissants venant de pays occidentaux, il y a le transport! Qu'est-ce que le Liban offre à un couple ou une famille occidentale qui débarque au Liban aujourd'hui? Ah ha! Des transports en commun? Ils sont nases. On n'est même pas capables de mettre une liaison digne de ce nom entre l'aéroport Rafic Hariri et le centre-ville, comme pour toutes les villes du monde! On n'est pas capables non plus de distinguer les taxis/services par une couleur unique! Nooon, il faut garder les insupportables bip-bip, "la wein ya estez"? Et les bus? Infréquentables. Ah, mais il y a les locations de voitures? Wlak, je connais des expatriés "libanais depuis plus de dix ans" qui n'osent plus conduire au Liban! Quiconque s'aventure sur les routes libanaises, sait qu'il risque un accident toutes les 5 minutes.

Et les trains? Le désastre qui résume la malédiction qui frappe le Liban. Nous avions des rails le long du littoral et à travers les montages et la plaine de la Bekaa. 408 kilomètres au total svp! Vous imaginez l'intérêt sur le plan touristique si des responsables visionnaires les avaient gardés : quelle magnifique traversée ça ferait! Et l'impact sur les embouteillages pour désengorger des axes routiers devenus l'enfer quotidien des Libanais et diminuer la pollution atmosphérique! Nous avions même une liaison ferroviaire Beyrouth-Damas, vous vous rendez compte?

C'était un train de montagne. La ligne a été construite par une société française en 1895 svp, les gares étaient d'inspiration française, les rails étaient belges et les locomotives suisses. Au Liban, 92 km passaient par Baabda, Jamhour, Araya, Aley, Bhamdoun, Sawfar, Daher el Baïdar, Saadnayél, Zahlé et Riyak. En Syrie, 25 km passaient par Serghaya, Zabadani, Madaya, Deir Qanoun, Achrafiet Wadi Barada et Mazzéh. Le train « Beyrouth-Damas » traversait le Mont-Liban et l'Anti-Liban. D'une altitude du niveau de la mer, il montait jusqu'à 1 487 m avant de descendre jusqu'à 680 m.

C'était l'équivalent du Bernina Express, le train de montagne suisse qui part de Coire, située à 593 m d'altitude, qui traverse le canton des Grisons et les Alpes orientales, passant par un col à 2 253 m, avant de descendre vers la Lombardie et se garer à Tirano, la commune italien située à 429 m d'altitude. Les paysages qu'il traverse sont à couper le souffle, au point que la ligne a été classée il y a une dizaine d'années, patrimoine mondial de l'Unesco. 

Au Liban, ce patrimoine inestimable est tombé aux oubliettes, des imbéciles ont rayé les rails de la carte et tout ce que ce professionnel du tourisme des temps modernes a trouvé pour attirer les Occidentaux, c'est de déguiser des midinettes en policières et en short! Vous parlez d'un déclin!


De ce qui attirent les Occidentaux, et même les Libanais qui font du tourisme interne, s'il ne faut sélectionner qu'un facteur, c'est sans l'ombre d'un doute des chambres d'hôtels de qualité et bon marché. Cette catégorie manque cruellement au Liban. Tout le monde n'a ni les moyens ni l'envie de se loger dans des hôtels chers et snobs, genre Le Gray, Four Seasons, Albergo, Intercontinental, Summerland, Phoenicia, Riviera et j'en passe et des meilleurs.

 4  Trois mesures pour stimuler le tourisme occidental, oriental et interne au Liban malgré l'instabilité politique


Question Occident, Pierre Achkar semble être complètement à côté de la plaque. Ce qui fera venir les touristes, orientaux comme occidentaux, ainsi que les Libanais du pays et de la diaspora, ce n'est certainement pas cette initiative grotesque. Cela n'attirera que des badauds à bedaine de Broumana et des alentours. Ce qui attire les touristes c'est un triptyque qui comprend un cadre de vie agréable (dans un pays où l'on crève de chaleur 4 mois dans l'année!), des transports confortables (dans un pays embouteillé en semaine comme le weekend) et des hôtels abordables (dans un pays concentré sur l'hôtellerie de luxe).

Ainsi, pour parvenir à séduire la masse de touristes, il faut:

• primo, embellir les rues et les routes du Liban avec de grands arbres d'ornement, qui cacheront la laideur architecturale et les tours hideuses, et arrêter de mutiler les arbres des trottoirs, pour en faire de stupides boules décoratives! ;

• secundo, mettre en place un réseaux de transports en commun dignes de ce nom à Beyrouth et entre la capitale et les principaux sites touristiques libanais, qui soient sûrs, propres, climatisés, avec des horaires précis pour les allers et pour les retours! ;

• tertio, développer l'offre hôtelière et la restauration de qualité et bon marché ; tout le monde n'a ni les moyens ni l'envie de se loger dans l'hôtel pompeux de Pierre Achkar, le « Printania Palace », et de manger dans l'une des enseignes snobs chapeautées par la société « Printania Revival » (qui est dirigée par son fils, Georges Achkar), dans les clusters de « Printania Garden » et de « Printania Villa ».

 5  Pierre Achkar plus occupé à booster le business familial à Broumana qu'à stimuler le tourisme au Liban


Et ce qui est fâcheux dans toute cette histoire c'est que Pierre Achkar -en plus d'être président du conseil municipal de Broumana, propriétaire de « Printania Palace » et gérant d'un business familial très florissant via « Printania Revival »- est à ses heures perdues « président du syndicat des hôteliers du Liban ». Nous n'arrêtons pas de critiquer l'Etat libanais et ses graves défaillances, enno weiniyé el dawlé!, élevant systématiquement l'entrepreneuriat privé au rang du modèle à généraliser à tous les domaines de la société au Liban, alors que l'affaire Pierre Achkar est un exemple parmi d'autres qui montre les graves défaillances du secteur privé au pays du Cèdre. Comment se fait-il que c'est à Bakhos Baalbaki que revienne la tâche de rappeler quelques évidences en matière de tourisme visant les ressortissants des pays occidentaux au « président du syndicat des hôteliers du Liban »?

Pendant que Pierre Achkar s'enorgueillit de sa mesure stupide et sexiste, de déguiser des midinettes en policières et de les habiller en short, Bakhos Baalbaki est allé faire une petite recherche sur « Booking.com », un des sites de référence pour les réservations hôtelières dans le monde. Je me suis mis dans la peau d'un couple occidental, Emmanuel et Brigitte, de la classe moyenne supérieure, qui peut se permettre de partir en vacances mais qui est regardant sur son budget. Il décide d'aller se ressourcer quelque part, le weekend du 10 août. L'offre d'hébergement sur « booking.com » englobe tout type d'établissements: hôtels, appartements, B&B, chambres d'hôtes, gîtes, maisons, villas, chalets, camping, auberges, motels, lodges, etc. Inutile de préciser que dans mon exemple, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait pas être que fortuite !

 6  Offre global d'hébergement touristique : où se situe le Liban? Pas du tout dans la bonne catégorie! 


Tiens, Emmanuel et Brigitte pensent d'abord au Liban, Dieu merci. Hélas, notre pays ne leur offre que 250 établissements en dessous de 110 $/nuit, soit près de 33% de l'offre global d'hébergement au pays du Cèdre, un tiers des 764 possibilités. C'est déjà pas mal dirait Pierre Achkar! Peut-être bien, mais notre couple occidental hésite avec la Grèce, 13e pays le plus touristique au monde, un pays splendide à la cuisine exquise. Eh bien, figurez-vous que là-bas, il aura à sa disposition 48% des 13 630 hébergements, soit 6 529 possibilités de se loger à moins de 110 $/nuit, la moitié de l'offre global d'hébergement dans le pays.

Précision démographique très utile, la Grèce c'est près de 11 millions d'habitants, disons deux fois la population vivant au Liban (tout dépend si on compte les réfugiés syriens ou pas). Pour être à la hauteur de la Grèce, le Liban doit séduire 25 millions de touristes par an et leur offrir 6 800 établissements (au lieu de de 764), dont 3 250 à moins de 110 $/nuit (au lieu de 250). Face à ce désastre, le président du syndicat des hôteliers du Liban n'a rien trouvé de mieux que cette ridicule histoire de midinettes et de short.

Et si nos aventuriers décident de partir en Turquie, 10e pays le plus touristique au monde, pays aussi superbe et à la cuisine aussi exquise, à l'origine d'une grande partie de la nôtre, alors là, ils auront l'embarras du choix : 9 534 hébergements à moins de 110 $/nuit, soit près de 60% de l'offre global d'hébergement dans le pays, pas très loin des deux tiers quand même.


Et si nos tourtereaux décident d'aller en Italie, en Espagne ou en France (respectivement 5e, 3e et 1re destination touristique au monde), même topo, ils auront plus d'offres bon marché qu'au Liban : 38%, 43% et 46% des hébergements à moins de 110 $/nuit. La différence est énorme! Alors, qu'est-ce qu'il en pense le président du syndicat des hôteliers du Liban?

Le verdict est donc sans appel.

• Primo, l'offre global d'hébergement touristique au Liban est insuffisante : moins de 800 hébergements (dans mon exemple, un séjour pour un weekend au mois d'août), contre près de 15 000 pour la Grèce ou la Turquie, 33 000 pour l'Espagne ou la France et jusqu'à 75 000 pour l'Italie.

• Secundo, l'offre global d'hébergement touristique au Liban est chère par rapport aux grands pays touristiques du monde et surtout, inadaptée aux besoins des ressortissants des pays occidentaux. Un tiers de l'offre libanaise seulement se situe en dessous des 110 $/nuit, alors qu'entre la moitié et les deux tiers des offres de la Grèce et de la France est au-dessous de ce seuil. Et c'est même pratiquement l'inverse en Turquie! Et si notre couple d'Occidentaux peut se permettre d'aller jusqu'à 170 $/nuit, ce qui constitue un budget d'hébergement élevé (3 600 $ pour 3 semaines de vacances et pour 2 personnes sans enfant!), il aura à sa disposition seulement 61% des hébergements au Liban, alors qu'il peut avoir près de 71% de l'offre global d'hébergement de la Grèce ou de l'Italie, 73% de celle de la France et jusqu'à 79% de celle de la Turquie.

• Tertio, il est clair que la décision du président du conseil municipal de Broumana, Pierre Achkar, de déguiser des midinettes en policières et en short, est une mesure superficielle qui est surtout destinée à faire le buzz et à booster le tourisme local (exclusivement à Broumana) et le business familial des Achkar père et fils, patrons de « Printania Palace » et de « Printania Revival » (hôtels et restaurants), comme l'a avoué Pierre Achkar lui-même à la BBC, « Ça pourrait être sexy pour certaines personnes ou ordinaire (pour d'autres). Cela dépend de votre éducation », sous-entendant que les gens soi-disant éduqués, comme lui, trouveraient cette mesure, sexy, et les autres, comme vous et moi, ordinaire. C'est c'là oui! Pas de doute les Tontons flingueurs ont raison: « Les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnait ».

On s'en fouterait royalement de cette mesure grotesque si Pierre Achkar n'était pas à ses heures perdues président du syndicat des hôteliers du Liban. Sa fonction devrait le pousser à se creuser la tête pour trouver les moyens d'attirer les touristes occidentaux au Liban à travers des initiatives intelligentes, remédiant à l'handicap du pays du Cèdre, en développant une offre d'hébergement touristique qui soit suffisante, de qualité et bon marché. C'est cela qui séduira les Occidentaux comme les Orientaux, ainsi que les Libanais du pays et de la diaspora. 

vendredi 15 juin 2018

« Lebanon Wins The World Cup » vs. « A Story of Opportunity » : un match-ciné inédit entre le Liban et les Etats-Unis (Art.537)


C'est l'histoire de deux rencontres improbables et de quatre hommes à la recherche de la paix. 


D'un côté, celle d'Edouard Chamoun et Hassan Berri, deux vétérans de la guerre libanaise, passionnés de foot, qui se retrouvent à Beyrouth. De l'autre côté, celle de Donald Trump et Kim Jong-un, deux responsables du chaos international, pas les seuls!, passionnés de boutons nucléaires, qui se retrouvent à Singapour.


🇱🇧 Si tous les pays du monde étaient représentés par l’Empire State Building, le Liban serait un appartement de 15 m² où vivraient 15 personnes. C’est beaucoup, c’est trop, c’est même beaucoup trop de Méditerranéens, d’actions, de réactions et d’interactions. Des siècles de conquêtes et d’invasions, deux voisins hostiles et peu commodes, une importante émigration et une forte immigration, des églises, des mosquées et des synagogues, le Liban c’est 12 millions de descendants d’émigrés, 4 millions d’habitants, 2 millions de réfugiés, 18 communautés, athée comprise et non reconnue, plus Edouard et Hassan, deux « héros » de la guerre civile libanaise. Entre guerres froides et guerres chaudes, le pays du Cèdre peut sembler un cas désespéré tous les jours de l’année, sauf pendant un mois, tous les quatre ans, au cours de la Coupe du monde de football, où comme par enchantement, le Liban mue.

🇺🇸 Alors que le monde retenait son souffle, apprenant que les discussions entre Trump et Jong-un étaient dans une impasse, que le bol de cacahuètes était vide, qu'il est midi passé et que les deux gourmands ne tarderont pas à crier famine, Donald regarde Kim avec des yeux vaniteux et lui dit : « tiens, j'ai un truc à te montrer ». L'ex-star de reality show sait se mettre en scène. Il se lève, prend l'iPad sur lequel il s'était assis par mégarde, l'allume et clique sur « Play ». 4 minutes et 12 secondes plus tard, le détecteur de fumée blanche de l'hôtel Capella se déclenche indiquant qu'un accord de principe a été conclu entre les deux ennemis pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

🇱🇧 L'idée de départ était de capter cette mue éphémère de la société libanaise au cours du Mondial et de s’en servir pour rapprocher ceux que tout pouvait opposer en temps normal. De fil en aiguille, l'idée s'est transformée en une histoire, celle de deux vétérans, un combattant aguerri chrétien et un guérillero intellectuel musulman, engagés dans deux camps opposés durant la guerre civile libanaise, qui se préparent la veille du Mondial de l’été 2014, à soutenir leur équipe favorite, le Brésil.

🇺🇸 Ouf, un souffle de soulagement balaya la planète d'Est en Ouest et du Nord au Sud. Au diable le retrait de Trump de l'accord de Paris sur le climat, la guerre commerciale avec l'Europe, le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël. Savoir comment sera dénucléarisée la péninsule coréenne n'est pas la question, puisque l'accord ne contient rien de concret. Pas de détails, donc pas de diable caché. Un coup de génie de la part de deux bouffons ! Eh oui, « rien n'est conclu, tant que tout n'est pas conclu », comme l'a dit un jour Laurent Fabius, l'ancien ministre français des Affaires étrangères, à propos du nucléaire iranien. La question que le monde entier se pose en cette fin de semaine, c'est de savoir que s'est-il passé durant ces 4 minutes et 12 secondes ?

🇱🇧 Ce tournoi tant attendu donne à nos deux protagonistes l'occasion de se remémorer à la fois, des matchs inoubliables de 1982, alors que l’armée israélienne encerclait Beyrouth, et des batailles décisives de 1975, comme celle des Grands hôtels. C’est l’occasion pour eux de revenir aussi sur leurs engagements durant l’un des conflits les plus connus et les plus médiatisés du 20e siècle. Reste à savoir si la passion pour le foot, l'attachement au Brésil et l'amour pour le Liban peuvent unir Edouard et Hassan, malgré tout ce qui a mal tourné. 

🇺🇸 Lorsqu'on a projeté le court-métrage qui est présenté comme une bande-annonce, dans la salle où étaient rassemblés les journalistes qui couvraient la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un, improbable il y a seulement quelques semaines, on a cru dans un premier moment à un canular pour détendre l'atmosphère. Non, c'était du sérieux. Ah bon! Alors, on a pensé dans un second temps à un film de propagande de la Corée du Nord, dernier bastion communiste sur Terre. Négatif, c'est beaucoup plus sérieux qu'on le pensait. Mais alors, qui l'a fait? Difficile à croire, mais ce navet que vous allez visionner est l'oeuvre du chef du pays le plus puissant au monde, plus de dix-huit mille milliards de dollars de PIB, le berceau et le fief de l'industrie cinématographique de Hollywood, la patrie de Scorsese, De Palma, Spielberg, Coppola, Lubitsch et tant d'autres grands génies du 7e art, concocté spécialement pour convaincre le chef nord-coréen d'abandonner ses bombes nucléaires et ses missiles balistiques. Même pas à mi-mandat et l'Amérique n'est plus qu'une tragi-comédie à cause de son président !

🇱🇧 A l’arrivée, « Lebanon Wins The World Cup » est un film sur la brutalité de la guerre du Liban, la passion des Libanais pour le football, la réconciliation islamo-chrétienne et le pouvoir de pardonner. Le documentaire libanais a été réalisé par Tony ElKhoury et Anthony Lappé. Il est produit par Still See A Spark FilmsBakhos Baalbaki, ma7soubkoun comme dirait Machnouk, y passe comme Story Consultant.


🇺🇸 Tout y est dans « A Story of Opportunity », par ordre croissant d'invraisemblance : le simplisme, la lourdeur et le radotage, ainsi que le solennel, le pompeux et la grandiloquence, le tout sur une musique de magasin de fringues qui tape sur les nerfs, et surtout et au-delà de tout, le nivellement par le bas. Le court-métrage américain produit et réalisé par la Maison-Blanche raconte l'histoire d'une rencontre entre le président des Etats-Unis d'Amérique et celui de la Corée du Nord. La voix off nous dit d'entrée en matière que « sept milliards de personnes habitent la planète Terre (…) mais seul un très petit nombre prendra des décisions... et changera le cours de l'histoire ». On aurait aimé que ces décisions historiques concernent le changement climatique, ainsi que les modes de vie et de consommation des Américains. A ce propos, si ces sept milliards vivaient comme les 323 millions d'Américains, il nous faudrait cinq planètes Terre pour subvenir aux besoins de l'humanité.


🇱🇧 Belote et rebelote, c'est de nouveau le Mondial. Pour s'inspirer du documentaire de Donald Trump, nous pouvons nous poser la question « what if Lebanon Won The World Cup ? » Pour gagner, il faut jouer déjà, comme au loto. Très joli sauf que vouloir n'est pas pouvoir. Ce qui vraiment fascinant dans ce grand rendez-vous sportif c’est de constater à quel point il constitue l'un des plus puissants facteurs qui permettent de mettre en sourdine les divisons politiques et communautaires. A défaut d'une équipe nationale à encourager, les Libanais se divisent pour soutenir le Brésil, l’Allemagne, l’Italie ou la France, mais ils oublient pour un laps de temps leurs anciennes divisions politiques et communautaires. C'est déjà ça et c’est fabuleux.

🇺🇸 Comme « le passé ne doit pas être le futur », Donald Trump et Kim Jong-un se préparent pour « un nouveau départ, pour la paix ». En backgroud, des images flatteuses des deux protagonistes. Le film est en couleur, parce que l'avenir est joyeux et il y a un happy end en perspective. Mais par moment les couleurs deviennent noir et blanc. C'est que les deux pays pourraient entrer en guerre et « l'histoire peut se répéter ». Quand Trump introduit le symbolisme dans le 7e art, c'est quelque chose qu'il ne faut pas rater. 

🇺🇸 « Deux hommes, deux leaders, un destin. » Mais tout dépend de l'autre. Trump fait savoir à Jong-un que « la lumière peut surgir de l'obscurité », illustrée par un lever de soleil sur la Terre vu de l'espace, mais aussi que « la lumière de l'espoir peut bruler intensément », et même, que « la lumière de la prospérité a déjà brillé pour la plus part des gens dans le monde ». C'est c'là oui, parce que les 3 119 migrants morts en Méditerranée en 2017 faisaient des croisières sans doute !

🇺🇸 La subtilité du scénario veut que le narrateur ne nomme pas expressément Kim Jong-Un. « C'est l'histoire d'un moment spécial dans le temps où un homme dispose d'une chance qui peut-être ne se répétera jamais. Qu'est-ce qu'il choisira? De montrer une vision et un leadership ou pas? » Mais pour aider le spectateur déjà endormi qui penserait à Trump en écoutant ces mots, les réalisateurs montrent de nouvelles images du leader nord-coréen à l'époque où il était mince. 

🇱🇧 « Lebanon Wins The World Cup » est un film captivant et une histoire émouvante. Les deux vétérans sont des hommes attachants. Ils ont tous les deux raison. Chacun se battait pour une idée du Liban. Comme l'a dit André Malraux, « Juger, c'est de toute évidence ne pas comprendre puisque, si l'on comprenait, on ne pourrait pas juger. » L’immortalisation des scènes de liesse des supporters libanais, filmées à « Beyrouth-Est » comme à « Beyrouth-Ouest », pour reprendre la terminologie de la démarcation de la guerre civile libanaise, est un moment d’anthologie. La musique signée par l'artiste Oak effleure l'inconscient et magnifie les sentiments

🇺🇸 Et comme toute propagande qui se respecte, il faut passer et repasser le message en boucle. Le documentaire américain nous explique que Kim Jong-Un est face à deux options : « Moving back », illustré à l'écran avec un lâcher de Tomahawks, un alignement de navires de guerre sur l'océan, un décollage d'avions de chasse d'un porte-avion et une vue aérienne de la Corée du Nord plongée dans le noir, ou « Moving forward », illustré par un rembobinage de tirs de missiles, l'édification de gratte-ciels et une vue aérienne nocturne de la Corée du Nord illuminée grâce à un double gaspillage financier et énergétique. 

🇱🇧 A chaque Coupe du monde, c’est le même rituel. Certains Libanais sont heureux car leur équipe gagne, d’autres sont attristés car leur équipe perd. Mais à la fin de la nuit, « Lebanon Wins The Word Cup » tous les quatre ans. Il y a bien un avantage à ne pas être qualifié ! 

🇺🇸 Au fur et à mesure qu'on regarde « A Story of Opportunity », on a l'impression que le court-métrage se transforme en un long-métrage. Et toujours cette voix off grotesque pour expliquer à ceux qui décrochent « qu'un nouveau monde peut commencer aujourd'hui... », illustré à l'écran avec des chevaux sauvages galopant dans l'eau, Silverster Stallone dans le Bureau oval et des auto-tamponneuses, le seul moment où l'on sourit, « ... celui de l'amitié, du respect et de la bonne volonté ». Comme après le deal avec l'Iran par exemple. « Faites partie de ce monde, où les portes de l'opportunité sont prêtes à s'ouvrir... », avec bien sûr des images d'une porte géante qui s'ouvre!, «... avec des investissements du monde entier, où vous pouvez avoir des percées médicales, une abondance de ressources, une technologie innovante et de nouvelles découvertes », le tout accompagné avec les images d'un drone livrant un colis d'Amazon je présume (qui aidera l'un des entrepreneurs les plus antipathiques sur Terre, Jeff Bezos, à franchir la barre des 140 milliards de dollars de fortune personnelle!), une femme passant un scanner (un examen qui n'est pas à la portée de la majorité de l'humanité) et bien sûr, un de ces grands temples de la surconsommation et de l'athérosclérose (un supermarché).

🇱🇧 Le cinéma libanais se porte comme un charme depuis un moment. Il est non seulement présent dans les principaux festivals du film dans le monde, mais il réussit à s'imposer dans les grandes compétitions et à décrocher de prestigieux prix. C'est le cas : 


🇱🇧 Justement de « Lebanon Wins The World Cup » de Tony ElKhoury et Anthony Lappé, consacré grâce au prix du Best Documentary Short obtenu aux Festivals du film de Varsovie 2015 et de Santa Barbara 2016;
. Ainsi que de « Waves '98 » d'Ely Dagher, Palme d'or du court métrage (animation) au Festival de Cannes 2015; 
. Mais aussi de « Very Big Shot » de Mir-Jean Bou Chaaya, sélectionné pour la nomination comme Meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2017 et Etoile d'Or au Festival du film de Marrakech 2015;
. Et bien sûr de « L'Insulte » de Ziad Doueiri, nominé dans la catégorie du Meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2018 et Coupe Volpi de la Meilleure interprétation masculine (Kamel El Basha) à la Mostra de Venise 2017;
. Et bien évidemment de « Capharnaüm » de Nadine Labaki, qui a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes 2018.

🇺🇸 Et enfin, arrive le moment de suspens. « Et si? Est-ce que l'histoire peut être modifiée? » Et belote et rebelote. « Ça dépend d'un choix... Est-ce que ce leader choisira de faire progresser son pays et de faire partie d'un nouveau monde? » Ça rappelle étrangement le Nouvel ordre mondial de Bush père. Et pour achever le spectateur, le film se termine sur des considérations vaseuses. « Une rencontre pour réécrire l'Histoire. Pour briller au soleil. Un moment, un choix, et si? L'avenir reste à écrire. » Le documentaire américain est tout simplement affligeant. Mais il faut absolument le regarder pour comprendre ce que signifie vraiment le nivellement par le bas, alors que les enjeux géopolitiques sont énormes. Tout est produit par « Destiny Pictures Production ». Même pour le choix du nom de la production, ça ne vole pas très haut. La société existe, mais n'a rien à voir avec le film produit par Donald Trump. Le président américain est si fier de son montage amateur, qu'il compte avoir recours au même procédé avec d'autres leaders du monde. Non mais, qu'est-ce que l'humanité a fait au bon Dieu pour mériter ça? 

🇱🇧 Et pourtant, le franc succès de certains films libanais ne doit pas cacher une réalité bien amère. Hélas, le cinéma n’a pas la place qu’il mérite au Liban car ceux qui pourraient l’aider à se développer au pays du Cèdre et dans le monde, du public comme du privé, sont aux abonnés absents sauf quand il s’agit de brasser du vent, gaspiller l’argent des contribuables et pavoiser sur les tapis rouges de Cannes. 

🇺🇸 Un homme qui arrive à s'entendre avec tous les leaders autoritaires du monde, Jong-un en tête, regrette que Poutine ne soit pas dans le G7, félicite Erdogan et Duterte, fait l'éloge de Ben Salmane, mais se froisse avec pratiquement tous les leaders des pays démocratiques occidentaux, Merkel, Macron, May et Trudeau, ne peut être qu'un bouffon du nom de Donald Trump. Dans la même journée, le président américain a tout fait pour torpiller le G7 et tout fait pour sauver sa rencontre avec le président nord-coréen. Et comment diable veut-il qu'on le prenne au sérieux?


🇱🇧 Après avoir été projeté dans des festivals du film à Varsovie (Pologne), Santa Baraba (Etats-Unis), Moscou (Russie), Vilnius (Lituanie), Los Angeles (Hollyshorts, Etats-Unis), Tripoli (Liban), Beyrouth (Liban), Padova (Italie), Jérusalem (-Est, pardi! ainsi qu'à Bethlehem, Jenin et Ramallah en Palestine), Sulmona (Italie), Islamabad (Pakistan), Los Angeles (Zamoxis, Etats-Unis), Barcelone (Espagne), Berlin (Allemagne), Toronto (Canada), Thessalonique (Grèce), Prague (République tchèque), Belgrade (Serbie), Rio de Jenairo (Brésil, ainsi qu'à Brasilia et Sao Paolo), Copenhague (Danemark) et Lisbonne (Portugal); amis et visiteurs, lecteurs et cinéphiles, passionnés d'histoire(s) et fans de foot, supporters du Brésil ou de l'Allemagne et amoureux du Liban ; j'ai le plaisir de vous faire part que « Lebanon Wins The World Cup » est disponible en streaming pendant un mois, afin de permettre à toutes et à tous de visionner un film libanais qui raconte un pan de notre histoire tragique et de notre formidable capacité à surmonter les épreuves, qui a fait le tour du monde et qui a raflé cinq récompenses internationales

🇱🇧 A en croire Robert Fisk, grand reporter britannique et correspondant de The Independent au Moyen-Orient, et comment ne pas croire un des journalistes les plus récompensés au monde, celui qui partage notre quotidien depuis 1976, qui a couvert toutes les guerres du Liban, qui vient de publier deux articles coup sur coup pour dénoncer la défiguration du Mont-Liban par une bande de rapaces et qui mérite la nationalité libanaise plus que tous ces tocards qu'on nous a imposés récemment, Lebanon Wins The World Cup, auquel j'ai contribué en tant que Story Consultant, est « l'un des meilleurs documentaires sur la guerre du Liban. Court. Doux. Amer. Et la musique! » Sacré Mister Fisk !

« Lebanon Wins The World Cup » 🇱🇧 vs. 🇺🇸 « A Story of Opportunity », un match-ciné inédit entre le Liban et les Etats-Unis, remporté haut la main par le pays du Cèdre. A l'occasion du Mondial, le film libanais est en accès libre. Pas de réservation, ni de déplacement. Click & enjoy 😊