jeudi 11 août 2016

Puisque « Gentlemen prefer blondes but marry brunettes », alors pas de doute « Lebanon Wins The World Cup and Hollywood » ! Après Varsovie et Santa Barbara, le film libanais fait partie de la sélection officielle du festival HollyShorts (Art.380)


Aller à Rome sans voir le Pape,
c’est comme se rendre à La Mecque sans passer par Médine,
venir à Paris sans traverser la Seine,
naitre à Beyrouth sans visiter Baalbek,
enlacer une femme sans l’embrasser,
manger des pâtes sans huile d’olive,
et faire un film sans le présenter à Hollywood !


Amis, visiteurs, lecteurs et cinéphiles, j’ai autant de plaisir que d’honneur de vous annoncer que le film documentaire de Tony ElKhoury et Anthony Lappé, « Lebanon Wins The World Cup », auquel j’ai contribué modestement, sera en compétition officielle au « HollyShorts Film Festival » qui se tiendra à Hollywood à partir de ce soir.

Hollywood, à l’origine, était le nom donné à un ranch construit par un couple américain originaire du Kansas qui est venu s’installer dans cette campagne californienne en 1886. Le nom a été emprunté par Mrs Wilcox à des migrants allemands dans l’Ohio, dont la ferme portait ce « joli nom ». Déjà des migrants ! Dès leur arrivée, les Wilcox lotiront le terrain acheté, un 600 000 m², autour d’un axe central baptisé « Prospect Avenue », qui sera aussitôt bordé de toyons, des arbrisseaux de Californie. Progressivement, on y construisit une église, une école, une bibliothèque, un marché, un bureau de poste, un hôtel et bien entendu, une taverne pour permettre à tout ce beau monde de se détendre, boire, manger, rire et se distraire. Et c’est un Français svp qui régalait ! Non mais, même en se réfugiant dans l’histoire, on ne peut pas être tranquille avec ces migrants. En 1900, Hollywood ne comptait que 500 habitants et se situait à une douzaine de kilomètres de Los Angeles où vivaient déjà 100 000 personnes. Aujourd’hui, il n’y a ni bois ni houx aux alentours, Hollywood n’est plus qu’un quartier de LA de 141 000 habitants, la Cité des Anges en compte 4 millions. Il y a longtemps que Prospect Avenue est devenue Hollywood Boulevard, le symbole de la plus fascinante industrie au monde et de l’histoire de l’humanité, le cinéma américain.

Alors, amis, visiteurs, lecteurs et cinéphiles, si ça vous tente ou vous êtes dans les parages dans les prochains dix jours, rejoignez-nous sur le « Walk of Fame » de Hollywood Boulevard. Votre ravissement est réservé.

D’abord pour découvrir les étoiles des célébrités de l'industrie du spectacle, honorées par la Chambre de commerce de Los Angeles. La « Promenade de la célébrité » regroupe près de 2 500 personnes du show-biz actuellement. On y trouve Charlie Chaplin, Rita Hayworth, Matt Damon, James Dean, Grace Kelly, Johnny Depp, Tom Hanks, Martin Scorsese, Scarlett Johansson, Hans Zimmer, Marlon Brando, Morgan Freeman, Sharon Stone, Jimi Hendrix, Alfred Hitchcock, Eddie Murphy, Steven Spielberg, Sandra Bullock, Sylvester Stallone, Sting, Jennifer Lopez, et j’en passe et des meilleures. La liste est longue et il est difficile de faire une sélection pour tous les goûts. On peut penser ce que l’on veut du choix des organisateurs, mais enfin, believe it or not, Robert Redford, Clint Eastwood, Michael Douglas, Brad Pitt, Leonardo DiCaprio ou Madonna, n’ont pas d’étoile sur Hollywood Boulevard ! Passe encore, mais que vaut cette promenade si on ne tombe pas sur Al Pacino, Susan Sarandon et Clint Eastwood ? Le plus étonnant c’est l'absence de Julia Roberts, l’héroïne de Pretty Woman, qui pourtant, rencontrera son prince charmant, Richard Gere, sur les trottoirs de ce boulevard de légende. George Clooney n’y est pas non plus. Mais là franchement, tozz ! De toute façon, sa bonne étoile, c’est la jolie libanaise, Amal Alameddine. Les astronautes d’Apollo 11, Neil Armstrong et ses compagnons, sont distingués par leurs étoiles rondes ! Autre singularité, Mohammad Ali. Le champion n’a pas voulu que son étoile soit sur le sol, mais sur le mur, pour éviter que les badauds ne marchent sur le nom du Prophète de l’islam. A part ça, ne soyez pas étonner de tomber sur des personnages de fiction, comme les Simpson, Shrek, Mickey Mouse, Woody Woodpecker ou Godzilla, et même sur des chiens, comme Rintintin, pour ceux qui s’en souviennent. Enfin, si un jour on vous appelle pour vous annoncer la bonne nouvelle, sachez quand même que votre étoile ne sera pas gravée dans du marbre, mais dans une imitation, la distinction vous coutera 30 000 $ et on marchera sur votre nom, pour ne pas en dire plus, nuit et jour, été comme hiver.

Photo : Robyn Beck
AFP, Getty Images
Justement et à propos, si vous venez à LA, ne ratez surtout pas le numéro 6801 de Hollywood Boulevard. Vous y trouverez une étoile où vous pourrez au choix, selon vos opinions politiques, faire la révérence ou vous essuyez les pieds. C’est celle de Donald Trump ! Si signore si signora si signorina. Maintenant vous êtes au courant, et comme dirait le zozo des Républicains, vous savez ce qu’il vous reste à faire. A ce qu’il parait, il a eu droit à la différence en 2007, pour sa contribution à l’industrie télévisuelle.

Source : Dolby Theatre
Reprenons notre promenade. Vos pas sur le « Walk of Fame » vous mèneront ensuite au « Dolby Theatre », une salle de spectacle construite à l’emplacement même de Hollywood Hotel (1902-1956), et qui accueille tous les ans depuis 2002, la cérémonie de remise des Oscars du cinéma. Dans le hall d’entrée, vous trouverez le palmarès des Oscars des meilleurs films depuis 1929. Que de bons souvenirs ! 

Source : TCL Chinese Theatre
Allons maintenant au TCL Chinese Theatre, le mythique Grauman's Chinese Theatre, une salle de cinéma classée « monument historique et culturel » par la ville de LA, où ont lieu les avant-premières de la plupart des grandes productions hollywoodiennes. Sur le parvis, vous verrez les empreintes des mains et des chaussures de 200 stars du cinéma. The Marx Brothers, Rita Hayworth, Cary Grant, Sophia Loren, Kirk Douglas, Peter Sellers, Clint Eastwood, Meryl Streep, Steven Spielberg, Eddie Murphy, Al Pacino, Susan Sarandon, Denzel Washington, Tom Hanks, Emma Thompson, Brad Pitt, George Clooney, Robert De Niro, et j’en passe et des meilleures. Une tradition futile pour les uns mais qui se perpétue pourtant depuis qu’une actrice du cinéma muet a marché dans le béton fraichement coulé du chantier de ce cinéma-pagode qui était en cours de construction dans les années 20. Ici, je vous conseille de chercher les empreintes de Marilyn Monroe et de Jane Russell, la palme d’or de toutes. Vous découvrirez que la vengeance est un plat qui se déguste froid. Peu de gens de nos jours savent le pourquoi du comment de la plaque gravée par ces deux légendes. Le passant d’aujourd’hui retiendra simplement que les filles ont tenu à venger une frange de la gent féminine raillée par les deux sexes pour la couleur de leurs cheveux, qui aurait selon les moqueurs, une incidence fatale sur le QI de celles qui la portent. Marilyn et Jane ont gravé dans le béton et pour l’éternité : « Gentlemen prefer blondes ».

Assise par terre, toujours avec grâce et élégance, Marilyn Monroe a dû forcément pensé un peu en ce 26 juin 1953, à tous les frelons qui lui ont tourné autour dans sa vie. Mais, « Les hommes préfèrent les blondes » fait référence avant tout au titre d’un film d’Howard Hawks, tourné avec les deux actrices et chanteuses américaines, qui devait sortir sur les écrans trois semaines plus tard. La comédie musicale raconte les aventures de deux danseuses de revues. L’une est jouée par Marilyn. Elle est blonde et naïve, et ne pense qu’aux diamants et à épouser un homme riche. Certains diront que c’est toujours d’actualité sous d’autres cieux, mais dans une moindre proportion et ce n’est pas limité aux blondes, soit dit au passage ! L’autre qui est jouée par Jane, est brune et réfléchie. Elle a le sens de la répartie. Mais au grand dam de sa copine, elle ne déniche et s’entiche que d’hommes honnêtes mais peu fortunés. D’actualité tout autant diront certains, mais dans une plus grande proportion que dans le passé et ce n’est pas l’apanage des brunes, loin de là. 

Marilyn Monroe Official Channel, by Peter Sneyder

Et puisque nous sommes si dispersés, une anecdote. Dans les détails croustillants de la petite histoire, on apprend que Marilyn Monroe aurait suggéré dans le but de rester fidèle à sa réputation et à sa célébrité, que les deux actrices laissent les empreintes de leurs poitrines et de leurs culs, plutôt que celles de leurs mains et de leurs pieds. L’idée fut rejetée. On était en 1953, bordel ! Il n’y a eu ni mains sur les poitrines ni pieds aux culs, mais l’actrice américaine obtint qu’on mette les points sur les « i », et en diamant svp, pour faire référence à une chanson du film, qui hérissera les poils des féministes d’aujourd’hui, « Diamonds Are A Girl’s Best Friend ». Bon, il n’y avait qu’une lettre à orner et encore, avec une fausse pierre. Inutile de vous dire, elle n’a pas fait long feu, on l'a rapidement volé.

Allez, encore une anecdote, mais vraiment la dernière. Pour le titre comme pour l’histoire, la Twentieth Century Fox s’est inspirée d’un roman d’Anita Loos, publié en 1925, « Gentlemen prefer blondes » (Les hommes préfèrent les blondes). Et dire, qu’elle n’en était pas une ! Mais, évidement qu'il y en a un, sachez que l’écrivain-scénariste américaine publiera la suite des aventures des deux femmes deux ans plus tard sous le titre tout aussi provocateur, « But gentlemen marry brunettes » (Mais les hommes se marient avec des brunes). Ce second roman donnera lieu lui aussi à un film qui sortira dans les salles en 1955. Eh bien voilà, de quoi faire plaisir à tout le monde !

Amis, visiteurs, lecteurs et cinéphiles, c’est dans ce cadre mythique, au TCL Chinese Theatre, que se tiendra la 12e édition du « HollyShorts Film Festival ». Le jeudi 18 août, « Lebanon Wins The World Cup » sera en compétition avec d’autres films documentaires américains et étrangers pour décrocher un troisième prix international dans la catégorie du « Best Documentary Short ». Le film libanais, réalisé avec une contribution américaine, raconte l’histoire de deux vétérans libanais, Edouard, un combattant aguerri chrétien, et Hassan, un guérillero intellectuel musulman, engagés dans des camps opposés durant la guerre civile libanaise. Les deux hommes se préparent la veille du Mondial de football de l’été 2014, à soutenir leur équipe favorite, le Brésil. Ce tournoi leur donne une occasion de se remémorer à la fois, des matchs inoubliables de 1982, alors que l’armée israélienne encerclait Beyrouth, et des batailles décisives de 1975, comme celle des Grands hôtels. A l’arrivée, Lebanon Wins The World Cup est un film sur la brutalité de la guerre libanaise, la passion des Libanais pour le football, tant pour le Brésil que pour l'Allemagne, la réconciliation islamo-chrétienne et le pouvoir de pardonner.

Pour vous mettre en appétit, il n’y a pas mieux qu’une bande-annonce. La suite de l’aventure, sur la page du film. Après Varsovie et Santa Barbara, cap sur Hollywood. Croisons les doigts et santé à toutes et à tous.

vendredi 5 août 2016

La République française et l'Eglise catholique se passeraient bien des défenseurs zélés de la France et du christianisme, plus obnubilés par la récupération politicienne et l'affrontement idéologique que par l’Etat de droit et les enseignements de Jésus (Art.379)


Il est rare dans un événement, d’avoir un contraste aussi marqué entre la réalité et la fiction. L’affaire de l’Eglise Sainte-Rita a déchainé les passions de certains individus et des hommes politiques sur les réseaux sociaux, aussi bien en France qu’au Liban. Sur les traces de Jésus de Nazareth, je tenterai dans cet article de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », en démêlant les faits des fables, des phobies et des fantasmes.


1. L’Eglise Sainte-Rita, qui est située au numéro 27 de la rue François Bonvin dans le 15e arrondissement de Paris, a été construite en 1900 par un mouvement millénariste britannique du XIXe siècle qui se faisait appeler « Eglise catholique apostolique », une structure qui regroupait divers courants catholiques, anglicans, protestants et orthodoxes, qui voyait la fin des temps imminente après l'avènement de la Révolution française et la sécularisation de la France. D’emblée, il faut donc savoir qu’en dépit de cette appellation trompeuse, ce mouvement religieux n’avait rien à voir avec l’Eglise catholique, apostolique et romaine, la plus importante Eglise chrétienne, plus communément désignée par Eglise catholique, l’entité dirigée actuellement par le pape François, l’évêque de Rome et le seul prétendant catholique à la succession de Saint-Pierre. C’est la clé de voute de l’affaire de l’église Sainte-Rita. Celle-ci n’a jamais dépendu du Saint-Siège, et de ce fait, elle n’a jamais appartenu à l’Etat français, comme l'écrasante majorité des biens ecclésiastiques confisqués en 1789 au cours de la Révolution française. Ainsi, elle est restée une propriété privée depuis sa création et c’est ce qui a permis sa vente il y a quelques années par les propriétaires des lieux. Nous y reviendrons. Toujours est-il que ce mouvement religieux ne compte plus aujourd’hui que quelques dizaines de milliers de membres dans le monde, dont une centaine seulement en France, répartis sur trois lieux de cultes, dont celui de Sainte-Rita à Paris et un autre à Strasbourg.

2. Au fil des années, le mouvement religieux se retrouve en perte de vitesse et n'a plus suffisamment de monde ni pour le diriger ni pour le suivre. En 1988, le propriétaire des lieux, « L'Association des Chapelles Catholiques et Apostoliques », qui est basée aujourd'hui en Belgique et qui je le rappelle, n’est pas liée à l’Eglise catholique, décide de louer l’église Sainte-Rita à « l’Eglise gallicane », un mouvement religieux séculaire, présidé actuellement par « l’archevêque » Dominique Philippe, qui milite pour une plus grande autonomie de l’Eglise catholique de France par rapport au Vatican. On y célébrait la messe et on y bénissait dans la joie, la foi et la bonne humeur, des humains, des animaux (chiens, chats et chevaux, mais on a vu passer des ânes, des lamas et des chameaux) et même des motos. Pourquoi pas. Ces pratiques sont tout à fait légitimes dans un pays qui garantit la liberté de culte à tout un chacun, grâce à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Elles feront même sourire beaucoup de monde. Le problème c’est que ni « l’Eglise » gallicane ni « l’archevêque » Dominique Philippe ne dépendent de l’Eglise catholique. Apposer l’adjectif « catholique » et utiliser la « hiérarchisation » catholique induisent en erreur. De ce fait et du point de vue de Rome, « l’Eglise gallicane » peut apparaitre comme une imposture et « l’archevêque Dominique Philippe » comme un imposteur, aussi respectable et sympathique soient-ils respectivement.

3. En 2010, des arriérés de loyers s’élevant à 47 000 € poussent le propriétaire des lieux, « L'Association des Chapelles Catholiques et Apostoliques », qui n’a rien à voir avec l’Eglise catholique, à mettre le terrain en vente. En 2010, la Commission du Vieux Paris estime que le bâtiment peut être démoli. Le permis de démolition est accordé en 2011. Un permis de construire d’un bâtiment de sept étages est délivré en 2012. Sur le plan religieux, n’ayant jamais dépendu du Saint-Siège, le bâtiment n’a jamais été « sacralisé » par l’Eglise catholique, en dépit de son appellation « Eglise Sainte-Rita ». Ainsi, sa démolition ne nécessite pas une désacralisation des lieux. D’ailleurs, le diocèse de l’Eglise catholique de Paris, comme la ville de Paris, ont bien signifié leur désintéressement pour le bâtiment, la capitale de la fille ainée de l’Eglise comptant déjà 138 églises et chapelles catholiques.

4. Au printemps 2015, le presbytère et la sacristie sont murés dans l’attente de la démolition. C’est alors que des militants de mouvements d’extrême droite et de chrétiens traditionalistes investissent les lieux et évincent la communauté gallicane de Dominique Philippe. Ils instaurent la célébration de la messe selon le rite tridentin, la liturgie codifiée par le concile de Trente (1545-1563), qui n’est plus suivie par l’Eglise catholique depuis le concile Vatican II (1962-1965), sauf par une infime minorité de prêtres dits « traditionalistes », les rebelles de l’Eglise catholique, qui sont opposés à l’ouverture de l’Eglise au monde et à la modernisation des traditions chrétiennes.

5. Le 6 janvier 2016, à la demande du propriétaire des lieux, encore « L'Association des Chapelles Catholiques et Apostoliques », qui je le rappelle pour la 3e fois ne dépend pas de l’Eglise catholique de Rome, le tribunal de grande instance de Paris ordonne l’expulsion des occupants des lieux qui se trouvent « sans droit ni titre ». En vain. Le 27 mai, à la demande conjointe du propriétaire des lieux, toujours le même, et du promoteur immobilier, la société Garibaldi, le juge des référés du tribunal administratif enjoint le préfet de police de Paris, de recourir à la force publique pour y parvenir. En vain. L’ordonnance de référé sera contestée dans un premier temps puis validée définitivement par le Conseil d’Etat le 5 juillet 2016. Ainsi, l’affaire étant tranchée, l’imminence de l’exécution de l’ordonnance du TGI de Paris rendait l’évacuation du bâtiment par la force inéluctable si elle ne se faisait pas volontairement.

6. L’expulsion des occupants a eu lieu le 3 août dans le respect des lois en vigueur en France à l'en croire la Préfecture de police de Paris. « Dans le cadre de l'exécution de cette décision de justice, le préfet de Police a accordé l'autorisation du concours de la force publique à l'huissier requérant afin de l'assister ce jour dans sa mission et remettre ainsi les locaux à usage du propriétaire. Lors de cette opération, une trentaine de personnes ont pris place à l'intérieur du bâtiment pour s'opposer à la reprise des lieux. Leur évacuation s'est déroulée sans incident. »

7. On voit bien de tout ce qui précède que ni Hollande ni Valls ni Cazeneuve ni Hidalgo ni Dark Vador ni Voldemort ni Belzébuth ni Belphégor ni Batman ni Superman ni Goldorak ni Grendizer ni Sindibad ni Aladin n’est mêlé ni de près ni de loin ni de quelque manière que ce soit aux trois décisions judiciaires et administratives, concernant un bâtiment qui a la forme d’une église catholique, squatté par des individus opportunistes se réclamant de la foi chrétienne-catholique-romaine. En dépit de son appellation « Eglise Sainte-Rita », l’édifice n’appartient pas à l’Eglise catholique de Rome. Il n'a jamais été reconnu par le diocèse de Paris et de ce fait, il n’a jamais été sacralisé par l’un des représentants hiérarchiques officiels du successeur de Saint-Pierre. Non mais, en réfléchissant bien aux faits, on se rend compte que cette affaire a pris des proportions délirantes incroyables !

Bénédiction des animaux par le mouvement
religieux "Eglise gallicane" avant que le bâtiment
dit "Eglise Sainte-Rita" ne soit occupé par
des militants d'extrême droite et des
chrétiens traditionalistes il y a moins d'un an.
8. On peut regretter la démolition d’un lieu où les animaux avaient non seulement droit de cité lors des offices hebdomadaires, mais aussi le droit d’être bénis lors d’une cérémonie annuelle organisée par « monseigneur » Dominique Philippe, qui je le rappelle a été expulsé de l'église par les chrétiens traditionalistes. En tout cas, c’est mon regret personnellement. Et je suis même étonné que ce point ne semble pas déranger les protestataires. A une époque où les hommes s’octroient eux-mêmes le droit de sacrifier 143 milliards d’animaux par an pour se nourrir avec un égoïsme consternant, j’aime bien l’idée de l’existence de refuges où l’on bénit nos compagnons sur Terre.

On peut comprendre aussi la réaction spontanée des croyants chrétiens sincères qui ignoraient ces informations et qui étaient très émus par l’annonce de la destruction d’un lieu de culte chrétien. Mais comment peut-on excuser tous les hypocrites de France, du Liban et des quatre coins de la Terre -à la larme facile, à la peau de crocodile et à l’émotion sélective- qui s’émeuvent que l’évacuation musclée se soit déroulée quelques jours après l’assassinat du père Jacques Hamel par un islamiste, qui n’ont rien à cirer du christianisme et qui sont à vrai dire à des années-lumière des enseignements de son fondateur Jésus de Nazareth, basés sur l’amour de son prochain, le partage, la compassion, le pardon, et j’en passe et des meilleurs ?

On peut déplorer également qu’un prêtre soit « trainée par terre » lors d’une évacuation de force. Mais non seulement que cette personne s’est affalée à terre toute seule et sans l’aide de personne comme le prouve la photo qui circule, mais que diable sont-ils venus faire la trentaine de lève-tôt à 6h du matin le mercredi, s’obstinant à ne pas quitter les lieux en mode bipède, alors que la veille au soir, ils ont été informés en bonne et due forme par la préfecture de police de l’évacuation programmée pour le lendemain, en vertu d'une ordonnance judiciaire ?

9. Polémiquer pour polémiquer, je veux bien, mais il y a des limites à la récupération politicienne, à la malhonnêteté intellectuelle, à la désinformation et à la crétinerie, comme toutes celles qui se sont étalées sur les réseaux sociaux en France et au Liban, autour de l’affaire de l’église Sainte-Rita. Morceaux choisis.

Commençons par l’extrême droite et le clan des Le Pen. « Et si l'on faisait des parkings sur l'emplacement des mosquées salafistes plutôt que de détruire nos églises ? », c’était la réaction de la mère Marine, qui semble plus que jamais, myope comme une taupe. « France, 2016 », ni plus ni moins, accompagné par la photo du prêtre avachi sur le tapis rouge, c’était le choix de la fifille Marion. Du côté des hommes, le patriarche des Le Pen, Jean-Marie, a préféré être faux sur le fond, drôle sur la forme et cultivé sur les bords : « S'il est une église que les socialistes devraient respecter, c'est bien celle dédiée à Sainte-Rita, patronne des causes désespérées ». La pièce rapportée des Le Pen, Florian Philippot, numéro deux du Front national, s’est trouvé un angle, à côté de la plaque, avec « Évacuation musclée de l'église Sainte-Rita à des fins immobilières, quelques jours après l'égorgement du père Hamel: quelle indécence ! ». Et les fins politiciennes, tu connais ?

La droite française n’était pas en reste. « L'évacuation par la force pour détruire l'église Ste Rita de Paris est le triste symbole de ce pouvoir socialiste sans âme et sans repère », Eric Ciotti, député Les Républicains qui se situe à côté de la plaque de Philippot. « Le pouvoir gauchiste utilise la force pour évacuer l'église Sainte Rita mais se dérobe pour fermer les mosquées salafistes. Lâches ! », Nadine Morano, la crème de la crème des Républicains et traitée de « conne » par ailleurs, lors d’un spectacle de Guy Bedos. Au passage, hasard des coïncidences ou signe du destin, l’humoriste a été relaxé dans cette affaire, la veille du tweet de la députée européenne. « Cet incident est extrêmement grave. La préfecture de police de Paris se couvre de honte », Philippe Goujon, député Les Républicains, maire du 15e arrondissement et à côté de la plaque du duo Philippot-Ciotti.

Terminons ce survol par le verdict de Dominique Philippe, l’autoproclamé « monseigneur » qui disposait des lieux avant l’arrivée des groupes d’extrême droite et des prêtres traditionalistes. « Ils se servent de la mort du Père Hamel, alors qu'il n'y a aucun rapport... Ils savaient qu'ils allaient être expulsés, ils ont tout prévu pour faire parler d'eux ».

10. Au Liban où la nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre dans les médias et sur les réseaux sociaux des milieux chrétiens, une partie des intervenants ne se sont pas donnés la peine de s’informer et d’informer sur le fond de l’affaire. Ils ne se sont même pas contentés d’exploiter l’événement à des fins politiciennes et idéologiques. Pire et plus grave encore, ce fut la course à la désinformation, à la fabulation et à la surenchère religieuse pour certains.

Le plus consternant de ce qui a été écrit sur le sujet en Orient, je l’ai lu sur le site Aleteia, qui est paradoxalement, un « quotidien d’information » sur internet créé en 2013, qui « propose une vision chrétienne (catholique) de l’actualité » et dont les articles sont publiés en sept langues. Alors que la version francophone d'Aleteia n’a même pas abordé l’affaire de l’église Sainte-Rita à Paris, ni sur son site internet ni sur sa page Facebook, jugeant sans doute que le sujet n’a strictement aucun intérêt pour les chrétiens catholiques francophones, la version arabophone d'Aleteia s’en chargera avec une éthique quelque peu véreuse. Le 3 août, la page Facebook AleteiaAr diffusera à ses 474 000 likeurs arabophones, le lien renvoyant à une note bâclée écrite par « l’équipe (arabophone) d’Aleteia » et publiée sur le site arabophone avec le titre délirant : « Le monde est choqué par l’implantation d’explosifs dans l’église Sainte-Rita à Paris ». Les auteurs profitent de l’occasion pour dénoncer « la décision de détruire l’église à une époque où l'on construit beaucoup de mosquées (en France) ».

Plusieurs sites libanais reprendront l’info mensongère et répéteront en chœur, qu’après l’évacuation des lieux, la police française a rapidement mis en place des explosifs pour détruire l’église. Tout un beau monde qui ignore que les bâtiments voués à la démolition en France, ne sont jamais détruits dans l’urgence, encore moins avec des explosifs ! Cette désinformation délibérée axée sur les explosifs ne doit rien au hasard. Il y a manifestement une volonté diabolique de certains extrémistes chrétiens de faire un parallélisme entre le respect de l’Etat de droit dans le cas de l’église Sainte-Rita, et les attentats terroristes islamistes. D’ailleurs, une intervenante dira clairement à propos de l'intervention de la police française, « c’est un acte qui le moins qu’on puisse dire est terroriste », et accusera les policiers français de s’être livrés à des « actes de barbarie ». On a retrouvé aussi chez certains indignés de la sphère chrétienne libanaise, un immense regret aussi hypocrite que faux de constater que « les églises d’Europe en général, et de France en particulier, sont quasi désertées. Elles sont vendues, détruites et transformées en centres commerciaux, en discothèques et en musées ».

Tout est évidemment mis sur le compte des ravages des sociétés occidentales par la « laïcité ». On croit rêver ! Ces fanatiques chrétiens ne veulent pas voir qu’ils partagent avec les fanatiques musulmans, la même haine pour la laïcité, qui pourtant, empêche le Moyen-Orient de sortir de l’enfer des conflits confessionnels dans lequel il est plongé depuis la nuit des temps. Et pourtant, ces gens doivent comprendre que ce sont précisément des paramètres comme la laïcité, qui garantit la liberté de conscience (qui englobe la liberté de religion et la liberté par rapport à la religion), et l'Etat de droit, la principale caractéristique des régimes démocratiques, qui font que l'Europe, France comprise, est un paradis, où tout le monde aimerait vivre, et le Moyen-Orient, Liban compris, est un enfer, que tout le monde voudrait fuir !

11. Hélas, il a fallu moins de deux ans pour transformer l’église Sainte-Rita, qui je le rappelle pour la énième fois dans cet article, n’est pas une église catholique consacrée, en une ZAD, une « zone à défendre », un terme contemporain créé pour désigner un squat à vocation politique. Et pourtant, comme nous l’avons vu, l’affaire de « l’église Sainte-Rita » s’inscrit pleinement dans le cadre de l’Etat de droit, une notion dont l’essence semble échapper encore une fois à beaucoup de monde, dont certains politiciens de la droite en France et une frange des chrétiens du Liban. A peine on s’est remis du débat délirant sur la sécurité après les attaques terroristes de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray, on pouvait se passer de cette polémique inconsistante. Il est navrant de constater que les perspectives électorales en France, à neuf mois des élections présidentielles, ainsi que la mondialisation du terrorisme, via la menace islamiste, font perdre à certains la tête et la raison.

12. Une chose est sûre et certaine, la République française et l'Eglise catholique se passeraient bien des défenseurs zélés de la France et du christianisme, plus obnubilés par la récupération politicienne et l'affrontement idéologique que par l’Etat de droit et les enseignements de Jésus.

lundi 1 août 2016

‘7zaro ibn min el chab el 7elo’, devinez c’est le fils de qui ? Réflexions sur la mixité et la radicalisation dans la société libanaise (Art.378)


Source : Hussein Ezzeldine
Ciel, la semaine est déjà engagée ! Allez, je me dépêche. Faisons les présentations. Devinez qui c’est ? 7zaro ibn min el chab el 7elo ! Figurez-vous que ce sympathique jeune homme en Nike-Timberland et portant un survêt est le fils de sayyed Hassan Nasrallah. Eh oui ! La fille serait une présentatrice d’une chaine de télévision, beaucoup plus jolie nature et dans l’intimité que fardée sur le petit écran. Mais bon, allez expliquer à certaines femmes libanaises que trop de maquillage tue le maquillage ! C’est pire que d’expliquer à un ex-ministre de l'Economie de l’URSS que trop d’impôt tue l’impôt ou à Donald Trump, que trop de conneries ne tuent pas la connerie.

Cela étant dit, d’abord, ne me dites pas que vous n’êtes pas surpris ? Je parie que personne n’a imaginé le fils du chef du Hezbollah comme ça, aussi décontracté !

Sans aller jusqu’au Bloody Mary, il manquait à cette intimité un tableau romantique sur le mur et une lumière ambiante tamisée. Mais là n’est pas la question, notre problème est ailleurs. Comme le fait remarquer avec beaucoup d’humour Hussein Ezzeldine, chez qui j’ai découvert la photo, cette « apparition mixte » sur le même canapé du fils du chef du Hezbollah avec cette belle femme fait mauvaise impression.

Source Al-Modon
Explication. Il y a trois semaines, la municipalité de Jebchit, située à Nabatiyé au Sud du Liban, dans le fief du Hezbollah, a « recommandé » au teneur d’un cybercafé de la ville, de « respecter » la séparation des sexes et de fermer sa boutique 30 minutes aux heures de la prière (celle du fajr étant vers 4h du matin en ce moment, en pratique, cela revient à fermer 2 heures 4 fois/j), ainsi qu’une partie de la journée de vendredi. Selon Mohammad Fahas, le président du conseil municipal (de confession chiite), il s’agit de « normes morales » dont le but étant de « préserver les valeurs de notre société », car « nous n’avons pas de filles qui se mêlent aux garçons jusqu’à minuit » ou qui « fument le narguilé avec eux ». Et qu’en est-il de la fermeture aux heures de la prière ? « Nous n’allons obliger personne de fermer par la force. Tout ce dont il a été question, c’est que nous avons rappelé nos valeurs morales ». Non mais quoi encore, nous vivons déjà sans eau et sans électricité 24h/24, est-il nécessaire d’y rajouter maintenant sans mœurs et sans retenue ? Quelques jours plus tard, c’est autour de la municipalité d’Aitaroun, toujours dans le Sud, toujours dans le fief du duo chiite, le Hezbollah (Hassan Nasrallah) et Amal (Nabih Berri), de décider d’interdire la mixité à la piscine en imposant des horaires pour les femmes et les enfants (8h-17h) et d’autres pour les hommes (18h-24h).

Pourquoi pas. Halte à la mixité, préservons « les valeurs ». Mais dans ce cas-là, que fait le fils de Hassan Nasrallah en toute intimité sur le même canapé à côté de cette jeune femme, Adam et Eve n’ayant rien trouvé de mieux que les coussins en guise de séparation ? Qu’en est-il des normes morales et des valeurs dans ce tableau de la vie quotidienne du fils du chef du parti chiite ? En tout cas, un peu de cohérence pourrait peut-être nous pousser à réfléchir d’abandonner les « nôtres » pour adopter les « leurs ».

En attendant, cette photo de Jawad Hassan Nasrallah en Nike-Timberland m’a rappelé aussi une partie hilarante d’un discours historique prononcé par Gamal Abel Nasser dans les années 60. Dans une salle comble, le légendaire leader arabe racontait avec sérieux et décontraction, ses mésaventures politiques et les magouilles des « membres du terrorisme du parti des Frères musulmans », mouvement islamiste fondé en 1928 par Hassan el-Banna, le grand-père de « monsieur-qui-veut-un-moratoire-sur-les-lapidations-des-femmes », Tareq Ramadan. Durant cette rencontre, le raïs s’est mis à conter une anecdote très intéressante sur le port du voile islamique en Egypte (3:11-5:20). Il a expliqué comment un jour de l’année 1953, le Guide général des Frères musulmans est venu le voir et lui a demandé en premier « d’instaurer le port du voile en Egypte et faire en sorte que chaque femme marchant dans la rue le porte ». Comme on le voit dans la vidéo, tout le monde riait sur ce sujet qui déchaine les passions de nos jours. Nasser répète avec ironie, « chaque femme marchant (dans la rue) ! » On entendra même quelqu’un de la salle criait : « Il n’a qu’à le porter lui-même ». Sous les applaudissements, Nasser continua avec un grand sourire narquois. « Et moi je lui ai dit : ‘On dirait que c’est le retour à l’époque de celui qui gouvernait au nom d’Allah, qui ne laissait pas les gens marchaient dans la journée, mais uniquement  la nuit. A mon avis, il revient à tout un chacun, de faire cela chez lui ». L’islamiste lui répondit que c’était à lui de le faire puisqu’il était le dirigeant. C’est alors que Nasser attira l’attention de son interlocuteur sur le fait que sa fille qui suit des études de médecine, ne portait ni voile ni quoi que ce soit. Pendant que les gens riaient à gorge déployée, applaudissaient et sifflaient bruyamment, el-raïs rajouta : « Pourquoi tu ne lui fais pas porter un voile ? Si tu n’arrives pas toi, à faire porter le voile à une seule personne qui est ta fille, tu veux que je descende dans la rue pour mettre 10 millions de voiles (aux femmes) du pays ? » La foule était galvanisée. Il continua avec une réflexion sur la condition féminine (5:21-6:36). « Le travail est une protection pour la femme. L’empêcher de travailler est contre son intérêt ». Il a expliqué aussi comment le Guide des Frères musulmans lui a demandé de fermer les théâtres et les cinémas. Il a ironisé en disant « on a qu’à les garder dans l’obscurité ». L’audience était morte de rire, mais vous verrez, c’était vraiment une autre époque. Une époque où l’on pouvait voir aussi le président tunisien Habib Bourguiba, ôter avec une grande délicatesse, de ses propres mains, le voile de femmes tunisiennes craintives venues à sa rencontre. On a du mal à le croire de nos jours, le voile n'a pas vraiment fait partie de la culture arabo-musulmane contemporaine.

Toujours est-il que nous sommes tout ouïe et nous ne demandons qu’à croire Hassan Nasrallah dans ses récurrentes diatribes contre l’Amérique et les Etats-Unis, comme lorsqu’il nous affirment que « le but des États-Unis est de dominer notre région » ou que « les États-Unis touchent même à notre culture et notre religion » (23 octobre 2015), mais enfin, s’il ne parvient pas à empêcher son propre fils de porter deux célèbres marques américaines, Nike & Timberland, et d’utiliser deux célèbres réseaux sociaux américains, Facebook et Twitter, comment peut-il espérer la moitié d’un quart de seconde de nous « désaméricaniser » pour mieux nous « iraniser » ?

Enfin, cette photo me rend quelque peu perplexe. Certes, l’habit ne fait pas le moine. Une casquette et un sweat-shirt de marques américaines, ne font pas forcément du fils du chef du Hezbollah, un pacifiste ouvert d’esprit, adepte de l’art de vivre d’amour et d’eau fraiche. Et pourtant, je suis persuadé que Jawad boit sans doute du Coca/Pepsi-Cola (il en a bu déjà surement), possède probablement un iPhone et écoute peut-être les Red Hot Chili Peppers chanter « Throw away your télévision » dès que son père apparait sur le petit écran. Non mais, allez savoir, l’habit fait peut-être le moine et Jawad est contre le boycott de l’élection présidentielle au Liban par le parti de son père ou l’établissement d’une République islamique (chiite) au pays du Cèdre comme l’a affirmé en début d’année cheikh Naïm Qassem. Peut-être que j’ai tort sur toute la ligne, Jawad Hassan Nasrallah, sous cet air décontracté, poète à ses heures perdues, adhère pleinement aux thèses du Hezbollah et même ira plus loin le jour de la relève.

Déjà sur sa page Facebook le fils d’Hassan Nasrallah se présentait comme membre de « Wilayatul Fakih Party » (novembre 2014) et sur Twitter comme « le fils de

Wilayat el-Fakih » (mars 2015) -qui je le rappelle, représente une sorte de « oumma chiite », une entité idéologique transnationale adoptée par Al Wali el Fakih, Rouhollah Khomeini, et dirigée aujourd’hui par le Guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei- et non comme « l’enfant de la patrie » de la République libanaise ! Aujourd’hui, le fils d’Hassan Nasrallah n’est plus sur Facebook et contrairement à ce qu’a affirmé le quotidien Al-Akhbar au mois de mai dernier pour rassurer les fans, Jawad Nasrallah n’a pas fermé son compte Twitter pour des « raisons personnelles », celui-ci a été bel et bien suspendu par la compagnie américaine (@Jwdnsrlh). Plus grave encore, selon le Shin Bet, le service de sécurité intérieur israélien, Jawad Nasrallah aurait constitué et financé via les réseaux sociaux une cellule palestinienne, basée à Tulkarem en Cisjordanie, qui projetait mener des attaques terroristes en Israël, dont des attentats-suicides. Suite à ces révélations au début de cette année, le fils du chef du Hezbollah avait réagi avec deux tweets ironiques : « Comment on réveille une cellule dormante ? » et « Selon vos cellules, vous serez récompensés (par Allah) ».

Source : Boutros Mouawad
Dans un souci d’unité nationale et d’équilibre islamo-chrétien, je tiens à vous informer par ailleurs que de l’autre côté du Liban, et d’après une publication de Boutros Mouawad sur son mur, la municipalité chrétienne maronite de Zgharta, a quant à elle « imposer » à tous ceux qui veulent faire la moindre activité publique, de « demander » une approbation préalable. Eh oui, tout cela prouve que du Sud au Nord, comme de l’Est à l’Ouest, on retrouve toujours chez les uns et les autres, qu'ils soient chiites, sunnites, druzes ou chrétiens, la même tentation totalitaire de contrôler la liberté des citoyens libanais et certains de leurs droits, pourtant garantis par la Constitution du Liban et les lois en vigueur au pays du Cèdre.

Depuis bien longtemps, profitant du fait que l’Etat libanais est occupé à gérer des situations politiques et sécuritaires graves, et entre parfois en hibernation, été comme hiver, des municipalités libanaises, qui ont été particulièrement incompétentes dans la gestion de la longue crise des déchets, prennent des initiatives, qui le moins qu’on puisse dire sont étranges à la « culture libanaise ». Pas qu’au Sud du Liban. Il y a eu des cas à Tripoli et à Baalbek. Et même, à Beyrouth et dans le Mont-Liban. Bon, ce n’est pas un phénomène répandu. Mais, ces cas sont inquiétants. Vendre de l’alcool dans certains endroits au Liban, peut aujourd’hui poser des problèmes (ex. Nabatiyé). Servir à boire et à manger pendant la journée au cours du mois de ramadan, peut attirer des soucis aux restaurateurs et aux consommateurs musulmans (ex. Tripoli). Restreindre la libre circulation des ressortissants syriens sur des décisions municipales et non ministérielles est monnaie courante au Liban, dans toutes les régions libanaises, notamment chrétiennes. Même le sport n’est pas épargné des choix arbitraires discriminatoires des municipalités. Dernière décision scandaleuse en date celle de la municipalité de Khiyam (45 000 habitants), qui a décrété que la gent féminine ne peut pas participer à la course à pied prévue cet été. C’est ce qui a amené certains à se demander « quelle différence peut-il y avoir, entre interdire aux femmes de conduire (en Arabie saoudite) et les empêcher de participer à un marathon (au Liban) ? » et beaucoup de compatriotes à parler de mesures politiques qui ne sont pas sans rappeler celles de Daech. Ni le parrainage de l’événement sportif par le ministre libanais de la Jeunesse et du Sport, ni la violation caractérisée de la Constitution libanaise ne semble poser la moindre insomnie aux conseillers municipaux de cette localité chiite dominée sur le plan politique par les partis de Hassan Nasrallah et de Nabih Berri.

Alors qu’à Bordeaux, sur une initiative révolutionnaire d’un imam d’origine marocaine, Tareq Oubrou, une grande figure de l’islam (sunnite) de France, tous les fidèles prient dans la même mosquée sans aucune séparation, afin « qu’hommes et femmes puissent se sentir dans le même espace sacré », voilà où nous en sommes aujourd’hui au Liban, à craindre non seulement la mixité dans un cybercafé, à réclamer la séparation des hommes et des femmes dans une piscine et à interdire aux femmes de participer à une course à pied, mais aussi à demander aux citoyens de déclarer toute activité publique, à empêcher les Syriens de circuler librement et à bannir la vente d’alcool ! Au lieu d’être un exemple à suivre dans un monde libre et libéré, nous sommes réduits de nos jours à suivre un monde radical et radicalisé, en s’inspirant des pratiques de Daech, de l’Arabie saoudite et de la République islamique d’Iran. Cela fait peut-être partie de ce que le Hezbollah appelle l’émergence d’une « société résistante ». En tout cas, voilà ce qui se passe quand l’Etat ne parvient pas à étendre sa souveraineté sur tout le territoire libanais sans exception et à imposer la loi à tous les Libanais sans discrimination. Voilà aussi où l’on peut se retrouver quand les citoyens acceptent qu’on restreigne leur liberté. Cette « radicalisation » d’une partie de la société libanaise conduira inévitablement si elle se répand à la « fédéralisation » de l’autre partie de la société libanaise. D’ailleurs, ces « mesures » peuvent d'ores et déjà être considérées comme une forme de fédéralisme. Ce n’est pas plus mal diront certains ! Enfin, la petite souris ne nous dit pas, qui a pris la photo de Jawad Hassan Nasrallah. Ah, non ! Vous croyez ?